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Archives des Mali - Terre Solidaire Terre Solidaire - Devbe Wed, 12 Jan 2022 10:52:26 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 Journée mondiale contre la faim : crise alimentaire, l’alerte rouge https://terresolidaire.devbe.fr/journee-mondiale-contre-la-faim-crise-alimentaire-lalerte-rouge/ https://terresolidaire.devbe.fr/journee-mondiale-contre-la-faim-crise-alimentaire-lalerte-rouge/#respond Mon, 14 Jun 2021 08:00:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/journee-mondiale-contre-la-faim-crise-alimentaire-lalerte-rouge/ Les chiffres de la faim dans le monde atteignent des niveaux sans précédent, sous l’impact

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Les chiffres de la faim dans le monde atteignent des niveaux sans précédent, sous l’impact délétère de systèmes agroalimentaires obsolètes, dénoncés depuis des années, et désormais amplifiés par la crise du Covid.


Les fonctionnaires internationaux se disent « choqués » par la permanence, à un niveau « inacceptable », de la malnutrition dans le monde.

Début mai, un cran était pourtant franchi lors de la présentation, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’état des crises alimentaires dans le monde : en 2020, on a recensé 820 millions de personnes en situation de « faim chronique », une hausse de 130 millions en un an. À cet indicateur révélateur de la faillite structurelle des systèmes alimentaires se superpose celui des crises ponctuelles de « faim aiguë ». : elle a affecté 155 millions de personnes dans 55 pays, soit 20 millions de plus qu’en 2019.

<groschiffre|align=right|chiffre=820|unite=millions de=”” personnes|texte=”sont” en=”” situation=”” «=”” faim=”” chronique=”” »,=”” une=”” hausse=”” 130=”” millions=”” un=”” an.=””>En cause, les conflits (pour les deux tiers), des chocs économiques ou des conditions climatiques extrêmes. « La pandémie de Covid a amplifié tous les facteurs d’insécurité alimentaire, frappant de plein fouet les communautés les plus vulnérables, s’alarme Janez Lenarčič, commissaire européen à l’aide humanitaire et à la réaction aux crises. » Et tout laisse à penser que 2021 sera pire encore. « D’autant qu’avant la crise sanitaire, nous n’étions déjà pas en voie de résoudre les problèmes de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition », insiste Máximo Torero, économiste en chef de la FAO.</groschiffre|align=right|chiffre=820|unite=millions>

<groschiffre|align=right|chiffre=155|unite=millions de=”” personnes|texte=”dans” 55=”” pays,=”” en=”” situation=”” «=”” faim=”” aiguë=”” »=”” liée=”” à=”” crises=”” ponctuelles=””>Plus d’un an après l’explosion de la pandémie mondiale, les mécanismes aggravants ont été identifiés. Là où l’économie était chancelante, des records de chômage et de pauvreté sont atteints.</groschiffre|align=right|chiffre=155|unite=millions>

Les fermetures de frontières et de magasins ainsi que les confinements ont interrompu des circuits d’approvisionnement, les envois de fonds par les travailleurs migrants à leur famille ont baissé, le prix des denrées alimentaires a grimpé, les programmes d’aide se sont rétractés, les systèmes de santé ont été débordés.

Au Burkina, la fermeture des marchés a tari les revenus paysans

Au Burkina Faso, des marchés ont été fermés pour limiter la contamination par le coronavirus, mais aussi, dans la zone des trois frontières (avec le Mali et le Niger), sous l’injonction des bandes djihadistes qui tentent de rallier par la contrainte des populations villageoises à la charia (loi islamique). « La mise en veille de ces places névralgiques, pour la vie économique et sociale, a eu un impact négatif très fort sur la vie des familles paysannes, souligne Philippe Ki, coordinateur du réseau Afrique verte au Burkina Faso. Car leur économie domestique dépend beaucoup de la vente régulière de petites quantités de leurs excédents de production vivrière, indispensable source de revenus qui s’est fortement tarie. »

Par ailleurs, la priorité donnée par l’État à la mobilisation sur les fronts de la pandémie et de la sécurité a ponctionné une partie des ressources affectées aux programmes éducatifs et sanitaires et a conduit à sélectionner plus étroitement les bénéficiaires des distributions de denrées. « L’insécurité alimentaire, endémique au Burkina Faso, subit une aggravation à bas bruit », constate Philippe Ki.

<groschiffre|align=center|texte=« les=”” crises=”” ponctuelles=”” de=”” “faim=”” aiguë”=”” liées=”” aux=”” conflits=”” (pour=”” deux=”” tiers),=”” chocs=”” économiques=”” ou=”” à=”” des=”” conditions=”” climatiques=”” extrêmes=”” ont=”” affecté=”” 155=”” millions=”” personnes=”” dans=”” 55=”” pays,=”” en=”” 2020.=”” »=””></groschiffre|align=center|texte=«>

Au Mali voisin, la crise sécuritaire a pris une ampleur très préoccupante, entre les incursions des rebelles touaregs du Nord ou des groupes islamiques et les rançons demandées par les bandes de « coupeurs de routes ». Le village de Farabougou, dans la région de Ségou, est assiégé depuis sept mois par des djihadistes qui ont brûlé les champs de riz et pillé les greniers. Les 3 000 habitants, pris en otage, vivent du parachutage de colis alimentaires.

« Alors que les rebelles sont désormais à moins de 200 kilomètres de Bamako, il n’existe pratiquement plus de marchés dans une grande partie du nord et du centre du pays, témoigne Mohamed Haidara, coordonnateur d’Afrique verte Mali. Dans des secteurs entiers, les paysans ne cultivent plus par crainte d’exactions. »

Par ailleurs, la confusion générée par le coup d’État d’août 2020 complique les conditions de vie. Les grèves se succèdent, dont celles des transporteurs qui affectent la disponibilité des denrées alimentaires dans certaines régions. De mai à août, le Réseau de prévention des crises alimentaires prédit que la faim pourrait toucher 1,2 million de personnes dans les régions conflictuelles du Mali, un bond de 50 %.

Et les prévisions sont encore plus alarmistes dans la zone très peu sûre des trois frontières, où un tiers de la population, côté burkinabè, pourrait se retrouver en
situation d’urgence alimentaire.

Le Brésil réintègre la carte mondiale de la faim

Au Brésil, l’inconséquence politique pèse encore plus fortement sur l’insécurité alimentaire…

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Au Sahel, un touareg au service de la paix https://terresolidaire.devbe.fr/un-touareg-au-service-de-la-paix-dans-le-sahel-portrait/ https://terresolidaire.devbe.fr/un-touareg-au-service-de-la-paix-dans-le-sahel-portrait/#respond Fri, 16 Apr 2021 14:03:13 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/un-touareg-au-service-de-la-paix-dans-le-sahel-portrait/ Au sein de l’ONG malienne Azhar, Assinamar Ag Rousmane recherche les moyens d’installer la paix

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Au sein de l’ONG malienne Azhar, Assinamar Ag Rousmane recherche les moyens d’installer la paix entre les communautés sahéliennes, trop longtemps laissées à elles-mêmes. Cette paix, qui permet le développement agricole, passe par le dialogue entre l’Etat malien et les communautés.

Portrait d'Assinamar © Marion Chastain / CCFD-Terre Solidaire
Portrait d’Assinamar © Marion Chastain / CCFD-Terre Solidaire

Assinamar Ag Rousmane en est fier : l’an dernier, il a mis autour de la table de négociations deux factions touaregs de la région de Tessalit, au nord du Mali.
« Elles étaient en conflit depuis des années et nous les avons convaincu de signer un pacte de paix » explique le directeur de l’ONG malienne Azhar.
Le secret de sa réussite : « nous avons ciblé les bons acteurs de la négociation. Avec eux, nous avons identifié que le découpage territorial était la source du problème. Ici, dans le Sahel, les gens votent pour un candidat de leur communauté. Or, certains avaient le sentiment de ne jamais être représentés. Notre plaidoyer auprès des autorités a permis un accroissement du nombre d’élus. »

« Notre but est de consolider la paix »

Assinamar, âgé de 34 ans, est originaire de Tessalit, une petite ville au milieu du désert sahélien, à une centaine de kilomètres de l’Algérie. Un peu plus au sud, c’est la région de Kidal, libérée de l’emprise djihadiste par l’armée française à la fin de l’année 2012.

Tous nos locaux ont été saccagés par les djihadistes

Assinamar venait de commencer à travailler dans l’ONG qu’il dirige aujourd’hui, Azhar, « ce qui veut dire – lien de famille – en langue touareg. En 2012, tous nos locaux ont été saccagés par les djihadistes. L’appui financier du CCFD-Terre Solidaire a été déterminant pour renaître. Aujourd’hui, nous intervenons dans huit régions du Mali, sur la gestion des conflits et la prévention de l’extrémisme violent.»
Azhar forme à l’agroécologie maraîchers et éleveurs. L’ONG peut fournir des semences, du matériel agricole, reconstituer un cheptel.
« Notre but est de consolider la paix. Sans cette paix, il est impossible de pratiquer le maraîchage ou l’élevage » explique-t-il.

Rencontre des leaders communautaires du Cercle de Tessalit. Rétablissement de la paix organisée par AZHAR. © Azhar / CCFD-Terre Solidaire
Rencontre des leaders communautaires du Cercle de Tessalit. Rétablissement de la paix organisée par AZHAR. © Azhar / CCFD-Terre Solidaire

Au Sahel, la paix est une question de survie

Assinamar est un homme du Sahel. Sa grand-mère vit entre le Mali et l’Algérie au gré de la transhumance de ses chamelles, chèvres et moutons.
Il considère que la chance de sa famille a été d’appartenir à une « tribu de vassaux. Cela a permis à mon père d’aller à l’école. Car, pour un chef, envoyer un enfant à l’école, c’était faire entrer les idées nouvelles. Alors, les chefs envoyaient les enfants de leurs vassaux et de leurs esclaves à l’école et cachaient les leurs. Beaucoup le regrettent aujourd’hui. »

Assinamar, a poursuivi des études à Bamako, à Alger, obtenu un diplôme universitaire de l’Institut catholique de Paris sur les interventions civiles de paix.

 Formé à la non-violence

«Cet enseignement prône la non-violence et met en avant l’importance des acteurs locaux. Aujourd’hui, je forme une quarantaine de jeunes sahéliens à la paix. »
La paix au Sahel est une question de survie. Assinamar rappelle que la majorité des Maliens était contente de l’arrivée des militaires français de l’opération Barkhane.
« C’était une manière de stabiliser le pays. Mais, aujourd’hui, on ne voit pas la paix. On annonce régulièrement la mort d’un chef terroriste, et la situation sécuritaire ne s’améliore pas. En plus, l’armée malienne est coupable de nombreux abus sur les populations civiles.»

Reboisement de l'oasis Tessalit, cultures et irrigation des actions de AZHAR. © Azhar / CCFD-Terre Solidaire
Reboisement de l’oasis Tessalit, cultures et irrigation des actions de AZHAR. © Azhar / CCFD-Terre Solidaire

Faire en sorte que la population sahélienne se reconnaisse dans l’Etat

Le Sahel est un terreau fertile aux conflits, car les populations qui l’habitent ne se reconnaissent pas dans les Etats censés les gouverner, résume Assinamar.
Ce constat est vrai pour le Mali, comme pour le Niger ou le Burkina Faso. Les éleveurs ont l’impression d’être condamnés à rester en marge d’Etats qui favorisent les agriculteurs. Dans ce contexte, Assinamar estime que « le problème religieux est secondaire. La base est de régler les conflits intercommunautaires. C’est un travail de longue haleine pour la société civile. »

Les gens ont l’impression que la démocratie ne les prend pas en compte

Ces rancœurs entre communautés ont été attisées ces dernières années, selon lui, « par le trafic de la drogue vers l’Europe qui a provoqué la prolifération des armes, et aussi par le retour, après la chute de Kadhafi, des Maliens engagés dans les forces armées libyennes. »
Sur le terrain, Assinamar ne désespère pas de la paix. La première des choses est que l’ensemble des communautés du Sahel se reconnaissent dans la gouvernance et la justice.
« La crise de 2012 était aussi un révolte des ruraux sur les citadins du Sahel, une revanche des périphéries sur les villes. Les gens ont l’impression que la démocratie ne les prend pas en compte. »
L’autre priorité concerne les jeunes dans un Sahel où la natalité est la plus forte au monde. Certains partent vers le Maghreb ou l’Europe. Il constate « qu’ils y trouvent des conditions de vie plus acceptables. Ceux qui restent peuvent être enrôlés dans les groupes armés. »

Par Pierre Cochez

Pour aller plus loin :

Au Mali, l’association Azhar soutient les initiatives Touaregs contribuant au vivre-ensemble

Deux minutes pour comprendre les limites des politiques d’intervention au Sahel (infographie)

Pourquoi il faut refonder la politique de la France au Sahel

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Huit années d’opérations militaires, et pourtant les pays de l’Afrique sahélienne continuent de faire face à une crise multidimensionnelle. Face à ce bilan, la Coalition Citoyenne pour le Sahel publie ses recommandations pour que la protection des populations devienne une priorité.

“Nous sommes entre deux feux : derrière nous il y a des fusillades, devant nous il y a la maladie. Comment allons-nous faire ?”

Mariam, Burkina Faso

Au centre du Sahel, l’accroissement des violences et de l’insécurité alimentent une crise sociale, humanitaire, politique et institutionnelle. Dans ce contexte, la Coalition citoyenne pour le Sahel publie son premier rapport :
Sahel : ce qui doit changer. Pour une nouvelle approche centrée sur les besoins des populations.
Elle analyse l’impact de l’intervention des gouvernements de la région et de ses partenaires internationaux–dont la France– et plaide pour une approche plus soucieuse des droits humains.

Au centre du Sahel : une situation insoutenable

Les opérations de lutte contre le terrorisme, qui gangrène la région, s’intensifient pendant que la réalité quotidienne des civils continue de se détériorer.
La Coalition Citoyenne pour le Sahel sonne l’alarme sur la situation, particulièrement inquiétante, au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

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Les civils : premières victimes des conflits

L’intensification des opérations militaires participe à accroître les violences. L’année 2020 a été la plus meurtrière : les civils sont les premières victimes des forces non étatiques, mais aussi et surtout, des forces armées.

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Une crise humanitaire qui s’intensifie

Les conflits génèrent des conséquences désastreuses pour les populations et alimentent des tensions communautaires sur fond de compétition pour l’accès aux ressources.

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Le nombre de personnes déplacées a été multiplié par deux en à peine deux ans.

Une politique d’intervention confrontée à ses limites

En 2013, l’arrivée des troupes françaises au Mali marque le début d’une intervention internationale massive.
Aujourd’hui, il est temps de se questionner quant à l’efficacité et à l’impact des réponses apportées par les Etats investis dans la résolution de la crise sahélienne.

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La Coalition recommande pour une nouvelle stratégie

La Coalition Citoyenne pour le Sahel, soutenue par une vingtaine d’ONG, dont le CCFD-Terre Solidaire, réunit 48 organisations sahéliennes, ouest-africaines et internationales.
Cette alliance informelle, constituée en juillet 2020, vise à engager un dialogue constructif pour repenser une stratégie d’intervention qui ne soit pas seulement sécuritaire, mais qui adopte une approche plus humanitaire et soucieuse des besoins des populations affectées.

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Pour aller plus loin :

Lire le rapport de Coalition citoyenne pour le Sahel.

Pourquoi il faut refonder la politique de la France au Sahel (opinion)

Ophélie Chauvin.

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Pourquoi il faut refonder la politique de la France au Sahel https://terresolidaire.devbe.fr/pourquoi-il-faut-refonder-la-politique-de-la-france-au-sahel/ https://terresolidaire.devbe.fr/pourquoi-il-faut-refonder-la-politique-de-la-france-au-sahel/#respond Wed, 14 Apr 2021 17:11:01 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/pourquoi-il-faut-refonder-la-politique-de-la-france-au-sahel/ La Coalition citoyenne pour le Sahel et la société civile française se mobilisent pour repenser

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La Coalition citoyenne pour le Sahel et la société civile française se mobilisent pour repenser les stratégies de réponse à la crise sahélienne. Jessica Pascal, chargée de mission au CCFD-Terre Solidaire, nous explique pourquoi il y a urgence à écouter davantage la voix des organisations de la société civile sahélienne.


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La région du Sahel connaît une intensification des conflits sans précédent. La crise sécuritaire que traverse cette région, est une crise multidimensionnelle alimentée par des facteurs sociaux, économiques et politiques.

Les stratégies de réponse à cette crise, promues par les Etats du Sahel central (Mali, Niger, Burkina Faso) – comme la communauté internationale– sont de plus en plus critiquées. Elles ne répondent pas aux causes profondes de cette crise et sa complexité. Bien au contraire…

Les populations sahéliennes sont confrontées à la restriction de leurs libertés publiques, à la criminalisation des acteurs des sociétés civiles, à l’impunité face à la corruption et aux exactions croissantes causées par les forces armées.

Les Etats sahéliens, avec le soutien de la communauté internationale, et de la France, particulièrement active, ont misé sur une approche principalement sécuritaire. Même si elle intègre une dimension de développement, cette approche repose sur un modèle de développement et de croissance source d’inégalités, qui alimente la crise.

Or, la France est particulièrement active auprès des Etats sahéliens et de la communauté internationale. Depuis 2013, elle intervient militairement au Sahel (avec l’opération Serval puis Barkhane), en coordination avec d’autres acteurs. Elle a également fait preuve d’un activisme diplomatique pour accroître les moyens militaires dédiés à la lutte contre le terrorisme dans la région.

Mais, de nombreux experts pointent un manque de visibilité quant aux objectifs politiques de cette intervention, au-delà des objectifs militaires, alors même que cette intervention n’a jamais été débattue au parlement français.

La France doit se montrer à l’écoute des revendications portées par les Sahéliennes et les Sahéliens. Ces revendications témoignent d’une remise en cause profonde du modèle d’Etat et de gouvernance qui est en jeu, ainsi que du modèle de développement et de croissance – promu par notre coopération – qui montre ses limites.

En tant qu’acteur de solidarité internationale, nous sommes témoins de certaines incohérences et de certaines faiblesses de notre aide qui ne prête pas assez d’attention au respect des droits humains et aux attentes de la société civile.

Nous devons interpeller les politiques pour être davantage à l’écoute de propositions alternatives, et de nouveaux modèles qui peuvent contribuer à la paix.

Au CCFD-Terre Solidaire, nous sommes témoins que les sociétés civiles sahéliennes ont beaucoup de choses à dire et qu’elles sont porteuses de solutions. C’est pourquoi nous soutenons, la Coalition Citoyenne pour le Sahel, lancée en juillet 2020. Elle réunit une cinquantaine d’organisations de la société civile et de personnalités sahéliennes, avec le soutien d’une vingtaine d’organisations internationales.

Pour mettre les décideurs politiques face à leurs responsabilités, la Coalition publie un rapport, Sahel : ce qui doit changer. Ce rapport formule des recommandations politiques concrètes autour de 4 piliers citoyens et mesure la progression de leur mise en œuvre via des indicateurs de suivi.

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Une dynamique de plaidoyer proprement française a aussi récemment vu le jour, afin de pousser les autorités politiques françaises à repenser leur rôle et leur stratégie dans son soutien à la résolution de la crise au Sahel.

Le CCFD-Terre Solidaire vous invite à rejoindre l’appel qu’elle lance avec ses alliés –OXFAM, Tournons La Page et le Secours Catholique –, pour pousser, en premier lieu, à plus de concertation, plus de débat.

En tant que français, nous devons être davantage attentifs à ce que fait la France au Sahel.

Jessica Pascal, chargée de mission Sahel au CCFD-Terre Solidaire.

POUR ALLER PLUS LOIN : 

Soutenez et partagez l’appel du CCFD-Terre Solidaire, et de ses alliés, pour une refondation de la politique sahélienne de la France.

Consultez le rapport de la Coalition citoyenne pour le Sahel

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Crise alimentaire et COVID-19: de quelle relocalisation voulons-nous? https://terresolidaire.devbe.fr/crise-alimentaire-et-covid-19-de-quelle-relocalisation-voulons-nous/ https://terresolidaire.devbe.fr/crise-alimentaire-et-covid-19-de-quelle-relocalisation-voulons-nous/#respond Sun, 01 Nov 2020 10:30:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/crise-alimentaire-et-covid-19-de-quelle-relocalisation-voulons-nous/ La crise du covid-19 a mis à nu les faiblesses de notre système agricole et

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La crise du covid-19 a mis à nu les faiblesses de notre système agricole et alimentaire mondialisé. Face à ce constat, l’idée d’une « relocalisation » de nos productions a le vent en poupe.
Mais comment faire pour qu’elle ne soit pas synonyme de repli sur soi ?
Plusieurs régions dans le monde expérimentent déjà une démarche pour construire des « systèmes alimentaires territorialisés ». Des propositions qui pourraient bien inspirer nos politiques publiques…

La crise du Covid-19 a durement impacté le secteur agricole et mis à jours ses faiblesses

De nombreux pays européens se sont trouvés privés de main d’œuvre agricole en raison de la fermeture des frontières.

Nombre d’agricultrices et d’agriculteurs ont perdu les récoltes qu’ils ne pouvaient écouler localement à cause de la fermeture des marchés.

En Afrique de l’ouest, le Covid-19 et les mesures de riposte prises pour lutter contre sa propagation ont impacté le fonctionnement des filières agropastorales et les échanges agricoles. La fermeture des frontières nationales et régionales, l’isolement ou la mise en quarantaine de régions entières et de grands centres urbains fortement infectés ont perturbé la collecte et le transport des produits agricoles vers les zones de consommation, y compris à l’échelle locale.

A cela s’ajoute la responsabilité de l’agriculture et de l’élevage industriels dans l’émergence et la diffusion accrue des pandémies, tant en raison de leur responsabilité dans la destruction des écosystèmes que des échanges mondialisés qu’ils induisent.

La crise a révélé la faible résilience des systèmes alimentaires industrialisés, et mis en lumière les problèmes structurels qui entravent la souveraineté alimentaire des populations.

L’absurdité de nos modèles agricoles a plus que jamais été révélée, à tel point que désormais en France, plus de 9 personnes sur 10 souhaitent que l’exécutif garantisse « l’autonomie agricole de la France ».

Une relocalisation non réfléchie peut aussi accroître la crise alimentaire

De nombreux acteurs brandissent la relocalisation comme remède à nos maux en matière de résilience agricole. Mais ils font souvent peu de cas de l’impact qu’une relocalisation jusqu’au-boutiste aurait sur les autres pays.

Une relocalisation irréfléchie risque d’alimenter encore davantage (sans mauvais jeu de mot) la crise de la faim qu’annoncent les agences onusiennes PAM.

En suspendant leurs exportations de céréales fin avril, la Russie et plusieurs pays producteurs ont par exemple mis en danger la sécurité alimentaire de l’Algérie.

Vente de produits locaux dans le Maine-et_Loire pendant la crise du Covid 19
Vente de produits locaux dans le Maine-et_Loire pendant la crise du Covid 19

La relocalisation : comment et à quelles conditions ?

C’est quoi le « local » ? Peut-on et doit-on exclusivement s’approvisionner localement ? L’alimentation locale peut-elle nourrir tout le monde ? A quelles conditions ? Comment mettre en œuvre une relocalisation solidaire et juste, qui ne soit pas synonyme de repli sur soi ?

En Afrique de l’Ouest plusieurs organisations ont fait le pari de construire des « systèmes alimentaires territorialisés ».

Au Sahel, c’est le cas du GRDR (Groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural), soutenu par le CCFD-Terre Solidaire qui accompagne des organisations paysannes, des collectivités et d’autres acteurs locaux dans l’élaboration de cette démarche.

C’est quoi, un système alimentaire territorialisé ?

– Une alternative au système actuel

Territorialiser un système alimentaire, c’est proposer une alternative durable au système alimentaire mondialisé actuel. Ce système est actuellement structuré autour de grandes firmes industrielles, tant pour le commerce des intrants (semences, pesticides, fertilisants, etc.) que pour des produits alimentaires souvent hautement transformés.

C’est un modèle très compétitif car les coûts qu’il induit pour la société ne lui sont pas imputés : destruction des écosystèmes, nivellement par le bas de la qualité avec la hausse des maladies type diabète et obésité, appauvrissement des agriculteurs, volatilité des prix. La prospérité financière de ce système s’est aussi construite sur la destruction des biens communs.

– Mais pas un retour au passé

« Le modèle qualifié de « système alimentaire territorialisé » (SAT) ne constitue pas un retour nostalgique à l’organisation des systèmes alimentaires dans les économies rurales du début du XXe siècle » [8][[https://theconversation.com/lurgence-de-systemes-alimentaires-territorialises-136445]] expliquent les chercheurs Jean-Marc Meynard et Jean-Louis Rastoin. Il s’agit bien d’une mutation du modèle de production qui prenne en compte les spécificités et besoins territoriaux de l’ensemble des acteurs d’un territoire, pour penser et mettre en œuvre collectivement un modèle écologique, résilient, pourvoyeur d’emplois de qualités, développant une alimentation variée. Cela ne signifie pas couper tout échange international !

– Une démarche lancée suite aux émeutes de la faim de 2008

Cette évolution de l’appréhension des problématiques agricoles et alimentaires, pour le GRDR, date d’environ 2009 et fait suite aux émeutes de la faim de 2008. Une hausse des prix des denrées alimentaires importées avaient déclenché des émeutes dans de nombreuses villes de la région du Sahel.

Le GRDR, qui soutenait les producteurs locaux, s’est aperçu que les familles préféraient échanger le sorgho mis à leur disposition contre du blé et/ou du riz importés. La production locale était délaissée au profit d’une nourriture importée soumise à la spéculation et de moins bonne qualité.

Il n’était donc pas suffisant de soutenir les producteurs, il fallait aussi travailler avec les consommateurs, « de la fourche à la fourchette ». Pour cela il était aussi indispensable de travailler avec les autorités locales.

A partir de 2016, le GRDR a accompagné une première collectivité, le département de Rufisque, en périphérie de Dakar au Sénégal, dans le diagnostic de son système alimentaire puis dans la territorialisation de ce système via la mise en œuvre d’un ensemble d’actions et de mesures politiques.

Cette approche s’engage aussi par la suite dans la ville de Kayes, au Mali, avec le soutien du CCFD-Terre Solidaire, et dans la ville de Ziguinchor, en Casamance (Sénégal).

– Un processus qui implique l’Etat et l’échelon local

L’implication des Etats ou de l’échelon local est en effet indispensable pour mobiliser les politiques publiques et en assurer la cohérence : planification, infrastructures et développement urbain (gestion du foncier agricole, localisation des points de restauration), transport public et routes, développement économique local, éducation, santé publique, gestion des déchets, etc. [[Guide GRDR « Co-construire un projet alimentaire territorial », p11]] Les pouvoirs publics sont aussi en charge de rassembler tous les acteurs concernés (et ils sont nombreux !), et de mener un diagnostic territorial, pour établir un plan d’action.

A Kayes, les autorités publiques se sont largement impliquées dans le projet : conseil municipal et services techniques comme les Directions Régionales de l’Agriculture, de la statistique et de la planification, de la concurrence et du commerce, des eaux et forêts, etc.

L’Etat est également à même de faire évoluer les habitudes des consommateurs pour accroître la demande en produits locaux. Un de ses leviers est la promotion de l’alimentation locale : éducation dès le plus jeune âge à la santé nutritionnelle, animation de campagnes d’information-communication de masse auprès des consommateurs, etc.

Un enjeu de taille quand on sait que les brisures de riz importées d’Asie sont généralement préférées au riz produit localement dans la zone de l’Office du Niger alors qu’elles présentent une qualité nutritionnelle très inférieure.

Les achats publics (hôpitaux, écoles, universités, casernes, prisons, etc.) peuvent aussi jouer un rôle déterminant dans la stimulation de la production et de la consommation locale. A Rufisque au Sénégal, le GRDR accompagne maintenant la collectivité dans l’élaboration d’un plan alimentaire territorial qui prévoit que les cantines scolaires s’approvisionnent auprès des producteurs locaux.

– Une proximité entre producteurs et consommateurs

Les systèmes alimentaires territorialisés favorisent une plus grande proximité entre producteurs et consommateurs.

A Kayes, le GRDR a accompagné la mise en place d’une « boutique paysanne », un point de vente de produits maraîchers issus de l’agroécologie, pour que les producteurs puissent plus facilement écouler leurs productions en ville et se distinguer des producteurs conventionnels sur le grand marché.

Boutique de produits locaux et agroécologique à Kayes au Mali
Boutique de produits locaux et agroécologique à Kayes au Mali

A ce jour une vingtaine de producteurs en agroécologie paysanne alimentent la boutique. La détermination des quantités de produits à fournir à la boutique et leur écoulement est facilitée par le contact direct entre producteurs et consommateurs, via un groupe What’s App.

Le réseau social a également permis de renforcer les liens entre producteurs et associations de femmes transformatrices, garantissant des débouchés pour les uns, et la régularité de l’approvisionnement en matière première de qualité pour les autres.

Cela a également créé un engouement autour des questions d’agroécologie et de nouvelles relations de proximité et de solidarité.
« [Les membres du groupe] communiquent beaucoup par les images, les vidéos, les notes vocales. C’est aussi un groupe de formation, ils se partagent des éléments techniques sur l’entretien des champs. Cela permet aux consommateurs de comprendre dans quelles conditions les produits qu’ils consomment sont produits», témoigne Ibrahima Zerbo, coordinateur du programme TAPSA du GRDR au Mali.

Pendant la crise Covid-19, alors que la boutique paysanne était fermée et les déplacements restreints, producteurs et consommateurs se sont auto-organisés grâce à leur groupe What’sApp pour mettre en place une livraison à domicile.

– un processus intimement lié à la transition agroécologique…

Lorsque l’on donne la parole aux citoyens, leurs priorités intègrent le respect des territoires, de leur santé et des emplois, favorisant ainsi l’agroécologie .

Mais les pratiques alimentaires restent souvent contraintes par un faible pouvoir d’achat. C’est le cas en France comme pour de nombreux consommateurs kayésiens, pour lesquels les produits alimentaires importés – de qualité parfois douteuse – sont les plus accessibles financièrement.

Le développement de systèmes de production agroécologiques permettant de produire à plus grande échelle des produits sains, de qualité, respectueux de l’environnement et des écosystèmes, apporte des réponses à toutes ces préoccupations.

Dans le cadre d’un système alimentaire territorialisé, cela implique un soutien public accru à la promotion et diffusion de l’agroécologie.

– Un atout pour l’emploi !

Si elles sont un réel atout pour la santé et un environnement sain, l’approche « système territorial » et l’agroécologie, dont les pratiques sont hautement intensives en main d’œuvre, sont également un réel atout pour l’emploi. Par exemple avec la production d’intrants naturels à plus grande échelle : compost, biopesticides, multiplication de semences paysannes, etc.

Organisées à l’échelle des territoires, les activités de transformation, collecte, transport, distribution, commercialisation, sont autant d’opportunités d’emplois non agricoles, notamment en milieu rural.

A Kayes par exemple, les producteurs acheminent leurs produits entreposés dans des paniers ou caisses en bois confectionnées par les artisans locaux. Pendant la crise Covid-19, pour faciliter la livraison de produits à domicile, le GRDR a équipé un comité de producteurs de 3 tricycles, ce qui a permis à des jeunes de se créer une petite activité de transporteur. Ce sont de petits exemples qui, combinés et pensés à un niveau territorial, peuvent redynamiser les territoires et contribuer au maintien ou à la création d’emplois dignes.

A l’heure où la priorité est à la santé, à la résilience de nos systèmes agricoles et à la création d’emplois de qualité, espérons que les politiques de relance s’intéresseront de près aux systèmes alimentaires territorialisés et à l’agroécologie!

Jessica Pascal, Chargée de mission partenariat Sahel
Manon Castagné, Chargée de plaidoyer Souveraineté Alimentaire et Climat

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Comment les migrants maliens soutiennent le développement de leur pays d’origine https://terresolidaire.devbe.fr/comment-les-migrants-maliens-soutiennent-le-developpement-de-leur-pays-dorigine/ https://terresolidaire.devbe.fr/comment-les-migrants-maliens-soutiennent-le-developpement-de-leur-pays-dorigine/#respond Thu, 07 Feb 2019 16:52:26 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/comment-les-migrants-maliens-soutiennent-le-developpement-de-leur-pays-dorigine/ Représentant près d’un tiers de la population du Mali, la diaspora joue un rôle majeur

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Représentant près d’un tiers de la population du Mali, la diaspora joue un rôle majeur dans le développement du pays. L’association GRDR, soutenue par le CCFD-Terre Solidaire, accompagne les initiatives des migrants en faveur de leur région d’origine.


Avec une estimation de 5,6 millions de Maliens vivant à l’étranger, le Mali dispose d’une des diasporas les mieux organisées. « C’est une véritable richesse », sourit Mohamed Niang, référent thématique migration pour le Mali, le Sénégal et la Mauritanie au GRDR (Groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural), association partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

Il met notamment en avant les transferts financiers. En 2015, la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) les estimait à 476 milliards de Francs CFA (717 millions d’euros).

Il illustre :

« Si 80 % de ces montants sont destinés directement à leurs familles, les 20 % restant profitent à l’ensemble de la communauté car les migrants continuent à payer des impôts au Mali pour financer des écoles, des établissements de santé ou même des infrastructures ».

Mais la plupart d’entre eux souhaitent aller encore plus loin. Depuis les années 1960, ils se structurent en association dans leur ville d’accueil et décident ensemble de financer des projets clairement identifiés et jugés indispensables pour ceux restés sur place.

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La diaspora porteuse de projets de développement

En 2011, le GRDR a d’ailleurs mené une enquête pour quantifier la contribution directe des migrants au développement de la région de Kayes. « A l’époque, nous avions recensé près de 1 400 projets, raconte Mohamed Niang. Et nous nous sommes rendu compte qu’un certain nombre d’entre eux impliquaient aussi des collectivités locales. »

En effet, financer une école, un hôpital ou un barrage nécessite de collecter des sommes qui ne sont pas à la portée de l’épargne individuelle des migrants.

La commune de Sandare au Mali et celle de Draveil dans l’Essonne en France ont ainsi travaillé ensemble autour de l’hydraulique.
Kayes et Evry avancent main dans la main sur l’assainissement urbain quand Cachan s’est rapprochée de Diakon pour bâtir un micro-barrage.

Dans la seule région de Kayes, 75 partenariats ont ainsi été signés par 64 collectivités territoriales dont 57 situées en France, une en Espagne, une en Italie et une aux Pays Bas.

L’Ile de France a par exemple choisi de s’impliquer dans le domaine de l’éducation en créant un centre de formation professionnelle à Kayes.

Deux autres régions françaises – Bretagne et Hauts de France – lui ont emboîté le pas mais des projets ont également été initiés par une région du Sénégal et une au Burkina Faso.

En effet, 80 % des migrants originaires du Mali vivent dans un autre pays d’Afrique comme le Sénégal ou le Burkina Faso. Seulement 15 % des émigrés maliens sont en Europe.

Bassin de rétention construit par une association de migrants soutenue par le GRDR ©Patrick Piro/CCFD-Terre Solidaire
Bassin de rétention construit par une association de migrants soutenue par le GRDR ©Patrick Piro/CCFD-Terre Solidaire

Valoriser les compétences des migrants

L’implication des collectivités locales, dans le cadre de la coopération décentralisée, permet par ailleurs de compenser le moindre engagement financier de la diaspora.

Le chargé de mission observe :
« Aujourd’hui, les migrants qui vivent à l’étranger connaissent eux aussi des difficultés économiques. La crise les a touchés comme les autres. De plus, la 3e génération n’a pas le même comportement que leurs grands-parents qui étaient prêts à faire des sacrifices importants pour envoyer de l’argent à leur famille. Les investissements sont orientés aujourd’hui davantage vers le soutien individuel à la création d’entreprise car la diaspora ne veut pas transformer ceux qui reçoivent leur aide en assistés ».

Cette jeune génération n’hésite pas non plus à donner un coup de main. Elle fait bénéficier son pays d’origine des compétences qu’elle a développées dans les pays d’accueil.

Les retours au pays augmentent

Mohamed Niang souligne :

« Certains souhaitent aller plus loin et les retours au pays sont de plus en plus nombreux. Nous participons ainsi à un programme de réinsertion des migrants au Mali et accompagnons chaque année une dizaine d’entre eux qui souhaitent s’installer notamment en agriculture, car c’est un secteur porteur au Mali ».

Au-delà de ces premières réalisations, le GRDR réfléchit à la création d’un outil pour recenser et pour valoriser les compétences des migrants qu’ils soient ou non revenus au Mali. Cela concerne notamment les jeunes diplômés. A suivre…

Laurence Estival

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Le niébé, un haricot au coeur de la bataille pour les semences paysannes https://terresolidaire.devbe.fr/le-niebe-un-haricot-au-coeur-de-la-bataille-pour-les-semences-paysannes/ https://terresolidaire.devbe.fr/le-niebe-un-haricot-au-coeur-de-la-bataille-pour-les-semences-paysannes/#respond Thu, 26 Jul 2018 11:46:16 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/le-niebe-un-haricot-au-coeur-de-la-bataille-pour-les-semences-paysannes/ Le niébé est un haricot très populaire en Afrique de l’Ouest, et particulièrement nutritif. Pour

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Le niébé est un haricot très populaire en Afrique de l’Ouest, et particulièrement nutritif. Pour le promouvoir et le protéger, l’AOPP, une fédération d’organisations paysannes malienne appuyée par le CCFD-Terre Solidaire, a monté toute une filière paysanne.
Alors que Monsanto promeut désormais un niébé BT, l’organisation se bat pour défendre des semences locales de haricot naturellement adaptées à leur environnement.


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Au Mali N’tyo Traoré est chargé de programme souveraineté alimentaire à l’Association des organisations professionnelles paysannes (AOPP), qui représente 280 organisations paysannes maliennes de tout niveau.

Après avoir œuvré pendant dix ans au développement de la filière niébé, l’AOPP s’oriente depuis 2014 vers des pratiques agroécologiques. La promotion des semences paysannes est au cœur de cette stratégie.

Pourquoi promouvoir la culture du haricot niébé ?

N’Tyo Traoré : Tout d’abord parce que ce haricot typique de nos régions est un excellent aliment. C’est une source de protéines d’accès facile quand tout le monde ne peut pas se payer de la viande. Il pousse facilement et sans grandes exigences, il se conserve bien, et tout le monde l’aime !
Mais son rôle dépasse de loin le seul cadre nutritif : le niébé est une pièce maîtresse de la culture malienne, un vrai ciment de la société ! C’est le plat de fête indispensable à toute cérémonie, on se réconcilie après un conflit autour d’une assiette de niébé, il marque l’honneur dû aux défunts lors de funérailles.

Au cours du temps, nous avons développé des recettes. En particulier une collation particulièrement nutritive pour les enfants, à base d’oignon, de niébé et de djouka (fonio et arachide). Nous avons aussi mis au point le degué de niébé, une purée sèche et fumée très pratique pour la conservation, et qui se cuisine après réhydratation.

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Comment faites-vous pour améliorer la filière du niébé ?

Nous avons appuyé la formation de producteurs de semences paysannes du haricot niébé, à la fois pour leur utilisation domestique et pour la commercialisation. Car les semences du marché, dites « améliorées » et certifiées ne sont très souvent que du tout-venant, non conformes aux caractéristiques annoncées : taux de germination très faible, variété ne correspondant pas à l’étiquette, etc.

Nous avons également développé et popularisé des techniques de conservation du niébé, naturelles et dépourvues de toxicité. Des bidons de 20 litres sont garnis de feuilles de plantes répulsives pour les insectes prédateurs. Cela préserve la récolte de niébé et les semences d’une campagne agricole à l’autre.

Nous avons privilégié une variété rustique, le korobalé. Dans un premier temps, pour la campagne 2015-2016, nous l’avons faite certifier officiellement. 24 producteurs ont pu vendre une partie de leurs semences aux paysans. Cela a créé un petit engouement et d’autres producteurs nous ont rejoints. La diffusion a été facilitée par la coutume qui veut que les agriculteurs s’échangent gracieusement des semences.

Pourquoi avez-vous finalement décidé de ne pas demander la certification officielle pour vos semences ?

– Parce que la certification officielle a une durée limitée dans le temps,

– Parce que la certification est particulièrement coûteuse. L’économie réalisée sur le coût de la certification a permis de doter nos trente producteurs de semences de fumure organique et de traitements naturels pour les plants.

– Parce que la certification se restreint à des variétés qui ne donnent pas égale satisfaction sur toutes les zones. Ainsi le korobalé est moins productif qu’ailleurs dans la région de Kayes, très chaude et peu pluvieuse. Le kérékalan, par exemple, est mieux adapté. Mais il n’est pas certifié, car il s’agit d’une variété dite « population », c’est-à-dire purement paysanne, présentant un certain degré de variabilité dans ses caractéristiques.

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Comment obtenir une reconnaissance des semences paysannes ?

Nous avons développé une stratégie de reconnaissance et d’identification de chaque semence « population » du pays, en établissant leur carte d’identité.
Pour le niébé bien sûr, mais aussi pour des céréales et des légumes.
Nous avons lancé une initiative, avec les plus importantes organisations travaillant dans le domaine de l’agriculture, pour créer notre propre référentiel : SNP, Semence « norme paysanne ».

Nous souhaitons faire enlever les restrictions à la commercialisation des semences paysannes qui ne sont pas certifiées. C’est un grand débat actuel dans les milieux paysans, et pas seulement au Mali.
L’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) appuie une évolution des législations dans notre sens, et nous faisons pression auprès des parlementaires et des autorités pour une reconnaissance des semences paysannes à l’égal des variétés certifiées.

Le Mali est particulièrement avancé dans cette bataille : le ministère de l’Agriculture, chargé d’étudier une révision des textes réglementaires, travaille en bonne entente avec nous, de même que les instances de recherche et les élus.

Nous avons obtenu des modalités plus favorables. Par exemple, il est important pour nous que l’étiquetage officiel de ces variétés fasse apparaître les régions cibles (comme Kayes pour le kérékalan), avec un nom stabilisé pour la variété, la durée de son cycle, etc.
Notre philosophie : il faut que les paysans aient confiance dans leur production semencière, afin de ne pas tomber entre les mains « d’agro-dealers » qui vont les séduire avec des semences pas chères mais vraiment douteuses.

Comment présentez-vous l’agroécologie à votre public paysan ?

Comme un tout. C’est une vision qui englobe :

  • la préservation des ressources naturelles , et donc les semences paysannes
  • l’autonomie des communautés rurales et l’autosuffisance alimentaire, ce qui passe aussi par le biais de la maîtrise locale des variétés cultivées.

L’AOPP est à la pointe de ce mouvement au Mali aujourd’hui. Mais il faut bien s’entendre, car le terme d’agroécologie commence à être galvaudé : on voit des industriels s’en prévaloir au seul titre d’être passés à des micro-doses « intelligentes » d’engrais ou de pesticides. Nous voulons couper court à tout cela. Pour nous, l’agroécologie ne saurait être autre que paysanne et « zéro chimie ».

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Pour en savoir plus sur les semences paysannes
, lire aussi la bande dessinée: histoire de semences, résistance à la privatisation du vivant

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Au Mali, 6 manières de faire face aux changements climatiques https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-6-manieres-de-faire-face-aux-changements-climatiques/ https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-6-manieres-de-faire-face-aux-changements-climatiques/#respond Thu, 16 Nov 2017 16:39:48 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-6-manieres-de-faire-face-aux-changements-climatiques/ Au Mali, la saison des pluies est durablement perturbée par la crise du climat. Ces

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Au Mali, la saison des pluies est durablement perturbée par la crise du climat. Ces changements affectent en particulier la période des semis, cruciale pour la réussite des cultures. L’agriculture paysanne cherche des solutions pour s’adapter.


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M’Pe Ballo dit « Boureima » est chef d’antenne pour la région de Mopti au Mali de l’association Amassa Afrique Verte, (Association Malienne pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaires), soutenue par le CCFD-Terre Solidaire de longue date.
Il explique comment l’association accompagne des paysans et des paysannes pour adapter leurs cultures et leurs pratiques aux évolutions climatiques.


oui_b.pngFaciliter les échanges locaux

La région de Mopti comprend deux zones bien distinctes : le delta du Niger et du Bani, inondé et dédié à la riziculture, et des territoires plus arides, consacrés à la culture de céréales « sèches » telles que le mil, le sorgho, et des légumineuses. L’association travaille à faciliter les échanges entre ces deux zones grâce à la création et au regroupement de coopératives.
Les zones qui ont des excédents de grain approvisionnent des coopératives chargées de les commercialiser dans les zones déficitaires voisines. Cela évite aux paysans sans moyens logistiques de brader leur récolte à des commerçants sans scrupules.

« Pour renforcer leur poids commercial, nous avons récemment procédé à un regroupement de douze coopératives en une “union”. C’est la troisième du genre à ce jour. Ensemble, elles totalisent près de 2 350 membres, dont 43 % sont des femmes.
Nous les faisons connaître auprès des commerçants locaux, qui achètent désormais le mil à Mopti, alors qu’avant ils allaient jusqu’à Ségou pour s’approvisionner. »

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oui_b.pngFavoriser la recherche locale sur les semences

Grâce à un projet soutenu par le CCFD-Terre Solidaire et l’Agence Française de Développement (AFD), [[Projet pour le renforcement de la sécurité alimentaire durable au Sahel mené entre 2011 et 2014]], la recherche malienne a mis au point des variétés de semences améliorées. Pour résister aux nouveaux aléas climatiques peu prévisibles, les semences sont traitées par la technique Apron Star, qui consiste à les enrober d’un fongicide et d’un insecticide répulsif.

«Un procédé chimique protège la graine pendant une quarantaine de jours, à la fois d’un possible excès d’humidité s’il pleut beaucoup, mais aussi de la convoitise des insectes en cas de déficit hydrique, si les premières pluies se font attendre. Les chances que les semis lèvent sont considérablement augmentées.
Le traitement, qui peut s’appliquer sur les semences conventionnelles ou paysannes est très apprécié par les producteurs. Avec un sachet de préparation coûtant 1 000 FCFA, ils peuvent préparer quatre kilos de semences, de quoi couvrir un hectare. »[[A cause du changement climatique, l’intervalle entre deux pluies est souvent de plus en plus long, et les pluies sont souvent plus intenses. Ainsi, cela rend parfois nécessaire l’utilisation de produits phytosanitaires pour protéger les semis contre les risques de pourriture en cas d’excès d’eau ou contre les insectes qui pourrait se nourrir des semis en cas d’absence de pluies. Ici, ce qui est avant tout cherché, c’est la préservation des semis pendant cette période cruciale et au final le résultat est l’augmentation significative des rendements.]]

oui_b.pngProduire et commercialiser localement les semences

Pour accroître leur autonomie et ne pas avoir à acquérir les semences coûteuses auprès des grandes firmes, les cultivateurs ont été incités par Amassa Afrique Verte à produire localement les semences améliorées.
« En 2012-2013, seulement dix cultivateurs « volontaires » ont accepté. Constatant leurs gains de productivité, ils étaient 210 en 2016, pour une production de près de 700 tonnes de semences traitées.
L’accompagnement que nous offrons aux producteurs de semences pour leur commercialisation est une nouveauté. Cela leur assure un meilleur revenu, et une augmentation de la disponibilité des semences dans la région. »

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oui_b.pngFavoriser la fertilisation naturelle et non chimique

Les intrants chimiques finissent par dégrader la qualité des sols, accentuant leur fragilité aux à-coups du climat, sécheresses ou pluies torrentielles.
Le recours à des fumures organiques, préparées localement, permet de doper les récoltes en respectant l’environnement. La fumure organique enrichit le sol en humus et accroit sa fertilité. Elle favorise aussi une meilleur retenue de l’eau dans le sol.

« Ces pratiques — fertilisation naturelle et traitement Apron star — ont permis que le rendement maximum des parcelles a bondi en moyenne de 750 kg à 1 800 kg par hectare (kg/ha).
Dans le Cercle de Koro un cultivateur nommé Oumar Ansègué Togo s’est taillé un franc succès en parvenant à la performance exceptionnelle de 2 400 kg de mil par hectare, pour un chiffre d’affaires de 785 000 FCFA [[1 000 FCFA valent environ 1,5 euro]]— un vrai coup d’éclat dans la région ! ».

oui_b.png Une appli météo pour prévenir les paysans des risques de pluie

monsieur_au_meteo_b.jpg Le séchage des grains se fait normalement à l’air libre, ce qui le rend vulnérable aux aléas climatiques.

« Nous avons établi un partenariat avec Orange Mali, pour que les cultivateurs soient informés par texto des alertes localisées sur le risque de pluie. Les familles peuvent désormais couvrir à temps les aires de séchage de mil, de sorgho ou de maïs. »

oui_b.pngRéduire la consommation domestique d’énergie et de combustibles

Nous avons lancé la production de foyers améliorés en banco (boue séchée) “multi-marmites” : il est possible de disposer trois marmites à la fois, avec un unique orifice pour le combustible, ce qui accroît leur rendement.
L’utilisation du bois est réservée à l’hivernage, pendant la saison des pluies. En dehors de cette période, les foyers brûlent les tiges de mil, de riz de la récolte précédente ainsi que des bouses séchées.
monsieur_avec_2_marmites_bb.jpg

« Résultat, la facture de bois est tombée de 1 000 FCFA à 400 FCFA par jour. Une centaine de femmes ont déjà été formées à la promotion de ces équipements, qui ont en outre l’avantage d’être portables ».
À raison de 2 000 FCFA pièce, elles en ont vendu près de 150 unités de foyers améliorés pour la première année, et la demande croît.

Propos recueillis par Patrick Piro
Crédits photos : ©Boureima Ballo/Amassa Afrique verte


L’éclairage de Florian de Jacquelot, chargé de mission pour le Sahel au CCFD-Terre Solidaire :

Les techniques présentées ici sont pour certaines inspirées de pratiques agroécologiques comme l’utilisation de fumures organiques ou la commercialisation en circuit plus court et de proximité. D’autres restent plutôt du référentiel de l’agriculture conventionnelle (semences certifiées, utilisation de produits phytosanitaires pour protéger les semis).

Amassa et les paysans accompagnés font face à un double défi : assurer la sécurité alimentaire sur le court terme et préserver durablement les ressources naturelles sur le plus long terme.

Amassa cherche avant tout à mettre en place des solutions pragmatiques et efficaces pour les paysans. La recherche de ces solutions le conduit de plus en plus dans un processus de transition vers l’agroécologie soutenue par le CCFD-Terre Solidaire.

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Une nouvelle approche pour soutenir la transition écologique et sociale à partir de l’Afrique https://terresolidaire.devbe.fr/une-nouvelle-approche-pour-soutenir-la-transition-ecologique-et-sociale-a-partir-de-lafrique/ https://terresolidaire.devbe.fr/une-nouvelle-approche-pour-soutenir-la-transition-ecologique-et-sociale-a-partir-de-lafrique/#respond Tue, 11 Jul 2017 14:50:28 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/une-nouvelle-approche-pour-soutenir-la-transition-ecologique-et-sociale-a-partir-de-lafrique/ Le CCFD-Terre Solidaire accompagne un ambitieux Programme d’appui aux initiatives économiques pour une transition écologique

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Le CCFD-Terre Solidaire accompagne un ambitieux Programme d’appui aux initiatives économiques pour une transition écologique et sociale des territoires ruraux (le Paies) déployé dans un premier temps au Sahel et en Afrique des Grands Lacs. De grande ampleur, il marque le début d’une nouvelle approche du CCFD-Terre solidaire pour favoriser l’accès des populations du Sud à leur souveraineté alimentaire.

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Jean-Baptiste Cousin, ‎directeur du partenariat international au CCFD-Terre Solidaire, nous explique la nouvelle philosophie d’approche de ce programme

A quels défis le programme Paies répond-il?

Jean-Baptiste Cousin : Le Paies a été lancé pour répondre à trois grands enjeux :
  • la conquête de la sécurité et de la souveraineté alimentaire,
  • le renforcement des capacités du monde paysan
  • l’adaptation des populations aux dérèglements climatiques.
Il ne s’agit plus seulement de lutter contre la faim, la pauvreté ou les inégalités. Mais bien d’enclencher une transition sociale et écologique pour répondre en profondeur aux besoins des populations rurales. Le projet accompagne les partenaires dans chacun de leur territoire respectif pour bâtir un système viable et alternatif.
La dimension symbolique est forte : avec les associations partenaires avec qui nous travaillons, dans une réflexion commune, nous prenons conscience d’être engagés non plus dans le colmatage d’injustices, mais dans la construction d’un système différent, et à valeur de modèle. C’est très motivant.

Pour quelles raisons commencer ce programme au Sahel et dans l’Afrique des Grands Lacs ?

Les deux zones retenues correspondent à des biotopes très différents, par le climat, la nature des sols, les reliefs. Mais dans les deux régions :
  • une partie de la population ne mange pas à sa faim.
  • les dérèglements climatiques et l’érosion des ressources, avec des effets différents, se font sentir de manière de plus en plus pressante
  • L’emploi des jeunes est une préoccupation majeure
  • L’agroindustrie n’est pas encore très implantée, comparée à d’autres régions africaines.
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Pourquoi l’agroécologie est-elle au cœur du programme Paies ?

Dans les deux régions, la solution agroécologique s’impose comme une évidence :
  • elle permet une amélioration des rendements et de la souveraineté alimentaire des populations ;
  • elle représente une réponse performante aux conséquences du dérèglement climatique qui se font sentir d’une manière différente mais avec la même acuité ;
  • face à l’érosion des ressources, elle représente une alternative à l’impasse d’une agriculture intensive nécessitant une forte dose d’intrants ;
  • elle mobilise une main d’œuvre importante et permet à des jeunes de rester sur leurs terres.
Pour nous l’agroécologie ne promeut pas seulement un basculement technique. Elle comprend :
  • la maîtrise des ressources : semences, terre, eau, savoir-faire paysans, mais aussi la commercialisation,
  • le renforcement des circuits courts,
  • la promotion des femmes,
  • l’inclusion des jeunes,
  • l’établissement de gouvernances collectives
  • la promotion d’un autre rapport à la nature.
Elle a une dimension sociale et politique que nous appelons « agroécologie paysanne ».

Comment les organisations paysannes africaines accueillent-elles l’agroécologie?

Beaucoup des associations ou mouvements paysans partenaires avec qui nous travaillons pratiquent déjà l’agroécologie. D’autres commencent leur « révolution copernicienne », abandonnant la perspective de l’agriculture industrielle, modèle officiel de la plupart des gouvernements et poussé par la Banque mondiale. Il leur faut concevoir que l’agroécologie n’est pas une régression. Certaines organisations paysannes, même si elles sont convaincues de la justesse de cette nouvelle approche, doivent aussi tenir compte de nombre de leurs membres qui demandent toujours des intrants, de la technologie…
À ce stade, le Paies permet à tous de prendre conscience qu’il existe une vision alternative prometteuse. Il crée une dynamique collective autour de l’agroécologie, par le partage d’expériences et la mise en réseau.
Dans les différents pays, le Paies encourage ainsi la création de plateformes nationales d’agroécologie. paiespepi_femme_bandeau.jpg

Quels résultats pour cette première phase, qui s’achève à l’automne prochain ?

Nous nous donnons dix à quinze ans pour juger de transformations durables des pratiques, et mesurer des résultats sociaux, économiques et écologiques. Les indicateurs de cette première phase concernent le nombre d’ouvrages créés pour la rétention d’eau, de parcelles engagées en agroécologie, de formations administrées, etc. Et tout est en bonne voie. Cependant, nous avons d’ores et déjà des réponses très positives sur l’esprit même de la démarche.
Sur un continent focalisé par la lutte contre la faim, nous pouvions redouter que l’agroécologie soit perçue comme une approche plaquée par le Nord, en réponse à nos propres angoisses. Il n’en est rien, et c’est même une surprise de constater que ces nouvelles pratiques font tâche d’huile.
L’approche agroécologique crée un débat dans l’ensemble du monde paysan, non seulement par la réponse immédiatement crédible qu’elle apporte sur le terrain aux paysans les plus affectés par les perturbations du climat, mais aussi parce qu’elle fait écho à des pratiques et des valeurs ancestrales qui sont encore bien ancrées dans les mentalités. En quoi le programme Paies est-il innovant dans sa méthode ? Nous dépassons le format habituel des programmes de solidarité internationale — des actions portées par une organisation impliquant une ou plusieurs ONG dans un seul pays. Avec le Paies, nous intervenons sur de grandes zones transfrontalières impliquant plusieurs pays — Sahel et région des Grands Lacs pour la première phase. La gouvernance est assumée par quinze organisations partenaires. Ce sont par exemple les organisations de terrain qui assument les tâches de compte-rendu et de rapport, fonctions généralement dévolues aux ONG du Nord.

Quelles sont les perspectives à plus long terme ?

Après cette première phase africaine, nous travaillons à un déploiement du programme en Amérique Latine, dans les Andes, ainsi qu’en Asie, dans la région Timor Leste – Indonésie. Nous en sommes au tout début, mais le Paies sera la priorité du CCFD-Terre solidaire sur toutes ces zones pour la décennie à venir. Pour en savoir plus, télécharger la brochure de présentation complète du programme PAIES : rapportpaies_total_bd.pdf Propos recueillis par Patrick Piro

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Accaparement des terres, accès à l’eau, disparition des semences paysannes : « mêmes causes, mêmes luttes » ont plaidé près de 300 organisations de quinze pays* de la sous-région lors d’une caravane de mobilisation citoyenne et d’interpellation des pouvoirs publics. Au printemps dernier, elle a conduit durant un mois ses participants du Burkina Faso au Sénégal.
Journal de bord de l’étape malienne.


7 mars 2016, frontière sud-est du Mali. Le soleil est au zénith. Sous le carbet, un policier malien en faction saisit le bordereau avec un brin de suspicion. Le document est bardé de tampons officiels. Il vaut sauf-conduit pour les quelque 120 passagers partis à l’aube de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso. « Ça nous a pris des semaines de négociation avec les ministères et les gouvernorats », explique l’un des organisateurs de la caravane.

Dans les deux bus, des ressortissants du Burkina Faso, mais aussi du Togo et … du Bénin. « Ce sont des paysans venus défendre la souveraineté alimentaire », plaide l’un de leurs hôtes maliens. Au poste, on n’en a pas entendu parler de cette « Caravane ouest-africaine pour la terre, l’eau et les semences ». Un coup de fil et c’est réglé. D’ailleurs, des coups de klaxon, les voilà ! Embrassades. Lucien Silga, qui pilote la délégation burkinabè, informe que les Nigérians ont été empêchés de venir pour raisons logistiques. Quant aux Nigériens, ils rallieront la caravane à Dakar, son port d’arrivée. Mais Raymond Tetteh, l’unique Ghanéen dépêché, lui, est bien là. Dans les bus, on règle les premières urgences : glisser des puces maliennes dans les téléphones mobiles.

Cette marche qui réunit 400 participants de quinze pays, dont plusieurs partenaires du CCFD-Terre Solidaire parmi les organisateurs [[Le CCFD-Terre Solidaire a soutenu cette action avec ses partenaires co-organisateurs : Réseau Roppa, la Copagen, Via Campesina Afrique 2]], a pour objectif de dénoncer l’accaparement des ressources naturelles mais aussi de jeter les bases d’un mouvement citoyen régional de défense de la souveraineté alimentaire.

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Préservation des semences paysannes

Sikasso, capitale du Sud-Est malien. Les caravaniers sont accueillis dans les équipements du stade Babemba Traoré. Un format très dynamique, qui se répètera tout au long des vingt-deux jours de la pérégrination : les organisateurs ont fait coïncider l’étape avec une mobilisation locale.

À Sikasso, c’est une rencontre consacrée à la défense des semences paysannes qui a drainé pendant quatre jours une centaine d’acteurs régionaux à l’initiative de la Convergence des femmes rurales pour la souveraineté alimentaire (Cofersa) et du Comité ouest-africain des semences paysannes (Coasp-Mali). « Nos marchés sont envahis de semences industrielles ! », s’exclame Ali Ongoiba, du Coasp. Il brandit des épis de millet et de sorgho de son champ.

« Ça, c’est notre patrimoine, il nous a été légué par nos parents, et nous avons la responsabilité de le transmettre à nos enfants. Il est menacé, mais nous sommes convaincus que nous parviendrons à le sauver ! »

Dans la « salle » de réunion, dressée sous l’ombre des acacias, les femmes sont réunies. Alima Traoré, présidente de la Cofersa, raconte l’histoire encourageante de ce groupement de trente-six coopératives de maraîchères bio des environs de Sikasso.

« Nous avons compris qu’il fallait aussi nous occuper de reproduire et conserver nos propres semences pour gagner le défi de la souveraineté alimentaire. Elles s’adaptent mieux au changement climatique que les variétés des firmes, contrairement à leurs discours ! »

La rencontre a des allures d’université populaire : de nombreux caravaniers découvrent cette problématique des semences. « Une émergence récente, confirme Anne Berson, qui coordonne à Ségou les programmes ouest-africains du réseau Biodiversité échanges et diffusion d’expériences (Bede). Il s’agit de faire reconnaître la valeur d’un savoir-faire paysan qui a permis la sélection, l’amélioration et la diffusion de variétés remarquables. »

Namori N’Koné témoigne : il cultive depuis 1962 les deux mêmes variétés de maïs – « excellentes ! » –, sans avoir relevé la moindre altération de leurs qualités. Mil, sorgho, millet, niébé, arachide, riz, maïs, quinoa, sésame, gombo… Les producteurs locaux ont déployé leurs trésors semenciers sur des nattes, et les invités y chinent gaiement, convaincus de déni cher des perles rares.

Droit au foncier des femmes et des paysans sans terre

8 mars. Elles ont enfilé leurs robes estampillées « journée de la femme ». Elles dansent, chantent… Et préparent les repas, lavent les assiettes. La grande bataille féministe n’est pas domestique. Au micro, Tene Kanté, matrone poétesse au verbe ravageur, met les pieds dans le plat.

« Nous, les femmes paysannes, n’avons pas de terre ! C’est une précarité qui menace en permanence notre autonomie. »

Cette interpellation surgira tout au long du parcours de la caravane. En dépit de lois égalitaires, la coutume a la vie dure un peu partout en Afrique : la terre y appartient aux pères, aux maris, aux fils. Et quand ils la louent aux femmes, ce sont souvent des parcelles médiocres et sans garantie de durée. Cas rare : la Cofersa, par sa détermination, a obtenu un titre foncier pour quatre hectares.

Alors qu’on ne l’attendait plus, le gouverneur de région apparaît enfin. Propos convenus et mitigés envers la démarche émancipatrice de la caravane. Ils seront heureusement compensés par le discours « pro paysan » improvisé par le ministre de la Promotion de l’investissement et du secteur privé, en visite impromptue à Sikasso ce jour-là. Il est chaleureusement applaudi.

9 mars : Bamako, Stade du 26-Mars, où le troisième Village des sans-terre a pris ses quartiers. Les caravaniers s’y retrouvent un peu noyés en effectif seulement, car la lutte pour le foncier est le grand dénominateur commun de ce forum. L’un des principaux inspirateurs de la caravane est d’ailleurs la Convergence malienne contre l’accaparement des terres (CMAT).

Le soutien du peuple du Burkina Faso

Venus de Niamakoro, de Sirakoro Niare, de Dladi Koulikoro, de Benkadi, de Kalabambougou… Ils sont plus d’un millier à brandir leurs revendications entre la Place de la liberté et le monument de l’Indépendance. Ils reçoivent le soutien du peuple du Burkina Faso en résistance contre les OGM et des délégations étrangères à la caravane.

La marche, autorisée au tout dernier moment, pour cause d’état d’urgence dû aux menaces terroristes, est rythmée par les « dégage ! » lancés aux « mauvais » maires, députés, ministres, gouverneurs, etc. Deux députés maliens rejoignent les marcheurs pour afficher leur soutien.

10 mars. Les officiels maliens se vengent de la « gifle » médiatisée de la veille : ils boudent ostensiblement la conférence de clôture du Village des sans-terre. Sourire de Massa Koné, membre de la Convergence malienne contre l’accaparement des terres (CMAT), partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

« Prétexte… Nous leur avons déjà dit nos quatre vérités avec bien plus de virulence par le passé. Pourquoi mettre la sourdine devant de tels scandales ? »

Le représentant malien de la FAO est venu. Il se voit remettre le « livre vert » des revendications de la caravane, sous les applaudissements de tous. Avec la discrétion qui convient à son statut, l’organisation onusienne ne trouve pas grand chose à redire à la démarche de la caravane…

L’étape de Bamako a été mise à profit pour débattre d’un important projet de « Déclaration sur les droits des paysannes et des paysans » piloté par l’ONG Fian [[Fian international : Foodfirst information and action network.]] et le mouvement international paysan Via Campesina, partenaire du CCFD-Terre Solidaire. Il est proche de sa finalisation après quatre ans d’élaboration, une durée à la mesure de l’ambition du texte. Les caravaniers souhaitent qu’il soit adopté par les Nations unies, au prix de longues négociations avec les États. « Même si elle ne sera pas juridiquement contraignante, cette déclaration constituera un instrument international fort pour faire pression sur les politiques rurales », justifie Ibrahima Coulibaly, président de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali (CNOP).

11 mars
. Lever à 4 heures du matin, journée de bus jusqu’à Kayes, près de la frontière sénégalaise. La caravane prend aussi corps dans ces interminables heures de route, à nouer des contacts, confronter les approches respectives de lutte, fraterniser. Arrivée à Kayes, accueil au Centenaire, foyer du diocèse : quasiment luxueux après les stades spartiates.

Accès à l’eau et lutte contre les OGM

12 mars. Petit coup de mou après le bol de lait matinal : le programme, pris en charge par les organisations locales, s’annonce comme le plus faible des étapes maliennes. À première vue seulement… Car le colloque organisé au Conseil du Cercle de Kayes se révèle de haute tenue et très instructif. Par le passé, la région fut un foyer d’émigration notoire, en raison des conditions climatiques et de la négligence de Bamako, peu préoccupée par le développement de cette région frontalière éloignée de la capitale. Mais grâce à l’argent de la diaspora, des paysans ont pris le dessus, et le Cercle de Kayes est désormais réputé pour la performance de solides collectifs de maraîchers convertis à l’agro-écologie.

La question de l’eau, qui va de pair avec l’accaparement des terres – sans eau, pas d’agriculture – connaît de nouveaux développements. Aujourd’hui, elle concerne de plus en plus le milieu péri-urbain, souligne Ouzmane Diallo, du Comité malien de la défense de l’eau et de l’assainissement confronté à la privatisation croissante des services de l’eau par des multinationales.

Sensibiliser les autorités à notre combat

Puis le gouverneur, Baba Mahamane Maïga, s’avance pour la clôture du colloque. Et dans la salle, on n’en croit pas ses oreilles : sans détour, le gouverneur pourfend les OGM et prend le parti des défenseurs de la souveraineté alimentaire. Ovations.

Dans la cour, le gouverneur s’arrête devant les stands installés par les petits producteurs locaux.

« Ce n’est pas de la démagogie, j’ai un engagement personnel, une conviction, nous confie-t-il. Quand on sait, on doit agir. Et mon rôle, c’est d’alerter l’État malien sur les grands risques qu’il y aurait, par exemple, à se lancer dans une politique OGM tous azimuts. »

Au sein de la caravane, le blues de la matinée s’est évaporé. « C’est un discours innovant, de grande qualité, et qui nous donne de l’espoir », confie Massa Koné de la CMAT, surpris par une position aussi offensive.

« Il montre que la caravane commence à atteindre son objectif : sensibiliser les hautes autorités aux combats que nous portons. »

13 mars. Départ pour le Sénégal, où s’agrègeront les délégations paysannes locales et celles des pays voisins. Objectif Dakar, pour un rendez-vous avec Macky Sall, actuel président du pays mais aussi de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Hélas, cette rencontre sera annulée au dernier moment pour cause de campagne électorale tendue au Séné gal. Chantal Jacovetti, de la CMAT, en est convaincue,

« ce n’est pas une décision politique : la visite de plusieurs ministres, lors des étapes sénégalaises, confirme une volonté nouvelle des États de nous écouter ».

De notre envoyé spécial, Patrick Piro.*

Les pays concernés : Nigeria, Niger, Bénin, Togo, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Ghana, Mauritanie, Sénégal, Gambie, Liberia, Guinée-Conakry, Guinée-Bissau, Sierra Leone.

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Au Mali, les semences paysannes sont vitales pour la souveraineté alimentaire https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-les-semences-paysannes-sont-vitales-pour-la-souverainete-alimentaire/ https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-les-semences-paysannes-sont-vitales-pour-la-souverainete-alimentaire/#respond Fri, 16 Dec 2016 16:30:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-les-semences-paysannes-sont-vitales-pour-la-souverainete-alimentaire/ Au Mali la “modernisation” agricole soutenue par des projets internationaux et les politiques nationales (promotion

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Au Mali la “modernisation” agricole soutenue par des projets internationaux et les politiques nationales (promotion des monocultures, de la mécanisation, des intrants chimiques et des semences commerciales) relègue la valorisation des semences locales au second plan. Pourtant, au moins 75% des semences cultivées dans le pays sont issues de l’agriculture paysanne. Communautés de paysans et société civile, dont deux partenaires du CCFD-Terre Solidaire, se mobilisent pour faire reconnaître les semences paysannes et les droits des agriculteurs sur leur territoire.


Traditionnellement les agriculteurs sélectionnent et produisent leurs propres semences, cultivées à partir de procédés naturels. Ces variétés paysannes sont riches en diversité, entretenues par les communautés agricoles pour les adapter à leurs systèmes de production et alimentaires, et co-évoluent avec les changements (climat, maladies), et les besoins des communautés.

Basé sur des savoirs, savoir-faire et savoir-être des paysans, ce système semencier a permis d’améliorer la production agricole et la diversité génétique au fil des siècles, sans recours aux intrants chimiques. Ces semences ont toujours été conservées, multipliées, échangées ou vendues par et entre les paysans.
Au Mali, les agriculteurs utilisent majoritairement des semences traditionnelles pour leurs cultures alimentaires. Par contre, pour les cultures encadrées comme le coton et le riz irrigué, et pour plusieurs espèces maraichères, ils sont le plus souvent dépendants des semences certifiées vendues sur le marché.

Ces dernières années, les nouvelles variétés « améliorées », sélectionnées pour des systèmes de production intensifs avec engrais et traitements chimiques, ont été promues par les chercheurs ou les entreprises industrielles commerciales, et soutenues par le cadre juridique national.

Ce cadre juridique porte principalement sur la filière des semences certifiées pour le commerce. Les variétés traditionnelles et paysannes sont ainsi reléguées dans l’informel.
Les droits des agriculteurs sur les variétés traditionnelles et paysannes qu’ils ont conservées et diversifiées s’en trouvent ainsi fragilisés. Il est donc apparu important aux organisations paysannes de réfléchir à un mode de reconnaissance de leurs semences et de leurs droits en la matière.

Comment faire reconnaitre les semences paysannes et les droits des paysans ?

Depuis plusieurs années, des organisations font la promotion de l’agroécologie paysanne et prennent à cœur la valorisation de la biodiversité agricole et des semences paysannes. Elles se retrouvent au sein d’un cadre d’échange sous régional : le Comité Ouest Africain des Semences Paysannes (COASP) qui s’anime au niveau national à travers le COASP-Mali. Ainsi, de Gao à Sikasso, ou de Kayes à Yorosso, plusieurs organisations se mobilisent dans le pays pour valoriser les semences paysannes sur le territoire.

Partie prenante, l’association Biodiversité Echanges et Diffusion d’Expérience (BEDE) en collaboration avec l’Institut de Recherche et de Promotion des Alternatives en Développement (IRPAD) – deux organisations d’appui à l’agriculture paysanne partenaires du CCFD-Terre Solidaire – ont pris l’initiative de bâtir un processus de réflexion collectif : « Semences Normes et Paysans » (SNP). Son objectif ? Arriver à faire reconnaître les semences paysannes et les droits des agriculteurs dans le cadre juridique national.

Le processus de réflexion, démarré en janvier 2016 et soutenu par le CCFD-Terre Solidaire, la Coopération Suisse (DDC) au Mali et l’ONG allemande Misereor, a commencé par la réalisation d’un état des lieux des lois, des règlements, des acteurs et des instances de décision.

S’en sont suivies des consultations auprès des principales organisations paysannes. [[Notamment l’Association des organisations professionnelles paysannes (AOPP) qui est impliquée dans des programmes de développement des semences certifiées, mais qui reconnaît l’importance des semences traditionnelles ; la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP), actrice du plaidoyer pour la souveraineté alimentaire au Mali mais aussi, le Comité Ouest Africain des semences paysannes du Mali (COASP-Mali), les institutions de la recherche et les services étatiques.]] Ces consultations ont permis d’élaborer une étude collective qui propose un ensemble de recommandations pour l’amélioration de la gouvernance des semences au Mali, en mettant en particulier l’accent sur la prise en compte des semences paysannes/traditionnelles dans les lois nationales, et renforcer les droits des agriculteurs.

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D’autant que des textes internationaux auxquels le Mali a adhéré comportent des éléments intéressants visant la reconnaissance des droits des agriculteurs à échanger, donner ou vendre les semences paysannes. La mise en oeuvre de ces instruments au niveau national pourrait offrir des pistes de solution à cette situation.

Véritable défi pour les organisations paysannes du Mali, le processus Semences, Normes et Paysans va poursuivre, durant toute l’année 2017, ses travaux de réflexion et ses actions de sensibilisation et de mobilisation, pour faire reconnaître les semences paysannes et les droits des agriculteurs dans le pays.

Extrait d’un questions/réponses destiné aux paysans maliens :
– Actuellement puis-­je cultiver mes propres semences paysannes même si elles ne sont pas inscrites au catalogue ?

Oui, je peux les cultiver, les échanger, les donner à des fins non commerciales, mais je ne peux pas les vendre librement sur le marché.

– Si une variété est inscrite comme variété protégée à l’OAPI – Organisation ouest-africaine de la propriété intellectuelle – puis-je reproduire les semences dans mon champ ?
Oui, je peux les reproduire pour ma propre consommation mais pas pour les vendre. Sont toutefois exclues les variétés fruitières comme la banane, les variétés forestières et les variétés ornementales.

– Est-­ce que les structures de recherche peuvent prendre ma variété paysanne pour en faire une nouvelle variété et en devenir propriétaire ?
Oui, si elles obtiennent un droit d’obtention végétale sur la nouvelle variété obtenue à partir de ma variété paysanne.

– Est-­ce que les OGM peuvent être cultivés au Mali ?
Oui, la loi biosécurité au Mali permet la culture d’OGM mais seulement après autorisation du ministère de l’environnement, autorité nationale compétente. En juin 2016, il n’y a aucune variété d’OGM autorisée au Mali.

Article proposé par le BEDE et l’IRPAD en partenariat avec le CCFD-Terre Solidaire

Voir aussi notre dossier magazine “Semences paysannes, une voie d’avenir” de novembre 2012

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Du Mali au Pays basque : l’implication des sociétés civiles vitale pour la paix https://terresolidaire.devbe.fr/du-mali-au-pays-basque-limplication-des-societes-civiles-vitale-pour-la-paix/ https://terresolidaire.devbe.fr/du-mali-au-pays-basque-limplication-des-societes-civiles-vitale-pour-la-paix/#respond Thu, 06 Oct 2016 09:00:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/du-mali-au-pays-basque-limplication-des-societes-civiles-vitale-pour-la-paix/ A l’été 2016, et à l’initiative de la délégation de bénévoles du CCFD-Terre Solidaire de

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A l’été 2016, et à l’initiative de la délégation de bénévoles du CCFD-Terre Solidaire de la région, deux partenaires maliens ont rencontré à Bayonne, des acteurs du Pays basque, tous engagés pour la paix sur leur territoire.


« Nous souhaitions aller plus loin dans notre travail de réflexion sur la paix », explique Jean-Pierre Grossier, président de la délégation Pays basque du CCFD-Terre Solidaire, en introduction de la rencontre sur la paix en juillet 2016.

Leur travail a commencé en novembre 2015. Constitués en groupes de quatre pour se répartir des axes de réflexion, les bénévoles ont envisagé la paix sous différents aspects : psychologique, politique, spirituel et associatif. « Au CCFD-Terre Solidaire, la question de la paix est un axe de travail prioritaire », rappelle Florian De Jacquelot, chargé de mission de la région Sahel en Afrique.

Aussi marqués par le processus de paix sur leur territoire, les bénévoles ont voulu partager leur réflexion avec des partenaires d’autres pays. Et malgré la distance qui les sépare, le Mali et le Pays basque partagent des spécificités : d’abord géographiques – deux territoires transfrontaliers – mais aussi pluri-linguistiques et socio-culturelles, avec des traditions propres.

A l’origine, un conflit

Ce qui rapproche également les deux territoires, c’est le contexte d’un conflit. Au Mali, la guerre actuelle est née des suites d’une rébellion touarègue dans le nord contre l’armée malienne. A cela s’est ajoutée un nouvelle composante : le terrorisme djihadiste [[Avec l’apparition du groupe armé djihadiste Ansar Dine, rejoint par AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et le MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest).]]. « Depuis 2012, le conflit s’est élargi au reste du territoire jusqu’à Bamako, la capitale. Ce qui a provoqué une forte segmentation de la société malienne », explique Assinamar Ag Rousmane, coordinateur de programme de l’Association Azhar [[Azhar signifie “liens de famille” en tamasheq, la langue touarègue.]], partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

« Nous avons toujours connu des tensions intercommunautaires et des rebellions armées. Mais le conflit de 2012 est sans précédent car il a engendré une crise politique, humanitaire et sécuritaire », précise Nana Alassane Toure, chargée de programme au sein de l’Association de Coopération et de Recherche pour le Développement (Acord), aussi soutenue par le CCFD-Terre Solidaire. « Avant l’intervention française, puis onusienne [[En janvier 2013, pour arrêter la progression des djihadistes vers le sud du pays, le président malien demande à la France d’intervenir militairement dans le cadre d’une opération internationale. Cette intervention militaire sera suivie d’une opération de sécurisation du pays par les casques bleus de l’ONU, avec l’armée malienne et des forces spéciales notamment françaises.]], de nombreuses violences ont été commises. Beaucoup de personnes ont perdu la vie. Et c’est toujours le cas. Pourquoi ? Parce que les djihadistes, même moins visibles, sont toujours présents. Ils ont simplement changé de modes opératoires, procédant par des attaques visées contre des militaires, mais aussi des commerçants et des marchands ambulants », déplore-t-elle.

Cette crise a un fort impact sur la société malienne : elle compte de nombreux déplacés internes et réfugiés dans les pays voisins – au Niger, en Mauritanie, au Burkina Faso. Ces problèmes renforcent des difficultés préexistantes, comme l’absence de services sociaux de base dans certaines régions, et un taux de chômage élevé.

Beaucoup plus au Nord et partagé entre deux États – l’Espagne et la France – le Pays basque connaît lui aussi un conflit depuis des décennies. « Ce dont on a souffert au Pays basque nord (côté français), c’est la négation du conflit. L’Etat français a d’ailleurs fait le nécessaire pour nier son existence pendant des décennies. L’humiliation est moindre aujourd’hui mais le mal n’est toujours pas traité : le fait de ne pas être complètement reconnu dans notre unité individuelle et collective en tant que basque », explique Gabriel Mouesca, permanent de l’association Harrera – « Accueil » en basque – structure d’aide à la réinsertion des prisonniers politiques et des exilés dans le cadre du processus de paix. Il est aussi ancien militant de l’organisation politico-militaire séparatiste Iparretarrak – « Ceux de l’ETA du Nord ».

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« La paix ne se joue pas uniquement entre les Etats et les groupes armés »

Le 17 octobre 2011, la Déclaration internationale d’Aiete à Saint-Sébastien en Espagne fait entrer le Pays basque dans un nouveau processus de paix, avec pour la première fois une implication significative de la communauté internationale [[Des personnalités politiques internationales, dont l’ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix en 2001, Kofi Annan, appellent à la paix au Pays basque. Deux jours plus tard, l’ETA annoncera publiquement l’abandon de la lutte armée.]]. Cinq ans plus tard, malgré l’immobilisme des États français et espagnol, le processus avance, grâce au dynamisme de la société civile : « Beaucoup pensent que si les Etats refusent d’entrer dans le processus, la paix n’est pas possible. Nous, on pense le contraire. La paix ne se joue pas uniquement entre un groupe armé et, dans notre cas, deux Etats. Elle se joue au quotidien, avec les acteurs du territoire », déclare Anaiz Funosas, présidente du mouvement civil Bake Bidea – « Le chemin de la paix » – créé au lendemain d’Aiete.

Le mouvement se félicite d’ailleurs d’avoir participé à l’instauration d’un dialogue entre certains acteurs du territoire dont les intérêts ne convergent pas toujours : élus locaux, patronat, syndicalistes, militants… « La réussite de ce processus passe aussi par l’échange, l’écoute et la reconnaissance de l’autre », précise la présidente. Ensemble, ils ont réussi à s’accorder sur la réponse que devrait apporter le processus entre les Etats basques, et sur ses conséquences : désarmement de l’ETA [[Euskadi Ta Askatasuna en basque pour « Pays basque et liberté » : organisation armée indépendantiste créée en 1959]], réparation aux victimes, réintégration des prisonniers et des réfugiés…

Au Mali, pour répondre aux violences, les partenaires expliquent que l’Etat a lancé un processus de justice transitionnelle [[La justice transitionnelle relève de quatre piliers : le droit de savoir, le droit à la justice, le droit à la réparation et le droit aux garanties de non-répétition.]] qui a conduit en avril 2015, à un accord de paix entre le gouvernement et la majorité des groupes armés [[L’accord de paix sera également signé par plusieurs Etats et organisations comme l’ONU au nom de la médiation internationale.]]. De ce processus a découlé la création de la Commission « Vérité, justice et réconciliation» dont les membres ont été nommés par décret présidentiel. Celle-ci a pour mission d’enquêter sur les violations des droits humains entre 1960 et 2013 : « Mais quid des victimes au-delà de cette période alors que l’on sait que la crise se poursuit ? », questionne Nana Alassane Toure. Tout comme le décret d’indemnisation des victimes, très critiqué par la société malienne, car il ne concernerait que les victimes militaires. « Il y a aussi de nombreuses victimes civiles », souligne-t-elle.

« La paix ne se décrète pas, elle se construit »

L’un des principaux freins au processus de paix pour les deux partenaires maliens ? Il n’est pas assez « inclusif ». « Tous les acteurs sont importants. Il n’y a pas de ligne rouge pour nous. Le travail de la société civile est fondamental pour permettre à tous un même niveau d’information et apaiser les tensions », explique la chargée de programme d’Acord. « La paix ne se décrète pas, elle se construit, étape par étape, et à l’échelle micro que ce soit auprès des communautés, du village, des factions », ajoute Assinamar Rg Rousmane d’Azhar.

Pour les partenaires, il faut miser sur la jeunesse : « Les jeunes sont l’avenir mais aussi le présent. Ce sont des acteurs du changement dont on a besoin aujourd’hui et demain. Il faut les faire participer au processus de paix de manière quantitative et qualitative », affirme Nana Alassane Toure. Par exemple, dans la région de Kidal qui compte 73 000 habitants pour une superficie de 260 000 km2, Azhar travaille à la mise en place d’une stratégie de scolarisation accélérée pour offrir un rattrapage scolaire aux jeunes dont la moitié s’est retrouvée déscolarisée au début de la crise. Sans occupation, ils ont plus facilement intégré les groupes armés. « Nous avons obtenu des garanties du ministère (de l’éducation nationale) pour que ces enfants soient acceptés dans les classes supérieures en 2017 », se réjouit le coordinateur de programme de l’association.

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« Notre principe : obtenir la vérité. Pour que les victimes puissent se reconstruire », enchaîne Anaiz Funosas de Bake Bidea. Le problème ? Il n’y a aucune victime dans l’espace de dialogue constitué. La présidente reconnaît que sans la voix des victimes, il est difficile d’avancer vers la paix à travers le mécanisme de justice transitionnelle. « Il faut continuer à essayer d’identifier les victimes pour savoir comment doit répondre le processus. Et surtout, ne pas se résigner car le moindre espace de dialogue est un espace de plus pour ce processus. »

Ne pas renoncer, c’est aussi « travailler la mise en oeuvre de la paix au quotidien, et au-delà de la question basque » pour Peio Ospital du collectif Atxik Berrituz – « Tenir en se renouvelant » – créé au premier anniversaire d’Aiete, en novembre 2012. « Et cela nous appartient à tous. »

Car « tôt ou tard, les Etats se mettront à discuter sur le vivre ensemble de demain », ajoute Gabriel Mouesca. Pour lui, la question de paix ira même au-delà de la question politique. « La dynamique lancée à partir d’Aiete va irradier l’intégralité de la société et aller jusqu’au fin fond de l’organisation sociale du Pays basque. »

A la fin de la rencontre, Nana Alassane Toure se souvient : « Dans le train pour venir ici, je me suis dit que la seule chose que je connaissais de ce territoire, c’était qu’il est frontalier avec l’Espagne. » Deux jours plus tard, après de nombreux échanges, l’organisation de cette rencontre apparaît comme une évidence : « cela nous montre l’universalité de notre engagement en faveur de la paix », souligne Peio Ospital. Une rencontre qui donne aussi de quoi alimenter les prochains travaux des bénévoles de la région : « Cette thématique va continuer à être au centre de nos réflexions », conclut ainsi le président Jean-Pierre Grossier.

Marion Chastain

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Au Mali, l’association Azhar soutient les initiatives Touaregs contribuant au vivre-ensemble https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-lassociation-azhar-soutient-les-initiatives-touaregs-contribuant-au-vivre-ensemble/ https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-lassociation-azhar-soutient-les-initiatives-touaregs-contribuant-au-vivre-ensemble/#respond Mon, 08 Aug 2016 09:30:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/au-mali-lassociation-azhar-soutient-les-initiatives-touaregs-contribuant-au-vivre-ensemble/ Assinamar Ag Rousmane est coordinateur de programme au sein de l’ONG Azhar, soutenue par le

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Assinamar Ag Rousmane est coordinateur de programme au sein de l’ONG Azhar, soutenue par le CCFD-Terre Solidaire depuis sa création en 2002. Azhar intervient en particulier auprès des Touaregs dans le nord du Mali, région marquée par le changement climatique et les conflits. Rencontre.

Que signifie Azhar et que fait l’association ?

Assinamar Ag Rousmane : Azhar a été créé par d’anciens membres de l’association Acord – Association de Coopération et de Recherches pour le Développement – aussi partenaire du CCFD-Terre Solidaire. Nous sommes désormais deux organisations autonomes, mais nous travaillons ensemble sur des projets communs. D’où le choix du nom Azhar, qui signifie “liens de famille” en tamasheq – langue parlée par les communautés touarègues de la région de Kidal au nord du Mali, dans laquelle nous intervenons.

Avec l’appui du CCFD-Terre Solidaire depuis plus de dix ans, nous soutenons les Touaregs pour améliorer leurs conditions de vie et sécuriser leur existence, en travaillant sur les questions de gouvernance locale, de citoyenneté et de vivre ensemble.

Quels sont les besoins des Touaregs ?

A.Ag.R : La région de Kidal est une zone très aride et très impactée par le changement climatique. Historiquement, les Touaregs, communauté nomade, y pratiquait l’élevage. Mais depuis les sécheresses cycliques des années 1970-1980, qui ont fortement secouée la zone, les communautés ont perdu leurs cheptels qui se sont complètement décimés.

La question des ressources naturelles a donc créé de fortes tensions entre ces populations. Et sans aucune assistance de l’Etat, les Touaregs ont été obligés de trouver d’autres activités génératrices de revenus. Le maraîchage leur est venu rapidement à l’idée, de par la présence d’oasis dans la région. Aujourd’hui, dans la commune de Tessalit où nous intervenons, les maraîchers sont désormais les champions de l’agro-écologie ! Grâce à de nombreuses formations, ils sont en avance sur tout le reste du Mali.

Ce qu’il faut aussi comprendre, c’est que la sécheresse est une des causes de la crise malienne des années 1990. A cette époque, pour survivre, des milliers de jeunes touaregs s’exilent du Mali. Ils se rendent en Libye où Mouammar Kadhafi, qui convoitait déjà cette zone du pays, les utilise pour créer sa “légion islamique”, et les envoie combattre à l’étranger.
De retour au Mali, ces jeunes deviennent rapidement des combattants de la rébellion face à la dictature militaire dirigée par Moussa Traoré. Mais sans les grandes sécheresses, ils ne seraient certainement jamais partis.

Azhar a failli disparaître en 2012. Comment avez-vous géré la situation ?

A.Ag.R : En 2012, la crise a déstructuré toutes les organisations locales au Nord du pays. Nous n’avions plus de bureaux, d’équipements, ni même d’archives. Tout a été saccagé. C’était le “sauve qui peut” ! Par obligation, certains se sont déplacés ailleurs au Mali, mais aussi en Algérie, et dans les camps de réfugiés.

A l’époque, tout le pays était une zone hostile. Les militaires semaient le désordre dans le pays, et le Nord était contrôlé par les djihadistes. La crise a rendu impossible l’activité de petites organisations de base comme la nôtre.

A partir de 2013, nous avons commencé à nous reconstruire. Avec un autre membre d’Azhar, nous avons monté un “desk” à Bamako, la capitale du pays. Le CCFD-Terre Solidaire a alors cherché à nous joindre. Grâce à l’organisation AMASSA – Afrique Verte Mali, également partenaire du CCFD-Terre Solidaire, nous avons réussi à reprendre contact. Sans le CCFD-Terre Solidaire, notre organisation n’aurait pas pu se reconstituer.

Quelle a été la priorité d’Azhar après sa reconstruction ?

A.Ag.R : Les Touaregs sont une communauté extrêmement fractionnée. Une division qui a été exacerbée par le conflit malien. Car certains acteurs au sein des groupes armés, pourtant issus des mêmes communautés, les instrumentalisent. Pourquoi ? Parce que chacun essaye de se créer une légitimité pour aspirer un jour à des postes politiques à responsabilité.

En 2013, Azhar réalise qu’il faut agir sur l’intermédiation communautaire. Et décide d’intégrer la dimension “Gestion et prévention des conflits” dans ses zones d’intervention, notamment par la mise en place d’actions phares envers les leaders communautaires – les chefs de faction, les chefs des secteurs de développement et les chefs de village. Ce sont des acteurs très importants, avec une grande force de mobilisation.

Aujourd’hui, nous en sommes justement à l’étape de mobilisation, mais aussi de formation et d’éducation populaire. Car à long terme, l’idée est de parvenir à créer des contrats sociaux entre ces communautés. Mais notre plus grande difficulté, c’est de devoir travailler avec des groupes qui sont parfois très hostiles à la paix, contre les questions de développement et de démocratie.

Sur quel autre grand projet travaillez-vous en ce moment ?

A.Ag.R : Avec le CCFD-Terre Solidaire et les associations partenaires Acord et GRDR Migration-Citoyenneté-Développement, nous travaillons depuis trois ans à la construction d’un projet sur la citoyenneté et le vivre ensemble. Fin 2015, nous avons reçu le soutien de l’Union Européen pour démarrer le projet Jeunesse et pouvoir d’agir (JPA). L’objectif est de renforcer la participation des jeunes maliens au niveau institutionnel et organisationnel pour qu’ils puissent jouer un rôle important dans la prise de décision. Car de manière générale, au Mali, les jeunes de 18 à 35 ans n’ont pas place dans la société, ni d’opinion. Leur voix n’est pas prise en compte. C’est cette tendance que nous souhaitons changer.

Ce projet émane d’une réflexion plus large sur les raisons de la crise malienne dont la question de l’identité nous semble centrale et qui touche particulièrement les jeunes.
Pour cela, nous avons identifié plusieurs organisations de jeunesse dans cinq régions du Mali – Kidal, Gao, Tombouctou, Kayes et Bamako où sont présents des partenaires du CCFD-Terre Solidaire. Ces organisations vont mener des études sur le vécu citoyen des jeunes et les relations intergénérationnelles. Par exemple, au Nord du pays, certains contestent leur appartenance même au Mali. L’idée du projet JPA est de mieux comprendre les enjeux au Nord comme au Sud.

Ces études nous permettront de recenser un certain nombre d’initiatives, en particulier sur les questions de vivre ensemble et de citoyenneté, afin de mieux accompagner la jeunesse au quotidien. Nous allons aussi axer notre projet sur le renforcement des compétences grâce à des formations très pointues sur les droits civiques, les droits humains, ou encore sur la justice transitionnelle [[La justice transitionnelle relève de quatre piliers : le droit de savoir, le droit à la justice, le droit à la réparation et le droit aux garanties de non-répétition.]]. Il faut savoir qu’au Mali, la moitié des jeunes ne vote pas.

Le projet Jeunesse et pouvoir d’agir vise directement 3000 Maliens, et touchera environ 10 000 jeunes supplémentaires grâce à nos actions de sensibilisation. C’est un projet très ambitieux. Mais qui ne peut que réussir, j’en suis sûr.

Propos recueillis par Marion Chastain

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Mali : les maraîchères plébiscitent l’agroécologie https://terresolidaire.devbe.fr/mali-les-maraicheres-plebiscitent-lagroecologie/ https://terresolidaire.devbe.fr/mali-les-maraicheres-plebiscitent-lagroecologie/#respond Mon, 18 Apr 2016 17:49:04 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/mali-les-maraicheres-plebiscitent-lagroecologie/ Engagée depuis l’adolescence auprès des femmes maliennes de sa région – en lutte incessante pour

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Engagée depuis l’adolescence auprès des femmes maliennes de sa région – en lutte incessante pour accroître leur autonomie et leur bien-être sur un territoire historiquement sinistrée – Mariam Sissoko, membre du Réseau des horticulteurs de Kayes (RHK), soutenu par le CCFD-Terre Solidaire, voit aujourd’hui l’agroécologie devenir la norme chez les paysannes.


Elle avance un peu au radar, dans la fraîcheur de ce matin parisien de mars 2016, mais il suffit d’une tasse de thé et d’une poignée de minutes pour que son charisme s’impose. À 60 ans, l’œil pétillant, Mariam Sissoko semble n’avoir rien perdu de l’appétit de l’enfant qu’elle fut et qui a mené à son terme huit années de scolarité.

Pas courant pour une fillette malienne au début des années 1960, a fortiori dans le cercle de Kayes, cette région très enclavée du Sud-Ouest, délaissée par l’État et qui a alimenté un important flux de migrants notamment après la grande sécheresse de 1973. « On a duré des décennies avec un manque d’eau chronique, des problèmes d’alimentation et de santé. Pas de route, pas de voiture, pas de train. » Pas de mosquée, pas d’organisation paysanne non plus. « Tous les bras valides s’en allaient vers les villes, les pays de la sous-région, la France. »

Plus tard, les migrants prouveront leur fidélité à la terre-mère. Grâce à l’argent de la diaspora et le retour des frères, la région de Kayes connaîtra un essor important. En attendant, le père veille à ne pas donner la main de Mariam à un gars qui lorgnerait vers d’autres horizons. « Nous avons deux fortunes à protéger, me répétait-il : l’école et le champ. » Sur la « vingtaine » de rejetons de la fratrie, elle ne compte qu’une sœur émigrée, qu’elle a visitée la veille à Villejuif, en région parisienne.

Se rendre utile en tant que femme

Dans cette région hémorragique d’hommes, que faire d’utile pour les femmes ? A la sortie de l’école, Mariam enchaîne sur une formation de « matrone ». « Les cousines, les belles-sœurs, les tantes étaient en situation de dépendance et de précarité. » Ce sont les chefs de famille qui réceptionnaient l’argent et les lettres envoyées par les maris ou les frères, partis pour cinq ou dix ans. « Et on ne laissait pas les femmes aller seules au centre de santé pour s’y faire soigner ! C’était dans les habitudes. »

Alors la matrone Mariam joue l’agent de santé bénévole et l’intermédiaire entre les femmes et les maris exilés. Le soir, elles se retrouvent pour boire ensemble le thé vert. « Certaines n’avaient même pas de quoi cotiser les 250 CFA ! » [[moins de 0,4 €]] Germe alors l’idée de « se mettre ensemble » pour des petits boulots qui rapporteraient un peu d’argent.

Mais comment s’organiser ? Les sœurs catholiques de Kayes, à qui on n’avait jamais demandé un tel conseil, renvoient sur la mission de Ségou, à plus de 800 kilomètres de Kayes. Mariam fait partie des trois femmes qui partent en expédition. Une révélation. « Nous avons rencontré quinze associations, que des femmes. Chez nous, il n’y en avait pas une seule ! » Fabrication de savon, de teintures naturelles, atelier de mouture de grains, alphabétisation, les trois Kayésiennes écarquillent les yeux.

Mariam, particulièrement séduite par l’impression des bogolans – ces tissus maliens aux motifs teintés avec des feuilles et de la terre – retient les étapes du processus. « Nous n’avions pas le matériel, mais en revanche, les mêmes arbres et les mêmes sols ! » De retour à Samé, il faudra quatre tentatives, sur des chutes, pour apprendre à maîtriser l’opération.

Et c’est le grand emprunt pour acheter vingt mètres de tissus blanc, qui donneront dix chemises… immédiatement achetées par une mission catholique en visite à Kayes, et qui, enchantée, en commande quarante autres. « À 5 000 CFA l’unité, nous étions lancées ! » La matrone ne lâche pas pour autant sa première mission d’entraide. Une fois par semaine, avec les sœurs, Mariam pratique la « nivaquination » – administration de nivaquine, antipaludique – des habitants, le ramassage des ordures, le traitement des enfants malades.

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Construction d’un moulin et partenariat à long terme

C’est en 1989 que Mariam fait étalage à grande échelle de son sens de l’à-propos et de sa pugnacité. « Nous étions toutes fatiguées de moudre à la main. Pourquoi ne pas mécaniser l’opération ? Il n’existait pas de moulin dans la région. » Oui, mais tout compris, avec l’abri, trois mois de fioul d’avance et la rémunération d’un meunier, il y en avait pour 2,1 millions de CFA. [[environ 3 200 €]] « Les sœurs ne nous croyaient pas capables d’assumer un crédit pour une somme aussi importante. »

L’activité du bogolan en apportera une partie. Un emprunt complète le reste, et chaque femme « cotise » en briques pour l’abri : un maçon veut bien faire le travail si on l’aide à acheminer l’eau et à mélanger le banco. « Une chance, parce que dans le village, c’est la désapprobation : les femmes n’ont pas à se lancer dans ce genre de projet.»

Au soir du premier jour, le mur est monté d’un demi-mètre. Impressionné, quelques hommes rejoignent le chantier, car visiblement, « c’est du sérieux ». La radio locale est derrière. « Les femmes de Samé ont osé. Qui va les aider à installer leur moulin ? » L’affaire est bouclée en une semaine. « Nous faisons aujourd’hui 15 000 CFA de recette par jour. L’emprunt a été remboursé en 12 mois au lieu de 18 ! »

La même année, le groupe obtient le récépissé de création de l’association Sini Guessigui (Prévoir l’avenir) – pionnière en son genre dans la région – alors qu’un programme de coopération canadien s’active pour créer des jardins potagers, de petits élevages et dispenser des formations en santé, animation, etc. « Mais notre association était trop petite pour eux. » Qu’à cela ne tienne, Mariam bat le rappel par le biais de la radio locale. « Rejoignez-nous tous ! » Et ça marche ! Les familles sortent dans la rue avec les tams-tams, et l’association, soudain très volumineuse, décroche un partenariat pour quatre années.

Créatrice de la Coordination des femmes de Samé

Mariam est repérée. Le programme l’incite à se former à l’animation à plus large échelle. Elle passera six mois à Bakel au Sénégal, aux mains du Groupe recherche réalisation développement rural (GRDR) – partenaire du CCFD-Terre solidaire. « Mon objectif : coordonner les organisations de Samé et de la zone. Nos succès avaient suscité la création de nombreuses autres associations de plus en plus concurrentes ! »

C’est elle qui incitera le GRDR à engager des coopérations avec des associations locales non liées à l’immigration. Mariam fait une étude sur cinq villages qui débouchera en 1993 sur la création d’une Coordination des femmes de Samé, qu’elle préside aujourd’hui.

Un levier formidable : ce sont 16 associations coalisées, regroupant plus de 4 000 femmes dans six communes limitrophes de Kayes, collaborant désormais avec de grosses organisations comme le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (Roppa), la Coordination nationale des organisations paysannes maliennes (CNOP) ou le Réseau des horticulteurs de Kayes (RHK) [[dont Mariam est membre du Conseil d’administration]] qui regroupe 180 associations totalisant 23 000 maraîchers.

Une notoriété nationale

La Coordination gère aujourd’hui, entre autres, des périmètres de maraîchage et une caisse de microcrédit. Les femmes, « toutes paysannes », plantent des tomates et des aubergines pour les condiments et les sauces. Des revenus rentrent, l’alimentation s’améliore. « Toute cette activité a ramené dans les villages des moulins, des dispensaires, la traction attelée ! »

La Coordination a acquis une notoriété nationale « et même au-delà », se réjouit la présidente. « Avant, on disait que le climat était trop chaud pour le maraîchage. Aujourd’hui, 80 % des femmes de Kayes le pratiquent, grâce aux puits ou aux motopompes qui puisent dans la nappe ou le fleuve Sénégal. »

Mariam doit filer prendre son train direction Limoges pour une tournée de Carême en Limousin et en Auvergne, à la rencontre des groupes CCFD-Terre Solidaire. Mais avant de partir, elle tient à ajouter : « ce que l’on a engagé, avec tout ça, c’est le renversement d’une situation historique, avec l’avènement d’une agroécologie paysanne qui accroît le pouvoir économique et l’autonomie des familles. Mais aussi un changement des mentalités en vue d’autoriser l’accès à la propriété de la terre pour les femmes, qui leur est refusé par les traditions. »

Patrick Piro

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