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]]>Jean Ziegler a été le premier rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation entre 2000 et 2008. Il est actuellement vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. À 87 ans, cet homme, au regard aiguisé sur le monde et à l’optimisme débordant, encourage la société civile à continuer à lutter contre l’« ordre cannibale du monde ».
Échos du monde : Dans Le capitalisme expliqué à ma petite-fille (2018), vous abordez le concept de « société civile planétaire ». Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi.
Le philosophe Emmanuel Kant
Jean Ziegler : Les mouvements sociaux sont composés d’organisations non gouvernementales qui s’opposent à l’ordre cannibale du monde.
Une société civile n’a aucun programme, aucune ligne de parti, elle ne cherche pas de résolution finale ; elle veut être la voix de celui qui n’en a pas pour se défendre. Chaque mouvement qui la compose lutte là où il est : pour la terre, contre l’emprisonnement politique arbitraire, pour le droit d’être soigné et d’avoir accès aux médicaments…. Ces mouvements échangent et se coordonnent, sans aucune contrainte. C’est cela que j’appelle une « fraternité de la nuit ».
Mais il faut des éléments déclencheurs pour que la société civile s’éveille et grossisse, comme le mouvement Black Lives Matters, la lutte pour l’écologie et la justice sociale. En voyez-vous d’autres ?
J.Z : Ceux qui concernent les femmes bien sûr !
La société civile est le nouveau sujet de l’histoire, elle a fait des progrès considérables dans différents pays : la lutte contre les discriminations faites aux femmes sur la question des salaires, les associations contre l’excision… Les syndicats agricoles africains sont d’une puissance magnifique ! Le mouvement Via Campesina, avec ses 42 millions de personnes à travers le monde a imposé aux Nations unies les droits des paysans. Maintenant, il y a un droit à la semence, à la propriété de la terre, à l’irrigation, à l’alimentation. Ces droits de l’homme sont ancrés à jamais dans le catalogue des Nations unies !

Le sommet de l’ONU sur les systèmes alimentaires qui s’est tenu en septembre 2021 à New York ne semble pas prendre cette direction… Des ONG l’ont critiqué pour la part belle qu’il fait au secteur agro-industriel.
J.Z : Ce sommet est un scandale pur et simple. Il est une plateforme pour les multinationales qui contrôlent, au niveau mondial, 85 % du stockage, du transport, de l’assurance, de la distribution des aliments de base, maïs, blé et riz, qui représentent 75 % de la consommation mondiale. Cette situation est totalement absurde. Le rapport annuel de la FAO [1] montre l’ampleur du scandale : toutes les cinq secondes, un enfant en dessous de dix ans meurt de faim. Un homme sur onze est en permanence sous-alimenté et se dirige vers la mort.
Toutes les quatre minutes, quelqu’un perd la vue à cause du manque de vitamine A. Plus de deux milliards d’humains sur les 7,4 que nous sommes n’ont pas un accès régulier à l’eau potable non nocive, et je peux multiplier les exemples. Ce même rapport de la FAO – et Dieu sait que ceux qui la composent ne sont pas des révolutionnaires – écrit noir sur blanc que l’agriculture mondiale, notamment grâce aux subventions agricoles, pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains : presque le double de l’humanité, si la distribution était équitable !
Or, pour l’instant, elle dépend exclusivement du pouvoir d’achat du consommateur dans les pays riches. Le pape François emploie le terme de « déchets » concernant les très pauvres : « Avec l’exclusion est touchée, dans sa racine même, l’appartenance à la société dans laquelle on vit. Les exclus ne sont pas des exploités, mais des déchets. »
Un milliard de personnes sont tellement pauvres qu’elles sont hors de l’humanité ; elles n’auront jamais une vie normale avec la santé, un revenu, un travail, etc.
L’absurdité est telle que pour la première fois dans l’histoire des hommes, on sait que la faim pourrait être totalement vaincue sur cette planète. Mais l’ordre cannibale du monde tue sans nécessité. Parce que, pour moi, un enfant qui meurt de faim est assassiné. Et il y a des responsables précis dans ce massacre quotidien. Sur les 71 millions de personnes qui quittent l’humanité chaque année, toutes causes de mortalité confondues, 18 % meurent de faim ou de maladies de la faim. Autrement dit, sur une planète qui déborde de richesses, la faim est encore la première cause de mortalité. N’est-ce pas un monde totalement absurde ?
Comment la société civile devrait-elle s’engager sur ce sujet de la faim ?
J.Z : Je vois quatre mécanismes. D’abord la dette extérieure : écrasante des pays les plus pauvres doit être annulée pour qu’ils puissent investir dans l’agriculture. Le Mali, le Sénégal, le Bangladesh, le Guatemala… sont dans l’impossibilité d’investir le moindre sou dans l’agriculture. Les sept pays du Sahel, par exemple, ont, en moyenne, une productivité de 600 à 700 kg par hectare céréalier alors qu’elle est de 10 000 kg en Bretagne ou en Lombardie. Non pas parce que le paysan italien ou français est plus compétent ou travailleur que le béninois ou malien, mais parce qu’un paysan européen bénéficie de subventions agricoles. La société civile s’est déjà bien emparée de ce sujet.
Elle est aussi très active pour tenter de stopper le déversement de la surproduction agricole européenne, considérable, sur les marchés africains. Les surplus, autrefois brûlés, sont déversés, par exemple au marché central de Dakar, Sandaga. Sur ce marché coloré, bruyant, magnifique, vous pouvez acheter des fruits, des légumes, des poulets allemands, espagnols, français, au tiers ou à la moitié du prix du produit équivalent africain. Quelques kilomètres plus loin, sous un soleil de plomb, avec ses enfants et sa femme, le paysan sénégalais se crève au travail et n’a pas la moindre chance d’arriver à un minimum vital. Il s’enfuira sûrement en Europe avec sa famille au risque de périr en mer….
Le troisième front doit être la lutte contre la spéculation boursière. Le riz, le blé et le maïs sont des marchandises négociées en Bourse comme n’importe quelle autre marchandise créant des profits énormes aux spéculateurs des grandes banques. Si le prix du riz explose, la mère dans les bidonvilles de Manille, de Lima, de Dakar ou dans les favelas du Brésil ne pourra pas acheter la nourriture quotidienne, et ses enfants risquent de mourir.

Il faut proscrire immédiatement la spéculation boursière sur les aliments de base. Comment ? C’est très simple, par la loi ; aucune Bourse au monde ne fonctionne sans loi. Le parlement d’un pays peut, si la pression de l’opinion publique est assez forte, introduire un article nouveau pour interdire les spéculations boursières ; des centaines de millions de personnes seraient sauvées en quelques mois…
Enfin, l’accaparement des terres doit être éradiqué. En 2020, 41 millions d’hectares de terres arables africaines ont été accaparés par la corruption ou loués par des multinationales, des fonds de pension européens et américains. Les familles de paysans sont expulsées. Sur ces terres, les multinationales font des plantations de canne à sucre et de palmier à l’huile pour produire du bio éthanol et du biodiesel, revendus en Occident. Le pire est que la Banque mondiale et les banques de développement, qui sont publiques, sont financées par le contribuable européen qui participe donc à cet accaparement ! La société civile a un rôle très important à jouer là-dessus.
Comment considérez-vous cette expertise de plaidoyer dont s’emparent de plus en plus les mouvements de la société civile ?
J.Z : Il est son arme centrale, car la société civile planétaire est une armée ! En 2021, selon la Banque mondiale, les 500 premières sociétés multinationales du monde ont contrôlé 52,8 % du produit mondial brut. Plus puissantes que les États, elles fonctionnent suivant un seul principe : la maximalisation du profit dans le temps le plus court possible et à n’importe quel prix humain. Ce sont les ennemis de l’humanité contre lesquels les mouvements de la société civile sont en lutte permanente, à travers l’arme du plaidoyer. Il permet de créer la transparence et de réveiller la conscience collective. Car la plupart des pays où sont basées ces multinationales sont des démocraties ! Les constitutions française, allemande, américaine, nous donnent tous les outils dont nous avons besoin, des élections à la grève générale, pour forcer nos gouvernements à changer radicalement de politique.
L’émancipation collective de l’homme, préalable à l’insurrection des consciences, progresse. Elle aboutira à l’action collective.
La crise du Covid-19 a renforcé les inégalités partout dans le monde, certains régimes autoritaires se sont renforcés… Restez-vous optimiste ?
J.Z : « La route est bordée de cadavres, mais mène à la justice », disait Jean Jaurès. Je suis persuadé que la vie, le combat, l’histoire ont un sens. La société civile, à travers ses combats, fait des progrès formidables et elle a mis en évidence ce que disait très justement Dostoïevski dans Les Frères Karamazov : « Chacun de nous est responsable de tout, devant tous. »
Donc optimiste, c’est faible ! Je vois que l’émancipation collective de l’homme progresse, préalable à l’insurrection de consciences, qui aboutira à l’action collective. Je tiens à terminer par cette phrase de Georges Bernanos : « Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. » Ces mains, ce sont celles de la société civile partout dans le monde.
Clémentine Méténier
[1] L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture publie un rapport annuel intitulé « L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde ».
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Cette tribune a été publiée dans Le Monde le 29 mai 2021
Le nouveau Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires qui se tiendra en septembre prochain aurait pu être porteur d’avancées cruciales et grandement nécessaires dans le contexte sanitaire, économique et environnemental actuel.
Pourtant, de nombreuses et profondes inquiétudes assombrissent cette initiative. Annoncé en 2019, ce sommet est le fruit d’une nouvelle collaboration entre le Forum Economique Mondial et le Secrétaire Général des Nations Unies. Les Etats membres des Nations Unies, traditionnels garants de ce type d’initiative, n’ont jamais vraiment été consultés et l’Assemblée Générale de l’ONU n’a même pas eu à se prononcer sur le sujet. C’est pourtant son rôle : c’est elle qui a validé par le passé la tenue des sommets alimentaires mondiaux de 1996 et de 2009.
Dès son annonce, ce sommet a donc fait fi d’un multilatéralisme pourtant indispensable et a progressivement marginalisé l’ensemble des acteurs souhaitant une réelle transformation sociale et écologique des systèmes agricoles et alimentaires. Un grand nombre d’États, de chercheurs et d’organisations de la société civile se sont retrouvés ainsi exclus des mécanismes de gouvernance du sommet ou n’ont été impliqués qu’à minima dans un faux-semblant de consultation. En parallèle, les organisateurs ont déroulé le tapis rouge aux principaux promoteurs d’une « révolution verte agricole » – OGM, digitalisation de l’agriculture, utilisation massive de pesticides et d’engrais de synthèse – dont on connait les impacts dévastateurs partout dans le monde.
Ces « solutions technologiques» seules capables, selon les organisateurs du sommet, de « changer la donne », renforcent toutes le système agro-industriel dominant et se font au détriment d’une vraie transformation agroécologique. Pourtant, l’impératif d’assurer la souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation des populations et l’urgence de répondre aux crises climatiques environnementales nécessitent au contraire de repenser nos pratiques agricoles et alimentaires, de renforcer un tissu dense de fermes à dimension humaine, et de permettre aux agricultrices et aux agriculteurs de vivre dignement, partout dans le monde.
Il y a urgence à agir. Les prix des denrées alimentaires flambent, victimes de la spéculation, de la dérégulation des marchés et de la crise climatique. Le monde risque actuellement une des pires crises alimentaires du 21ème siècle. Comme pour les crises de 2008 et de 2011, le problème n’est pas un manque global de production agricole, mais un grave manque de redistribution au sein des filières alimentaires et de spéculation sur les marchés agricoles. Ici comme ailleurs, la grande majorité des paysan·ne·s vivent dans la pauvreté et se retrouvent prisonnier.es d’un système agro-alimentaire destructeur qui leur est imposé par les principales multinationales du secteur à grand renfort de soutien des pouvoirs publics. Partout, les conséquences environnementales de ces modes de culture et d’élevage industriels sont catastrophiques, que ce soit en termes de déforestation, de dérèglement climatique, de pollution des sols et des eaux ou de perte de biodiversité.
Or, la France est jusqu’à présent restée particulièrement silencieuse face aux dérives de ce sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires ainsi que sur les failles de ses outils de gouvernance, qui font la part belle aux intérêts privés tout en marginalisant les voix de millions de paysans et de paysannes.
Ce silence français est coupable. Partout dans le monde des voix dénoncent l’orientation de ce sommet : tribune des rapporteurs spéciaux aux droits à l’alimentation, courrier du rapporteur à la pauvreté, lettre ouverte de plus de 350 organisations de la société civile, etc.
Ce sommet entend placer l’avenir de millions de paysan·ne·s, de milliards de consommateur·trice·s et de la planète toute entière entre les mains d’un nombre réduit d’entreprises multinationales qui cherchent à s’accaparer les terres, les semences et l’eau, et portent une responsabilité majeure dans la crise environnementale et climatique en cours. L’initiative aura d’ailleurs des conséquences au niveau national : son projet de digitalisation de l’agriculture renforcera par exemple de manière drastique le contrôle des quatre “géants du numérique” sur l’alimentation de toutes et tous. Tout l’opposé en somme du projet de « souveraineté agricole » vanté par notre ministre de l’agriculture lors de la récente annonce de son nouveau Varenne de l’agriculture et du climat.
L’ONU s’est perdue dans cette initiative qui se construit à l’encontre de la souveraineté alimentaire des peuples et la France doit le dénoncer.
Nous demandons au gouvernement français de quitter sans attendre toutes les instances organisationnelles de ce sommet. C’est au sein du Comité pour la Sécurité Alimentaire mondiale, seule instance internationale réellement inclusive à même de parler du futur de notre alimentation, que la France doit placer son énergie pour avancer vers des systèmes alimentaires plus justes et plus résilients.
Signataires :
Pierre Micheletti, président d’Action Contre la Faim.
Manuèle Derolez, déléguée générale du CCFD-Terre Solidaire.
Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne.
Jean François Julliard, directeur générale de Greenpeace France.
Cecile Duflot, directrice générale d’Oxfam France.
Evelyne Boulogne, porte-parole du Miramap.
A lire:
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L’immense défi du changement climatique peut-être résolu grâce à l’agroécologie et à une augmentation du nombre de paysan.ne.s travaillant les terres. Nous vous demandons avant tout de mettre en place des mesures permettant de réellement diminuer les émissions de gaz à effet de serre, au lieu de mettre en place des mécanismes de compensation.
Au niveau des fermes, plusieurs études montrent que l’absorption des gaz à effet de serre par le sol est beaucoup plus efficace lorsqu’il est travaillé selon les principes de l’agroécologie.
Celle-ci maximise la biodiversité et stimule les interactions entre les différentes espèces végétales et animales dans le cadre de stratégies holistiques visant à établir une fertilité à long terme, à réduire les risques de parasites et de maladies, à protéger les systèmes d’eau douce et à garantir les services de pollinisation.
Non seulement l’agroécologie protège des agroécosystèmes sains, mais elle implique également la présence de nombreux.euse.s travailleur.euse.s qui assurent leur gagne-pain et leurs droits. Une fois de plus, les petites fermes doivent être soutenues. Par conséquent, à un niveau plus large, les importations et les exportations de produits agricoles doivent également être réduites de manière drastique, et la production régionale doit être encouragée.
Tous les produits agricoles entrant dans l’UE doivent répondre aux mêmes normes sociales et environnementales que celles appliquées à la production européenne, il s’agit d’une priorité.

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Au Paraguay Guillermo Ortega est coordonnateur des formations au centre d’études sociales rurales pour l’organisation Base investigaciones sociales (Base-IS).
« De plus en plus de communautés autochtones sont affectées par l’avancée de l’agroindustrie. La situation est particulièrement tendue dans les départements frontaliers avec le Brésil et l’Argentine. C’est une expansion sauvage et très violente, sans les moindres précautions et restrictions.
Nous avons toutes les raisons de craindre une aggravation de la situation.
L’accord va pousser les grands producteurs à chercher à exploiter de nouvelles terres, notamment dans des lieux [[dans les départements de Concepción et Caaguazú]] où des organisations paysannes sont en lutte pour accéder à la terre.
Les grands propriétaires ont une méthode implacable pour chasser les familles paysannes.
Cela commence par la pression : aspersions de pesticides, mort d’animaux domestiques, champs détruits; puis vient une offre de location des terres (avec de petits loyers payés après récolte seulement), voire l’achat à bas prix; ensuite vient la persécution de celles et ceux qui résistent encore, par le biais de mesure fiscales trafiquées ou d’agressions physiques, jusqu’à l’assassinat.
Les lois protégeant les communautés autochtones, les plus vulnérables, sont piétinées par l’agroindustrie, qui achète des juges, la police, le fisc.
Autre impact prévisible de l’accord : une très forte hausse des prix du maïs, aliment de base des communautés rurales.
Les récoltes vont être aspirées par l’industrie des agrocarburants, asséchant le marché alimentaire[[Dans le département de San Pedro, 135 000 hectares de maïs, de plus transgéniques, sont déjà dédiés aux agrocarburants.]].
La voix du Paraguay, petit pays, est mineure au sein du Mercosur.
Les producteurs locaux de soja sont, pour l’occasion, adversaires de l’accord, en particulier parce qu’il interdirait la réutilisation de semences commerciales d’une année sur l’autre, pour protéger les profits des grands semenciers.
Les éleveurs familiaux de même se voient lésés, car l’accord va d’abord profiter aux exportateurs. La filière viande est contrôlé à près de 70 % par des entreprises brésiliennes, qui ont le monopole des équipements frigorifiques.
Les communautés paysannes se sentent très démunies et ne disposent que de très peu d’informations sur l’accord, dont l’élaboration leur a été totalement occultée. Il n’existe aucun débat sur le sujet dans le pays. »

En Argentine, Juan Carlos Figueredo accompagne les peuples autochtones dans la protection de leurs droits au sein de l’organisation argentine Instituto de cultura popular (Incupo, Argentine).
« Je vis dans le Chaco, au nord de l’Argentine, au milieu des forêts et des collines.
Mais aussi des fumigations de pesticides, des eaux et des terres contaminées, des malades de la pollution, des enfants malformés…
C’est la grande plaie de l’agroindustrie, qui exploite la terre comme un minerai dans tout le Mercosur.
L’Argentine est déjà l’un des plus gros consommateurs de pesticides, une folie sanitaire et environnementale, une irresponsabilité totale.
Et l’accord, qui vise à dynamiser les exportations de grains, viande ou éthanol de canne à sucre vers l’Europe, va étendre la frontière agricole et démultiplier la contamination chimique et sanitaire.
Les premières victimes sont les familles agricultrices, peu émettrices de CO2, qui fournissent l’essentiel des aliments sains du pays.
L’industrie automobile, déjà en crise, s’attend à un crash, et la perte quelque 200 000 emplois supplémentaires si l’accord entre en vigueur.
Les premières victimes sont les familles agricultrices
Le gouvernement, pour sa part, ne voit que les devises attendues des exportations agricoles. Un retour au colonialisme !
D’ailleurs, une bonne part des bénéfices échappera au pays, accaparés par des pôles à capitaux concentrés.
La population est totalement désinformée, car l’élaboration de l’accord a été menée dans le plus parfait secret.
Nous ne disposons même pas de la version finale, alors que l’Argentine a aussi signé l’accord d’Escazú[[ L’accord d’Escazu est le seul instrument juridique contraignant régional (latino-américain et caribéen) pour l’accès à l’information, la participation publique et l’accès à la justice en matière environnementale. Il s’agit d’une suite à la Conférence Mondiale sur l’Environnement (Rio+20)]] qui renforce les droits de l’environnement et de sa défense.
L’Incupo est l’une des seules organisations qui tente de pousser un débat public.
Nous faisons campagne avec des organisations autochtones, de l’agriculture familiale, de solidarité internationale.
Mais les gens ont la tête ailleurs, avec la crise économique et la pandémie du covid-19.
La solidarité internationale est donc plus que jamais nécessaire, également parce que les impacts sur la forêt, le climat ou la qualité des aliments ne concernent pas que le Mercosur. »
Ecouter) : Les paysans argentins dénoncent (aussi) l’accord Mercosur

Au Brésil, Maureen Santos est coordinatrice du groupe national d’appui de la Fédération des organismes d’assistance sociale et d’éducation (Fase).
« Nous redoutons fort de voir des entreprises européennes concurrencer l’agriculture familiale, qui nourrit le pays.
L’accord va inciter à l’accroissement des productions agricoles destinées à l’exportation — soja, éthanol de canne à sucre, viande bovine —. Ces cultures détruisent l’agriculture familiale, génèrent la déforestation et surutilisent les pesticides, dont le Brésil est l’un des plus importants consommateurs au monde, y compris de produits interdits dans l’Union européenne.
L’accord amplifierait des dégradations sociales et environnementales, qui se sont déjà fortement accrues depuis l’arrivée de Bolsonaro au pouvoir.
D’une manière générale, l’accord aurait un impact négatif dans de nombreux domaines, touchant à la souveraineté alimentaire, aux droits humains (communautés autochtones et paysannes, femmes, etc.), aux émissions de CO2…
Essentiellement commercial, il n’a aucune prétention environnementale ni d’équité sociale. Nous le percevons très négativement.
C’est aussi le cas du secteur industriel, qui redoute l’afflux de biens manufacturés.
En revanche, le puissant secteur de l’agro-négoce soutient bien évidemment l’accord.
Dans l’opinion publique, le débat reste sporadique, réactivé en particulier lors de la publication de chiffres sur la progression de la déforestation. Mais hélas, les promesses de retombées économiques génèrent une appréciation générale globalement positive.
Pour sa part, Fase est très mobilisée. Elle produit des argumentaires et participe activement au large Front contre l’accord UE-Mercosul[Mercosur en espagnol], qui s’est allié avec plusieurs parlementaires de gauche et écologistes. »
Lire aussi : Le rapport Accord Mercosur : les risques pour le climat et les droits humains
Propos recueillis par Patrick Piro
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La France va donc devoir revoir sa feuille de route climatique. En conséquence, elle risque de miser plus que jamais sur la séquestration du carbone dans les sols [[https://ccfd-terresolidaire.org/nos-combats/souverainete/rapport-sequestration-carbone-terres-agricoles-6119]] , mise en œuvre via des mécanismes de compensation carbone.
Pourtant, celle-ci est une fausse solution pour le climat, pour la transition agricole et pour l’avenir des agriculteurs.
La France n’était déjà pas sur la bonne trajectoire pour réduire ses émissions de GES (Gaz à effet de serre) de 40% à 2030, elle est encore plus loin d’une trajectoire visant les -55% désormais demandés par l’Union Européenne.
Face à ce retard, Emmanuel Macron risque de miser davantage sur la séquestration du carbone dans les sols. Le fossé entre le discours et la réalité est immense : le carbone séquestré dans les sols agricoles équivaudrait au mieux à 1 ou 2% des émissions de gaz à effet de serre du pays, alors que l’agriculture est le 2e poste d’émissions de GES [[https://reseauactionclimat.org/publications/sequestration-carbone-sols-agricoles/]].
Miser sur la séquestration du carbone c’est ignorer qu’elle n’équivaut pas à des réductions d’émission à la source. “La compensation carbone, qui suppose d’annuler des GES avec du CO2 séquestré, est un mensonge : le CO2 met des années à être séquestré, et finit presque toujours par être relâché dans l’atmosphère. La compensation carbone, pour le secteur des terres, repose donc sur une erreur comptable” souligne Manon Castagné, chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire et climat au CCFD-Terre Solidaire .
C’est également ignorer que la compensation carbone renforce l’industrialisation de l’agriculture. Les mécanismes financiers actuellement mis en œuvre par la France pour encourager la séquestration du carbone dans les sols, comme le label bas-carbone, vont accélérer l’industrialisation de l’élevage et freiner la transition agroécologique.
Ces mécanismes font également courir des risques aux agriculteurs, profession déjà extrêmement fragilisée. Quand les terres sont considérées comme actifs financiers permettant de générer des revenus carbone, comment éviter une répercussion sur le prix des terres et donc des difficultés d’accès croissantes pour les agriculteurs ? La France se lance tout azimut dans la compensation sans aucun garde-fou sur la question.
Emmanuel Macron doit massivement soutenir la transition agroécologique, en France et dans le monde [[https://ccfd-terresolidaire.org/IMG/pdf/mediabreief_nov2020_exefr_def.pdf]]. Pour cela, la France doit mettre en œuvre les réels leviers de la transition agroécologique : soutenir une approche systémique de la transition agricole en soutenant la structuration de systèmes alimentaires territoriaux, développer la production de légumineuses, l’élevage paysan, etc.
Pour Manon Castagné, chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire et climat : “Ne célébrons pas la réhausse de l’ambition européenne qui introduit dans la politique climat communautaire une faille majeure : un objectif “net” qui permet d’additionner des choux et des carottes pour atteindre de manière factice nos objectifs climatiques. La France ne doit pas décliner cette erreur lors de ses annonces au sommet anniversaire en focalisant les enjeux agricoles sur la séquestration du carbone, sous peine de s’éloigner encore davantage de ses objectifs climatiques et de mettre en danger la transition agroécologique.”
Contacts presse:
Manon Castagné, Chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire et climat, 06.98.45.71.23
Sophie Rebours, Chargée de relations médias, s.rebours@ccfd-terresolidaire.org, 07 61 37 38 65
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– Une gouvernance alimentaire de plus en plus soumise au secteur privé
En 2007 et 2008, le monde assistait médusé à des « émeutes de la faim » sur quasiment tous les continents.
Cette crise aurait pu contribuer à refaire de l’agriculture un secteur d’investissement public [[ Agriculture at a Crossroads, International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development –IAASTD-, 2009.]].
Mais c’est une vision toute différente qui s’est imposée : si l’agriculture a été vue comme une priorité financière, ce sont les acteurs privés internationaux, vus comme de véritable « leviers » pour le développement agricole et alimentaire des pays pauvres qui ont été privilégiés, pendant que les Etats se désengageaient.
Lire aussi :
– Au profit d’une minorité d’acteurs
Cette promotion des acteurs privés internationaux n’était pas nouvelle en soi [[ Voir par exemple le lancement de la commission secteur privé et développement des Nations Unies en 2003 ou l’appel de Kofi Annan en 2004 pour une révolution verte en Afrique]]. Mais la crise alimentaire de 2007-2008 a marqué le début d’une séquence où un petit nombre d’acteurs très connectés, quelques multinationales et fondations qui dominent largement le marché [[ETC Group, 2015, Breaking Bad: Big Ag Mega-Mergers in Play Dow + DuPont in the Pocket? Next: Demonsanto?]], ont progressivement pris une importance sans précédent sur la scène internationale.
– Une stratégie d’influence au sein des instances de gouvernance
Bénéficiant de leur nouvelle légitimité, ces acteurs ne se sont pas limités à développer des projets agricoles.
Ils ont largement investi le champ de la gouvernance alimentaire, via une participation quasi systématique dans les négociations traitant des enjeux agricoles et via le financement d’initiatives chargées de promouvoir des politiques publiques nationales en leur faveur.
Le cas de la multinationale YARA (premier producteur et négociant d’engrais au monde) illustre ici parfaitement cette réalité.
– Un exemple : l’influence de Yara en Afrique
La firme Yara a développé une large stratégie d’influence plurielle créant, finançant ou siégeant au sein d’instances de recherche ou d’initiatives visant à construire directement les politiques publiques agricoles et alimentaires de nombreux pays.

Source : Inter-Réseaux, 2019, Le rôle croissant du secteur privé dans les politiques agricoles et alimentaires en Afrique, P.36.
Cette « privatisation » de la gouvernance internationale donne à dessein l’illusion d’un seul chemin à suivre. Dès lors toute alternative au modèle agricole industriel est marginalisée. Les rares espaces de gouvernance agricole et alimentaire réellement inclusifs sont isolés.
Le Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA) en est la première victime. Seule instance internationale où les petits producteurs et productrices peuvent avoir leur mot à dire sur l’avenir de nos systèmes alimentaires, le CSA est de plus en plus affaibli et se voit progressivement dépossédé de ses mandats.
Le futur sommet des Nations Unis sur les systèmes alimentaires de 2021, organisé en partenariat avec le Forum Economique Mondial, est un parfait exemple de cette tendance : il va reproduire tous les débats qu’a pu avoir le CSA ces dernières années sur l’avenir de nos systèmes alimentaires, mais dans un cadre fermé et en excluant les voix paysannes.
« En été, je ne peux pas travailler parce que je ne peux irriguer qu’une fois tous les 40 jours… Qu’est-ce que je peux produire avec ça ? ».
Ce témoignage d’un petit paysan, recueilli en Tunisie par notre partenaire l’OSAE, témoigne de la manière dont les petits agriculteurs ou agricultrices ne sont pas pris en compte en matière de gestion et distribution de l’eau. Alors même que leurs difficultés pour irriguer leurs champs sont majeures.
– Un accès inéquitable à l’eau
La raison ? Malgré un contexte de stress hydrique, leurs besoins passent après ceux des grands groupes agricoles et des industries. Or, depuis la période coloniale, la priorité a été largement donnée aux monocultures destinées à l’exportation et très consommatrices en eau.
Les industries pompent également une quantité considérable d’eau issue des nappes et la polluent, au détriment de la petite paysannerie. C’est par exemple le cas de l’industrie extractive dans le bassin minier et à Gabès ou de l’industrie textile dans la région de Monastir.
En Tunisie, en milieu rural, la tarification de l’eau mise en place est fixe et non progressive en fonction de la quantité prélevée : cela revient donc beaucoup plus cher aux petits producteurs qu’aux gros. Ceux-ci ont par ailleurs leurs propres forages.
– La dépendance aux semences industrielles et importées
Beaucoup de paysans et de paysannes. tunisiennes ont également perdu leur souveraineté sur leurs semences. Comme partout ailleurs, les semences industrielles, conçues pour fonctionner en association avec des engrais et pesticides, ont été imposées.
Le blé tunisien est à cet égard un exemple typique : alors que dans les années 1940, la Tunisie comptait 50 variétés de blé, aujourd’hui, seulement 5 variétés sont communément cultivées.
Toute l’agriculture tunisienne a été poussée à adopter les semences améliorées et à abandonner les semences paysannes : ces dernières ne sont pas reconnues dans le catalogue de l’Office national des céréales tunisien et ne sont donc pas facilement commercialisables.
Pourtant, les semences paysannes de blé sont plus adaptées au contexte local : elles résistent beaucoup mieux aux sécheresses, apportent plus de paille et contiennent plus de protéines.
Une famille tunisienne qui mange du couscous de blé paysan aura moins besoin de l’accompagner de viande qu’une famille qui mange du couscous de blé “amélioré”.
Elle sera moins mise en danger par les impacts des dérèglements climatiques, de plus en plus fréquents et intenses.
Et elle n’aura pas besoin chaque année d’acheter des semences améliorées [[“Politiques agricoles et dépendance alimentaire en Afrique du Nord”, conférence organisée par notre partenaire l’OSAE à Tunis en mai 2017]].
Le choix d’une agriculture industrielle, souvent portée par des acteurs étrangers, a provoqué l’exclusion des petits agriculteurs et agricultrices de Tunisie de la gouvernance de leur propre système alimentaire.
Si cette réalité est un désastre pour la souveraineté et la sécurité alimentaire des producteurs et des productrices, elle impacte également les consommateurs : l’accès à une alimentation saine et diversifié est clairement limitée lorsque la plupart des produits proposés sont contaminés ou de moins bonne qualité nutritionnelle.
– L’accord de libre-échange Aleca en préparation avec l’UE menace la souveraineté alimentaire
L’ALECA (Accord de libre-échange complet et approfondi) en cours de négociation entre l’Union européenne et la Tunisie risque d’impacter considérablement la vie des petits paysans et paysannes. Pourtant, leur voix n’est pas prise en compte dans les négociations et leurs intérêts encore moins.
Lire aussi notre article :
Comment remettre les citoyens, et notamment les paysannes et les paysans au centre de nos instances de gouvernance agricole et alimentaire internationale ?
C’est notamment une des demandes du Mécanisme de la Société Civile (MSC) du Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA). En dé-privatisant la gouvernance internationale de l’agriculture et de l’alimentation et en y intégrant le corps citoyen, on s’assurerait que les décisions soient réellement prises en fonction de leur plus-values sociales, économiques et environnementales.
Le Comité pour la sécurité alimentaire mondial (CSA), réformé après les émeutes de la faim de 2008 pour coordonner une réponse politique à l’insécurité alimentaire, n’est pas mandaté pour gérer cette nouvelle crise alimentaire. Il est pourtant l’instance internationale la plus légitime dont nous disposons sur le sujet.
Les plus concernés, à savoir celles et ceux qui cultivent la terre et souffrent d’insécurité alimentaire, seraient en mesure d’avoir voix au chapitre. En dehors du fait que cela limiterait les conflits d’intérêts dans nos politiques internationales, cela faciliterait une reterritorialisation progressive de nos systèmes alimentaires, un changement de modèle agricole, et renforcerait les liens entre les personnes qui consomment et celles qui produisent.
Pourtant, à l’aune d’une crise alimentaire majeure où les limites de notre modèle sont pointées du doigt, rien n’est fait sur ce sujet.
Pire, la communauté internationale est à l’arrêt sur le plan politique et est incapable de prendre des décisions et de se coordonner pour mettre en œuvre une réponse ambitieuse et co-construite. Ce qui laisse le champ libre à de nombreux acteurs pour promouvoir au pire un statuquo, au mieux des solutions contre-productives.
En plein confinement les organismes des Nations Unies de la FAO et de l’OMS, en partenariat avec le Forum Economique Mondial et l’OMC, ont appelé à l’adoption de mesures tarifaires et commerciales visant à soutenir coûte que coûte le modèle en place. Or ce sont précisément ce type de mesures qui facilitent la volatilité des prix alimentaires et qui sont à l’origine des deux dernières crises alimentaires mondiales.
La France ne peut plus rester sans agir face à cette situation. Alors que notre pays se fait le héraut de l’agroécologie et de l’agriculture familiale sur la scène internationale [[Stratégie internationale de la France pour la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, 2019.]], il est grand temps qu’il mette ses actes en conformité avec son discours, et passe ainsi à l’action.
La France, au bureau du CSA cette année, a les capacités de jouer un rôle afin que le CSA soit mandaté pour coordonner une réponse internationale à cette crise. Capacités que la France n’utilise pas, et c’est ce que tente de changer le CCFD-Terre solidaire et ses alliés internationaux depuis plusieurs mois.
Se réapproprier nos systèmes alimentaires : l’exemple tunisien
Pour contrebalancer cette asymétrie de pouvoir et défendre les droits tant du côté paysan que du côté consommateur à des niveaux nationaux, nos partenaires se mobilisent pour changer les politiques publiques et œuvrer pour un véritable changement de modèle agricole. L’exemple de la Tunisie est là encore une bonne illustration de ce combat.
Changer le système de gestion de l’eau pour répondre aux besoins de tous
Durant la crise du Covid-19, les inégalités d’accès à l’eau en Tunisie ont été renforcées. Le tarif de l’eau a même été augmenté en plein confinement. Plusieurs manifestations contre les coupures ou le non-accès à l’eau potable ont eu lieu. Pour améliorer l’accès à l’eau, notamment pour les paysannes et les paysans, Nomad08 cherche à modifier en profondeur le système de gestion et de distribution de l’eau. Avec plusieurs organisations, elle a élaboré un Code citoyen de l’eau qui a été proposé à certains député.e.s de l’Assemblée des représentants du peuple.
Ce travail s’appuie sur des principes et des propositions concrètes qui visent à garantir l’accès à l’eau pour tous.
Nos partenaires proposent notamment l’accès gratuit à l’eau garanti pour les besoins vitaux puis une tarification en fonction de la quantité utilisée (ce qui pénaliserait les plus grands groupes agricoles), la mise en place d’une structure indépendante à caractère souverain chargée de la gestion de l’eau, la garantie du droit d’accès à la justice et d’indemnisation pour les citoyens la mise en place d’une société publique de gestion de l’eau en milieu rural. Certains député.e.s appuient désormais leur démarche.
Plaider pour un nouveau modèle agricole en Tunisie
L’OSAE (Observatoire de la souveraineté alimentaire et de l’environnement) depuis sa création en 2017 prône un changement complet des politiques publiques agricoles tunisiennes, qui soit axé sur la défense des droits des paysans et des paysannes, la préservation des ressources hydriques, la limitation de l’utilisation des intrants chimiques et l’échange de semences locales.
Pour concrétiser ses propositions, en 2020, l’Observatoire va élaborer une proposition de Nouveau Deal Vert agricole Tunisien (inspiré des Green New Deal) pour répondre aux enjeux de souveraineté alimentaire des paysans et de préservation de l’environnement.
A l’occasion de la crise liée au Covid-19, l’Association tunisienne de permaculture (ATP) a initié un appel pour une agriculture résiliente, aux côtés de dizaines d’associations environnementales et agricoles en Tunisie. L’objectif : pousser le gouvernement à modifier sa politique agricole en s’appuyant sur la société civile :
Pour construire le monde d’après COVID-19 et renforcer la résilience de notre alimentation et de notre planète, une étape clé sera donc de reformer la gouvernance de nos systèmes alimentaires, que ce soit à des échelons nationaux ou internationaux.
Sans cette réforme, tout changement structurel au sein de nos systèmes alimentaires parait illusoire.
Pour ce faire, de nombreuses initiatives, portées par les personnes qui cultivent la terre, existent et méritent d’être soutenues et amplifiées, quand bien même les grands groupes agricoles et nos gouvernements voudraient nous convaincre du contraire.
Découvrez notre programme mondial de transition à l’agroécologie paysanne
Valentin Brochard, Chargé de plaidoyer souveraineté alimentaire
Alice Champseix, Chargée de mission partenariat Maghreb
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Cette note d’analyse dresse le bilan des États Généraux de l’Alimentation et de la loi EGalim et prend acte de leur enterrement ! Avec lui, ce sont aussi les principales ambitions du quinquennat pour la transition sociale et écologique du système agroalimentaire qui sont à la dérive.
Consulter la note d’analyse :
bilan_ega_v6.pdf
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De nombreux pays européens se sont trouvés privés de main d’œuvre agricole en raison de la fermeture des frontières.
Nombre d’agricultrices et d’agriculteurs ont perdu les récoltes qu’ils ne pouvaient écouler localement à cause de la fermeture des marchés.
En Afrique de l’ouest, le Covid-19 et les mesures de riposte prises pour lutter contre sa propagation ont impacté le fonctionnement des filières agropastorales et les échanges agricoles. La fermeture des frontières nationales et régionales, l’isolement ou la mise en quarantaine de régions entières et de grands centres urbains fortement infectés ont perturbé la collecte et le transport des produits agricoles vers les zones de consommation, y compris à l’échelle locale.
A cela s’ajoute la responsabilité de l’agriculture et de l’élevage industriels dans l’émergence et la diffusion accrue des pandémies, tant en raison de leur responsabilité dans la destruction des écosystèmes que des échanges mondialisés qu’ils induisent.
La crise a révélé la faible résilience des systèmes alimentaires industrialisés, et mis en lumière les problèmes structurels qui entravent la souveraineté alimentaire des populations.
L’absurdité de nos modèles agricoles a plus que jamais été révélée, à tel point que désormais en France, plus de 9 personnes sur 10 souhaitent que l’exécutif garantisse « l’autonomie agricole de la France ».
De nombreux acteurs brandissent la relocalisation comme remède à nos maux en matière de résilience agricole. Mais ils font souvent peu de cas de l’impact qu’une relocalisation jusqu’au-boutiste aurait sur les autres pays.
Une relocalisation irréfléchie risque d’alimenter encore davantage (sans mauvais jeu de mot) la crise de la faim qu’annoncent les agences onusiennes PAM.
En suspendant leurs exportations de céréales fin avril, la Russie et plusieurs pays producteurs ont par exemple mis en danger la sécurité alimentaire de l’Algérie.

C’est quoi le « local » ? Peut-on et doit-on exclusivement s’approvisionner localement ? L’alimentation locale peut-elle nourrir tout le monde ? A quelles conditions ? Comment mettre en œuvre une relocalisation solidaire et juste, qui ne soit pas synonyme de repli sur soi ?
En Afrique de l’Ouest plusieurs organisations ont fait le pari de construire des « systèmes alimentaires territorialisés ».
Au Sahel, c’est le cas du GRDR (Groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural), soutenu par le CCFD-Terre Solidaire qui accompagne des organisations paysannes, des collectivités et d’autres acteurs locaux dans l’élaboration de cette démarche.
Territorialiser un système alimentaire, c’est proposer une alternative durable au système alimentaire mondialisé actuel. Ce système est actuellement structuré autour de grandes firmes industrielles, tant pour le commerce des intrants (semences, pesticides, fertilisants, etc.) que pour des produits alimentaires souvent hautement transformés.
C’est un modèle très compétitif car les coûts qu’il induit pour la société ne lui sont pas imputés : destruction des écosystèmes, nivellement par le bas de la qualité avec la hausse des maladies type diabète et obésité, appauvrissement des agriculteurs, volatilité des prix. La prospérité financière de ce système s’est aussi construite sur la destruction des biens communs.
« Le modèle qualifié de « système alimentaire territorialisé » (SAT) ne constitue pas un retour nostalgique à l’organisation des systèmes alimentaires dans les économies rurales du début du XXe siècle » [8][[https://theconversation.com/lurgence-de-systemes-alimentaires-territorialises-136445]] expliquent les chercheurs Jean-Marc Meynard et Jean-Louis Rastoin. Il s’agit bien d’une mutation du modèle de production qui prenne en compte les spécificités et besoins territoriaux de l’ensemble des acteurs d’un territoire, pour penser et mettre en œuvre collectivement un modèle écologique, résilient, pourvoyeur d’emplois de qualités, développant une alimentation variée. Cela ne signifie pas couper tout échange international !
Cette évolution de l’appréhension des problématiques agricoles et alimentaires, pour le GRDR, date d’environ 2009 et fait suite aux émeutes de la faim de 2008. Une hausse des prix des denrées alimentaires importées avaient déclenché des émeutes dans de nombreuses villes de la région du Sahel.
Le GRDR, qui soutenait les producteurs locaux, s’est aperçu que les familles préféraient échanger le sorgho mis à leur disposition contre du blé et/ou du riz importés. La production locale était délaissée au profit d’une nourriture importée soumise à la spéculation et de moins bonne qualité.
Il n’était donc pas suffisant de soutenir les producteurs, il fallait aussi travailler avec les consommateurs, « de la fourche à la fourchette ». Pour cela il était aussi indispensable de travailler avec les autorités locales.
A partir de 2016, le GRDR a accompagné une première collectivité, le département de Rufisque, en périphérie de Dakar au Sénégal, dans le diagnostic de son système alimentaire puis dans la territorialisation de ce système via la mise en œuvre d’un ensemble d’actions et de mesures politiques.
Cette approche s’engage aussi par la suite dans la ville de Kayes, au Mali, avec le soutien du CCFD-Terre Solidaire, et dans la ville de Ziguinchor, en Casamance (Sénégal).
L’implication des Etats ou de l’échelon local est en effet indispensable pour mobiliser les politiques publiques et en assurer la cohérence : planification, infrastructures et développement urbain (gestion du foncier agricole, localisation des points de restauration), transport public et routes, développement économique local, éducation, santé publique, gestion des déchets, etc. [[Guide GRDR « Co-construire un projet alimentaire territorial », p11]] Les pouvoirs publics sont aussi en charge de rassembler tous les acteurs concernés (et ils sont nombreux !), et de mener un diagnostic territorial, pour établir un plan d’action.
A Kayes, les autorités publiques se sont largement impliquées dans le projet : conseil municipal et services techniques comme les Directions Régionales de l’Agriculture, de la statistique et de la planification, de la concurrence et du commerce, des eaux et forêts, etc.
L’Etat est également à même de faire évoluer les habitudes des consommateurs pour accroître la demande en produits locaux. Un de ses leviers est la promotion de l’alimentation locale : éducation dès le plus jeune âge à la santé nutritionnelle, animation de campagnes d’information-communication de masse auprès des consommateurs, etc.
Un enjeu de taille quand on sait que les brisures de riz importées d’Asie sont généralement préférées au riz produit localement dans la zone de l’Office du Niger alors qu’elles présentent une qualité nutritionnelle très inférieure.
Les achats publics (hôpitaux, écoles, universités, casernes, prisons, etc.) peuvent aussi jouer un rôle déterminant dans la stimulation de la production et de la consommation locale. A Rufisque au Sénégal, le GRDR accompagne maintenant la collectivité dans l’élaboration d’un plan alimentaire territorial qui prévoit que les cantines scolaires s’approvisionnent auprès des producteurs locaux.
Les systèmes alimentaires territorialisés favorisent une plus grande proximité entre producteurs et consommateurs.
A Kayes, le GRDR a accompagné la mise en place d’une « boutique paysanne », un point de vente de produits maraîchers issus de l’agroécologie, pour que les producteurs puissent plus facilement écouler leurs productions en ville et se distinguer des producteurs conventionnels sur le grand marché.

A ce jour une vingtaine de producteurs en agroécologie paysanne alimentent la boutique. La détermination des quantités de produits à fournir à la boutique et leur écoulement est facilitée par le contact direct entre producteurs et consommateurs, via un groupe What’s App.
Le réseau social a également permis de renforcer les liens entre producteurs et associations de femmes transformatrices, garantissant des débouchés pour les uns, et la régularité de l’approvisionnement en matière première de qualité pour les autres.
Cela a également créé un engouement autour des questions d’agroécologie et de nouvelles relations de proximité et de solidarité.
« [Les membres du groupe] communiquent beaucoup par les images, les vidéos, les notes vocales. C’est aussi un groupe de formation, ils se partagent des éléments techniques sur l’entretien des champs. Cela permet aux consommateurs de comprendre dans quelles conditions les produits qu’ils consomment sont produits», témoigne Ibrahima Zerbo, coordinateur du programme TAPSA du GRDR au Mali.
Pendant la crise Covid-19, alors que la boutique paysanne était fermée et les déplacements restreints, producteurs et consommateurs se sont auto-organisés grâce à leur groupe What’sApp pour mettre en place une livraison à domicile.
Lorsque l’on donne la parole aux citoyens, leurs priorités intègrent le respect des territoires, de leur santé et des emplois, favorisant ainsi l’agroécologie .
Mais les pratiques alimentaires restent souvent contraintes par un faible pouvoir d’achat. C’est le cas en France comme pour de nombreux consommateurs kayésiens, pour lesquels les produits alimentaires importés – de qualité parfois douteuse – sont les plus accessibles financièrement.
Le développement de systèmes de production agroécologiques permettant de produire à plus grande échelle des produits sains, de qualité, respectueux de l’environnement et des écosystèmes, apporte des réponses à toutes ces préoccupations.
Dans le cadre d’un système alimentaire territorialisé, cela implique un soutien public accru à la promotion et diffusion de l’agroécologie.
Si elles sont un réel atout pour la santé et un environnement sain, l’approche « système territorial » et l’agroécologie, dont les pratiques sont hautement intensives en main d’œuvre, sont également un réel atout pour l’emploi. Par exemple avec la production d’intrants naturels à plus grande échelle : compost, biopesticides, multiplication de semences paysannes, etc.
Organisées à l’échelle des territoires, les activités de transformation, collecte, transport, distribution, commercialisation, sont autant d’opportunités d’emplois non agricoles, notamment en milieu rural.
A Kayes par exemple, les producteurs acheminent leurs produits entreposés dans des paniers ou caisses en bois confectionnées par les artisans locaux. Pendant la crise Covid-19, pour faciliter la livraison de produits à domicile, le GRDR a équipé un comité de producteurs de 3 tricycles, ce qui a permis à des jeunes de se créer une petite activité de transporteur. Ce sont de petits exemples qui, combinés et pensés à un niveau territorial, peuvent redynamiser les territoires et contribuer au maintien ou à la création d’emplois dignes.
A l’heure où la priorité est à la santé, à la résilience de nos systèmes agricoles et à la création d’emplois de qualité, espérons que les politiques de relance s’intéresseront de près aux systèmes alimentaires territorialisés et à l’agroécologie!
Jessica Pascal, Chargée de mission partenariat Sahel
Manon Castagné, Chargée de plaidoyer Souveraineté Alimentaire et Climat
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Ayrton Luis Rodrigues Freiré, 42 ans, a travaillé la terre dès son plus jeune âge. « Mon père cultivait du tabac et du blé sur une dizaine d’hectares », se souvient-il. Comme la plupart des gens de sa génération, son père a été influencé par les préceptes de la « Révolution verte » qui, dans les années 1970 au Brésil, prônait les vertus de « l’agriculture conventionnelle ». Quitte à user et abuser de produits phytosanitaires.
Mais Ayrton avait un rêve. « Je voulais apprendre l’agronomie et cultiver proprement mon bout de terre. » Pas facile quant on vit à Santo Antônio do Sudoeste, au sud-ouest du Brésil, une région largement vouée aux monocultures de soja, de maïs et de blé.
Pourtant, en 2002, ce quadra à l’allure débonnaire, parvient à acquérir 5,4 hectares de terre. Encore obligé d’aider son père, ce n’est que trois ans plus tard qu’il peut enfin s’y consacrer pleinement. « Entretemps, j’ai suivi des cours pendant un an sur l’agroécologie et le développement durable que proposait Assesoar, association soutenue par le CCFD-Terre Solidaire, se souvient Ayrton. Il y avait, en alternance, huit jours de cours à l’école et un mois à la maison pour appliquer les acquis théoriques. » Pas tout à fait une école d’ingénieur agronome. Mais pas loin.
Ayrton n’a pas eu de difficultés pour vivre de l’agroécologie. « Rapidement, j’ai cultivé des tubercules, des agrumes, des bananes et des produits maraîchers. Et j’ai tout de suite écoulé l’essentiel de ma production à travers le PNAE, le Programme national d’alimentation scolaire [[Dans le cadre du programme global « Faim Zéro », lancé en janvier 2003 lors du 1er mandat du Président Lula, le Programme national d’alimentation scolaire (PNAE) permet d’assurer aux élèves des établissements publics un repas gratuit. Il favorise l’agriculture familiale, puisqu’au moins 30% des denrées doivent provenir des producteurs locaux. Les petits agriculteurs et agricultrices sont liés contractuellement aux municipalités, leur garantissant ainsi des revenus stables sur une année. Si ce programme a été considéré comme un véritable succès et a inspiré de nombreux autres pays, il est actuellement menacé par la politique pro-agrobusiness du gouvernement de Jair Bolsonaro. Durant la pandémie, la majorité des municipalités et gouverneurs d’Etat ont cessé d’acheter à l’agriculture familiale, distribuant des bons pour des achats en supermarchés ou des paniers alimentaires d’une très pauvre qualité nutritionnelle. Une campagne en soutien au PNAE intitulée “Agriculture familiale et Santé dans l’alimentation scolaire” a donc été lancée par l’Articulation Nationale d’Agroécologie (partenaire du CCFD-Terre solidaire) et le Forum Brésilien de Souveraineté et Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle. ]] », explique-t-il.
De quoi prouver à son père – d’abord sceptique face à l’option du fiston – que l’agroécologie peut permettre de « vivre dignement, tout en respectant la terre et la santé des consommateurs. »
Mais les choses sont en train de changer. « Je suis préoccupé car depuis les élections les municipalités ont moins d’argent pour acheter mes produits, s’inquiète Ayrton. Je sais que ce sera difficile, mais je ne referai jamais de l’agriculture conventionnelle. »
Trois ans après la rédaction initiale de ce portrait, Ayrton a rejoint l’organisation Assesoar qui l’avait aidé. Il fait même partie de la direction de l’association, et accompagne d’autres agricultrices ou agriculteurs dans un chemin de transition agroécologique.
Jean-Claude Gérez
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Les paysans accompagnés par l’organisation argentine Incupo, que nous soutenons depuis de nombreuses années, s’inquiètent de l’accord de libre échange entre l’Union Européenne et le Mercosur incluant le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, et le Paraguay.
Floriane Louvet explique comment cet accord “d’un autre temps” prévoit que l’Union Européenne exporte des voitures et des pesticides, en échange de productions comme la viande, le soja pour l’alimentation animale, ou les minerais. Ces productions industrielles un impact négatif sur l’environnement : déforestations, destruction de la biodiversité, impact climatique, pollution durable des sols.
Elles ont aussi un impact humain, avec l’expulsion des communautés paysannes et indigènes et l’utilisation massive de pesticide, vendus par l’Europe, mais interdits sur son territoire.
Lire aussi :
C’est pour ces raisons qu’un combat contre cet accord aux côtés de l’association argentine Incupo, soutenue de longue date par le CCFD-Terre Solidaire s’est mis en place.
Incupo s’appuie sur l’agroécologie pour redonne le pouvoir d’agir aux communautés qu’elle accompagne, en les aidant à se faire entendre au niveau politique.
“C’est un combat de David contre Goliath” explique Floriane Louvet. “Les familles paysannes ne sont pas armées pour faire face aux géants de l’agrobusiness.”
Cette histoire vous touche ? Rejoignez notre combat en faveur de l’agroéocologie

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L’accord UE Mercosur a pour objectif de libéraliser le commerce entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur (c’est à dire le Brésil, l’Argentine, Le Paraguay, l’Uruguay). L’Europe est le deuxième partenaire commercial du Mercosur.
Cet accord est le plus important accord de libre-échange conclu par l’Union européenne :
– Par sa population concernée (780 millions de personnes)
– Par les volumes d’échanges couverts (40 à 45 milliards d’euros d’importations et exportations).
Après 20 ans de négociation l’accord a été conclu en juin 2019, malgré les nombreuses critiques, tant de la part des écologistes que du secteur agricole.
Aujourd’hui nous sommes dans une nouvelle phase : l’UE et le Mercosur se sont accordés sur le contenu de l’accord, qui devrait être présenté au Conseil européen cet automne.
Ce rapport vient confirmer, sur la base des éléments rendus publics en juillet 2020, que l’accord UE-Mercosur va avoir un impact massif sur le climat, les droits humains et l’environnement.
Les chiffres sont accablants et la menace que fait peser cet accord sur la transition de nos systèmes agricoles et industriels est réelle :
– explosion des quotas de bœuf, de soja destiné à l’alimentation animale et d’éthanol importés, avec un impact direct sur la déforestation,
– pression massive sur les territoires autochtones et les écosystèmes dans les pays du Mercosur,
– levée des droits de douane sur les pesticides vendus par les Européens, pour une utilisation encore plus massive dans les pays du Mercosur
– absence de toute contrainte à destination des entreprises en matière de développement durable et de respect des droits humains
– absence de mécanisme permettant aux populations affectées par les activités des entreprises d’obtenir justice devant les tribunaux,
– manque de lignes rouges claires permettant de suspendre l’accord en cas de violations graves des droits humains ou de l’environnement…
L’accord va finalement accroître des dynamiques mortifères, alors que la transition de notre modèle économique est plus que jamais nécessaire.
Télécharger le rapport :
Rapport sur l’accord UE MERCOSUR : les risques pour le climat et les droits humains
Ce rapport est publié par une coalition d’ONG européenne et latino-américaine : Misereor, Greenpeace (Allemagne, France, Belgique, Brésil), CIDSE, CCFD-Terre Solidaire, DKA, et les organisations locales soutenues par le CCFD-Terre Solidaire comme INCUPO en Argentine et FASE au Brésil.
Vous aussi, manifestez votre opposition à l’accord UE Mercosur
Lire aussi :
– Lettre au Président Emmanuel Macron, lui demandant d’abandonner définitivement l’accord UE Mercosur
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]]>The post Je signe la pétitition pour demander l’abandon de l’accord UE Mercosur appeared first on Terre Solidaire.
]]>Pour aller plus loin :
– Accord Mercosur : quels risques pour le climat et les droits humains? (rapport)
– Lettre au Président Emmanuel Macron, lui demandant d’abandonner définitivement l’accord UE Mercosur
The post Je signe la pétitition pour demander l’abandon de l’accord UE Mercosur appeared first on Terre Solidaire.
]]>The post Lettre au président : abandonnez l’accord UE-Mercosur! appeared first on Terre Solidaire.
]]>Monsieur le Président de la République,
Le 2 juin 2017, alors que Donald Trump annonce que les Etats-Unis se retirent de l’Accord de Paris, vous annoncez vouloir #MakeOurPlanetGreatAgain.
Puis, lors du sommet du G20 à Osaka en 2019, vous déclarez “Je ne veux pas faire d’accords de commerce avec des gens qui ne suivent pas l’Accord de Paris, qui ne respectent pas nos engagements en termes de biodiversité”.
Quelques jours plus tard, en marge du G7 de Biarritz, sous la pression internationale due aux incendies qui ravagent l’Amazonie et d’autres écosystèmes précieux au Brésil et dans les pays voisins, vous reconnaissez que la France a “une part de complicité” dans les incendies et vous déclarez que vous ne signerez pas l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur “en l’état”.
Le 29 juin 2020, devant la Convention citoyenne pour le Climat, vous annoncez que “c’est pour cela que sur le Mercosur, j’ai stoppé net les négociations, et les derniers rapports qui ont pu nous être soumis me confortent dans cette décision”.
A vous entendre, la France refuserait donc de signer tout accord de commerce qui ne respecterait pas l’Accord de Paris et ne protégerait pas la biodiversité et les droits humains.
Pourtant, le 2 juillet 2020, le haut-représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell, se félicite de la finalisation des négociations de l’accord entre l’UE et le Mercosur.
Que croire ? C’est à n’y rien comprendre.
Avec cet accord, l’Union européenne s’apprête à accorder un chèque en blanc aux multinationales pour faire exploser le commerce transatlantique entre ces deux régions, aux dépens de toute considération sociale et environnementale.
Alors que nous attendons la publication dans les prochains jours du rapport de la Commission d’experts mandatée par votre Gouvernement en juillet 2019 pour évaluer les impacts sanitaires et environnementaux de cet accord, une nouvelle étude du CCFD-Terre Solidaire et Greenpeace publiée ce jour, dans le sillage de toutes celles déjà produites par les autres signataires de ce texte, détaille point par point les risques majeurs que l’accord UE-Mercosur fait peser sur le climat, la biodiversité et les droits humains.
Les chiffres sont accablants et la menace que fait peser cet accord sur la transition de nos systèmes agricoles et industriels est réelle :
– explosion des quotas de bœuf, de soja et d’éthanol importés,
– pression massive sur les territoires autochtones et les écosystèmes,
– levée des droits de douane sur les pesticides,
– absence de toute contrainte à destination des entreprises,
– absence de mécanisme permettant aux populations affectées de contraindre ces mêmes entreprises multinationales à répondre de leurs impacts devant les tribunaux,
– manque de lignes rouges claires permettant de suspendre l’accord en cas de violations des droits humains ou de l’environnement…
Les populations autochtones et les milieux naturels sont-ils quantité négligeable dans la relance européenne post-COVID et son Green Deal ?
Alors même que 33 défenseurs de l’environnement ont été assassinés en Amazonie pour la seule année 2019 et que les incendies ne cessent de battre des records cette année, l’accord UE-Mercosur augmenterait encore davantage la pression sur les droits humains et les écosystèmes en Amérique latine.
Pour s’opposer à cet accord UE-Mercosur dont l’impact sur les forêts, le climat et les droits humains serait désastreux, des actes sont nécessaires. Monsieur le Président, vous devez vous y opposer et vous assurer que cet accord de commerce négocié entre l’Union européenne et le Mercosur soit rejeté par les États membres de l’UE et définitivement enterré.
Une alternative à l’actuelle politique commerciale européenne existe. Elle repose
– sur le renforcement de notre souveraineté alimentaire,
– sur les circuits courts,
– sur l’adoption de normes sociales et environnementales universelles ambitieuses,
– sur des normes européennes et internationales contraignantes afin de s’assurer du respect des droits humains et de l’environnement par les entreprises multinationales qui, aujourd’hui, font leur loi de part et d’autre de l’Atlantique.
Si, réellement, vous êtes #TousEcologistes, abandonnez l’accord.
En vous priant d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération,
Signataires
Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente, CCFD-Terre Solidaire
Jean-François Julliard, directeur général, Greenpeace France
Gert-Peter Bruch, président, Planète Amazone
Arnaldo Carneiro Filho, directeur, Sinapsis
Fabien Cohen, secrétaire général, France Amérique Latine
Maxime Combes, porte-parole, Attac France
Sandra Cossart, directrice, Sherpa
Olivier Dubuquoy, fondateur, ZEA
Mathilde Dupré, codirectrice, Institut Veblen
Magali Fricaudet, co-présidente, Aitec
Perrine Fournier, chargée de plaidoyer “commerce et forêts”, Fern
Khaled Gaiji, président, Amis de la Terre France
Nicolas Girod, porte-parole, Confédération paysanne
Alain Grandjean, Président de la Fondation Nicolas Hulot
Olivier Guichardon, président, Envol Vert
Murielle Guilbert, secrétaire nationale, Union syndicale Solidaires
Jonathan Guyot, co-fondateur, all4trees
Glenn Hurowitz, CEO, Mighty Earth
Karine Jacquemart, directrice générale, foodwatch France
Aurélie Journée-Duez, présidente, Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan)
Bertrand de Kermel, Président, Comité Pauvreté et Politique.
Bruno Lamour, président, Réseau Roosevelt
Gilliane Le Gallic, présidente, Alofa Tuvalu
Philippe Martinez, secrétaire général, CGT
Charlotte Meyrueis, Directrice, Coeur de Forêt
Benoit Monange, directeur, Fondation de l’Ecologie Politique
Eléonore Morel, directrice générale, Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)
Xavier Morin, président, Canopée
Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale, Emmaüs international
Marie Pochon, secrétaire générale, Notre Affaire à Tous
Luc de Ronne, président, ActionAid France
Sabine Rosset, directrice, BLOOM
Emma Ruby-Sachs, directrice executive, SumOfUs
Malik Salemkour, président, Ligue des droits de l’Homme (LDH)
Arnaud Schwartz, président, France Nature Environnement
Christine Soyard, membre du Bureau collégial, Fédération Artisans du Monde
Pierre Tritz, président, Foi et Justice Afrique Europe
Evrard Wendenbaum, président, Naturevolution
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