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Greenwashing Archives - Terre Solidaire Terre Solidaire - Devbe Fri, 07 Jan 2022 11:39:03 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 Bienvenue au safari du greenwashing à Marseille https://terresolidaire.devbe.fr/bienvenue-au-safari-du-7125/ Sat, 09 Oct 2021 14:26:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/?p=18632 Le CCFD-Terre Solidaire PACA-Corse a organisé à Marseille, début septembre, une marche pour découvrir de

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Le CCFD-Terre Solidaire PACA-Corse a organisé à Marseille, début septembre, une marche pour découvrir de grandes entreprises « qui préfèrent verdir leur image plutôt que d’agir réellement pour la planète ».

« Mesdames et messieurs, nous commencons notre safari du greenwashing par une visite à une jolie peluche qui semble toute douce et tellement belle avec son pelage tacheté. Je vous présente le jaguar Casino-Monoprix-Naturalia ! Sous ses airs de gros chat noble et puissant se cache en réalité un fauve sanguinaire ! Le jaguar qui dévore la bio… diversité. »

Samedi 4 septembre, 16 heures, sur la Canebière, principale artère de la cité phocéenne, face aux magasins Naturalia et Monoprix, enseignes du groupe Casino, Michel Hervelin manie à dessein la métaphore et l’ironie. Autour de lui, plusieurs dizaines de bénévoles et sympathisants du CCFD-Terre Solidaire brandissent des pancartes invitant à se battre pour la justice climatique. Sous le regard de passants curieux, le bénévole s’emploie à dénoncer « l’enrobage vert » du groupe Casino, dont la « politique commerciale engendre un véritable écocide en Amazonie » . Il rappelle aussi que le groupe de grande distribution réalise « 47 % de ses bénéfices en Amérique du Sud ». Quant aux slogans « nourrir un monde de diversité » de Casino et « ne soyons pas bio à moitié » de Naturalia, raillés par l’orateur, ils sont ponctués de huées moqueuses.

« L’idée de cet événement est née avec l’annonce de la tenue du Congrès mondial de la nature (UICN), entre les 4 et 11 septembre à Marseille, explique Luc Petitdemange, chargé de développement associatif au CCFD-Terre Solidaire. Nous avions déjà organisé un safari en 2018 pour dénoncer l’évasion fiscale. Nous avons donc renouvelé cette expérience de marche à la fois ludique et informative afin d’appeler le plus grand nombre à lutter pour la justice climatique. »

Casque colonial et jumelles en bandoulière, celui qui s’est présenté comme le « Tour Operator » a souligné, lors de ses différentes interventions, que la mobilisation était plus que jamais d’actualité pour révéler « l’accaparement des terres, l’expropriation des populations locales, la souveraineté alimentaire mise à mal et l’aggravation des dérèglements climatiques ». Autant de thématiques abordées à travers les diverses haltes devant les entreprises, associées pour l’occasion à des animaux.

Devant H&M, Luc Petitdemange et Marjorie Bardy, bénévole.

H&M, « le paon qui fait la roue »

Notre objectif était d’attirer l’attention sur ces entreprises qui ont un double langage et de contribuer à créer une conscience de consommateurs-citoyens.

Kenia Linares bénévole

C’est dans cet esprit que Nicole Rabot-Biojoux, une autre bénévole du CCFD-Terre Solidaire, a qualifié la BNP-Paris de « pieuvre qui se dissimule dans un jet d’encre… et de pétrole », lors de la seconde étape du jour. Autoproclamée « banque tournée vers le développement durable », BNP Paribas est digne de remporter « la palme du greenwashing ».

L’établissement bancaire finance par exemple la licence « Impact Positif », créée par l’université de Paris Sciences & Lettres (PSL). Objectif ? « Gagner sa place dans la course mondiale de la marchandisation des savoirs », ironise Nicole Rabot-Biojoux. Il est aussi « régulièrement épinglé par les associations environnementales pour son soutien financier à des projets délétères pour l’environnement ».

Pire, alors qu’il a été l’un des principaux financeurs de la COP 21, le groupe financier a été classé, la même année, « 1ère banque fossile au niveau français et 5e au niveau international ». Un grand écart tellement grossier que les participants du safari ont choisi de s’esclaffer collectivement sous le regard amusé de plusieurs badauds.

Les organisateurs ont opté pour une ultime halte devant un magasin de l’enseigne H&M, comparé au « paon qui fait la roue pour nous séduire ».

Au micro, Marjorie Bardy, la trentaine, a rappelé, entre autres, que « depuis plusieurs années, le numéro deux mondial du prêt-à-porter nous vend du rêve avec ses gammes de vêtements au “style écoresponsable” (…), encourageant, à travers slogans et textes marquants, la mode circulaire et le recyclage des déchets (…). Si H&M garantit des « collections moins polluantes », avec une utilisation de matériaux naturels et/ou recyclés, elle s’abstient néanmoins de préciser que « pour produire un seul jean, il faut environ 7 500 litres d’eau, notamment pour irriguer les champs de coton. De quoi contribuer, comme en Ouzbékistan, à l’assèchement de territoires entiers avec de graves conséquences environnementales. »

Éveiller la conscience des consommateurs

Les arguments font mouche parmi les passants massés devant l’enseigne. Bresny, 26 ans, admet qu’elle ignorait « ce qui se cachait derrière cette marque qui a pourtant une bonne image. C’est vrai qu’on devrait se poser plus de questions sur la manière dont sont fabriqués les vêtements et sur le coût pour l’environnement avant de les acheter ». Almeida, septuagénaire, se réjouit. « C’est bien qu’il y ait ce genre de mobilisations où se mélangent humour et informations. C’est plus sympathique et plus efficace qu’une manifestation classique. » Des réactions qui ravissent Kenia Linares, la trentaine, bénévole depuis mars.

« Notre objectif était d’attirer l’attention sur ces entreprises qui ont un double langage. Mais surtout de contribuer à créer une conscience de consommateurs citoyens. »

Mission remplie donc. Au moment de clore l’événement, Luc Petitdemange rappelle que cette marche s’inscrit dans une volonté de « s’attaquer aux causes profondes des inégalités et de lutter pour la justice climatique ». Des positions que le CCFD-Terre Solidaire continuera de défendre, notamment lors de la COP26 qui aura lieu du 1er au 12 novembre 2021, à Glasgow.

Le safari dans les rues de Marseille.

L’humour vecteur de partage du savoir
« Ce safari s’inscrit dans une démarche d’éducation populaire. Au CCFD-Terre Solidaire, nous avons besoin plus que jamais de sensibiliser les gens, de leur faire comprendre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Il faut que les gens s’approprient un thème. Pour cela, il faut dialoguer et ne rien imposer. Susciter la curiosité est une bonne entrée en matière. L’humour est également un vecteur important pour le partage du savoir. Au-delà de la démarche d’information sur un sujet précis, cette forme de communication est aussi une manière d’attirer la jeunesse. D’ailleurs, durant le safari, on a vu des jeunes se rapprocher, intéressés et curieux par la manière dont nous présentions la problématique. Nous portons des valeurs de solidarité, et notre rôle est de créer ce lien entre les populations des pays riches et nos partenaires dans les pays du Sud, parce que ce sont eux qui sont les plus impactés. »
Jean-Pierre Jullien, 74 ans, membre du CCFD-terre Solidaire PACA-Corse depuis 2012

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Le faux nez vert de TotalEnergies #StopCompensation https://terresolidaire.devbe.fr/le-faux-nez-vert-de-7116/ Wed, 06 Oct 2021 13:19:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/?p=17881 Changement de nom, stratégie climat, plan de « neutralité carbone », le pétrolier multiplie les annonces pour

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Changement de nom, stratégie climat, plan de « neutralité carbone », le pétrolier multiplie les annonces pour convaincre de sa transition écologique… tout en développant ses projets d’exploitation d’hydrocarbures dans le monde.

Le printemps est une saison propice pour parler regain végétal. Mi-mars, Total annonçait la signature d’un accord avec le gouvernement du Congo pour planter une vaste forêt d’acacias de 40 000 hectares (environ deux fois le massif de Fontainebleau) sur les plateaux Batéké.

Objectif : créer un « puits » d’absorption de CO2 atmosphérique, en compensation d’une partie des émissions générées par l’activité du pétrolier français. La croissance des arbres devrait en séquestrer 10 millions de tonnes sur vingt ans. Recours à une agroforesterie bénéficiant aux populations locales, accroissement de la biodiversité, production de bois d’œuvre par des coupes sélectives : la présentation du projet est bien ripolinée.

Deux mois plus tard, lors de son assemblée générale annuelle, le pétrolier devient TotalEnergies pour affirmer son ambition de devenir un acteur majeur des énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, biomasse…) et présente à ses actionnaires son plan visant la « neutralité carbone » en 2050 Il recueille plus de 90 % des votes.

Total va rester un acteur majeur des énergies fossiles

Voilà pour la communication verte. Que les organisations écologistes et de solidarité internationale se sont empressées de démonter. « Le pétrolier tient un double langage, résume Myrto Tilianaki, chargée de mission souveraineté alimentaire et climat au CCFD-Terre Solidaire.

Car, en dépit de ses annonces, il entend poursuivre significativement sa production d’hydrocarbures. TotalEnergies va rester un acteur majeur des énergies fossiles. »

Première émettrice de CO 2 du panel du CAC40, et produisant à ce jour 447 fois plus d’énergies fossiles que renouvelables, l’entreprise est bien loin du compte, et son plan de neutralité carbone semble conçu pour noyer le poisson.

Pour l’étape intermédiaire cruciale de 2030, il vise une réduction de 40 % du CO 2 émis par ses activités (exploitation, raffinage, transport…) «  Mais ce périmètre ne représente que de 10 % des émissions de l’entreprise, décrypte Henri Her, de l’association Reclaim Finance[1]. Le reste, 90 %, provient de la combustion des hydrocarbures vendus par le pétrolier. »

Un segment où l’entreprise limite son engagement à une baisse de 30 % des émissions pour l’Europe seule. En référence aux calculs du cabinet Carbone 4, l’engagement de TotalEnergies ne correspond qu’à environ 25 % de l’effort nécessaire pour agir en cohérence avec l’accord de Paris, qui vise à contenir le réchauffement planétaire à 2 °C d’augmentation maximum, voire 1,5 °C d’ici à 2050.

Pour faire bonne mesure, le pétrolier veut recourir massivement aux pratiques de compensations controversées (voir p. 17) du captage et stockage de CO2 , avec l’important projet Northern Light en cours en Norvège, et la plantation de forêts dans les pays du Sud. « Le moyen aujourd’hui le plus efficace pour éliminer le carbone, pour moins de dix dollars la tonne », vantait, en 2019, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies. Surtout s’il s’agit de mono-culture de variétés à croissance rapide, comme l’acacia au Congo.

De multiples questions surgissent dans le grand flou qui entoure le projet congolais, écrit un rapport endossé par près de 80 organisations[2]. Ainsi, une grande partie de ces terres abriteraient des groupes de Pygmées autochtones Aka et des communautés paysannes bantous, dont il faut imaginer l’expulsion. TotalEnergies parle de compensations et de création d’emplois, sans plus de précisions. Aucun détail ni cartographie précise, pas plus que d’éléments sur d’éventuelles discussions avec ces populations locales.

Comble de duplicité, le pétrolier prévoit qu’en 2030 les sources renouvelables ne représenteront que 15 % du volume d’énergie qu’il délivrera, alors que 80 % de ses investissements iront encore à des projets d’hydrocarbures, misant en particulier une augmentation de 30 % de sa production de gaz fossile au cours de la prochaine décennie.

En mai dernier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), boussole constante des acteurs dominants de l’énergie depuis des décennies, poursuivait un revirement guidé par sa prise de conscience de l’urgence climatique en préconisant qu’aucune nouvelle réserve pétrolière ou gazière ne soit désormais mise en exploitation.

Un message opportunément décrété trop « radical » par la direction de TotalEnergies.

En Ouganda près de de 100 000 personnes seraient affectées

Première émettrice de CO2 du panel du CAC40, et produisant à ce jour 447 fois plus d’énergies fossiles que renouvelables, l’entreprise est bien loin du compte.

On comprend pourquoi : peu encombré par ses minces habits verts, le pétrolier se prépare à forer comme au bon vieux temps. En Arctique bientôt, où la manne représente 5,6 % des réserves gazières. Plus actuel, le mégaprojet pétrolier Tilenga (400 puits en Ouganda) engagé en 2019, avec 1 445 km d’oléoduc (Eacop) jusqu’à la côte tanzanienne. Près de 100 000 personnes seraient affectées, avec un lot – hélas classique ! – de spoliations et de violations de droits déjà documentées, estiment les Amis de la Terre.

« Outre la facture climatique de cette production d’énergie fossile, il faut s’attendre à des catastrophes écologiques – pollution potentielle des lacs proches, destruction de biodiversité, conséquence des risques sismiques locaux », redoute Léa Kulinowski, juriste de l’association. Une étude du cabinet étasunien E-Tech International sanctionne : les techniques retenues par TotalEnergies sont les moins coûteuses et avec le plus fort impact socio-environnemental. « L’itinéraire semble dessiné dans le but de mettre en danger le plus grand nombre d’animaux possible », s’offusque l’écologiste américain Bill McKibben, fondateur de l’association 350.org. Un signe : la BNP, le Crédit agricole et la Société générale, les trois grandes banques françaises pourtant si friandes de ce genre d’investissements, n’ont pas souhaité financer Tilenga-Eacop.

Au nord du Mozambique, le pétrolier français fait aussi parler de lui « à l’ancienne ». Dans les années 2000, de gigantesques réserves de gaz naturel ont été découvertes au large de la province de Cabo Delgado, et TotalEnergies pilote un consortium d’acteurs pour la construction d’un énorme complexe de liquéfaction du gaz naturel (GNL), pour son exportation par des navires spécialisés.

Environ 550 personnes ont été déplacées dans des conditions déplorables, témoigne l’association mozambicaine Justiça Ambiental, partenaire du CCFD-Terre Solidaire. Et l’insurrection armée de groupes djihadistes locaux aurait déjà causé 2 600 morts. « Leur conflit historique envers le pouvoir central a été attisé par cette prédation de ressources naturelles, soutenue sans réserve par le gouvernement », rapporte Anna-Lena Rebaud, chargée de campagne climat et transition juste aux Amis de la Terre.

En avril dernier, alors que des attaques ont ciblé la ville de Palma, centre névralgique de la fièvre gazière, TotalEnergies gèle le projet qui devait livrer ses premières cargaisons de GNL en 2024. Un abandon en règle ? Plutôt une pause dans l’attente d’un retour au calme : chiffré à 20 milliards de dollars, et financé, ce projet est le plus important investissement africain à date.

Et la manne annuelle fournirait l’équivalent du tiers des importations de gaz naturel de l’Europe !

[1] Voir notamment son rapport conjoint avec Greenpeace « Total fait du sale : la finance complice ? », reclaimfinance.org

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Stoppons l’impunité de l’industrie du gaz : l’appel à l’aide des habitants de Cabo Delgado au Mozambique https://terresolidaire.devbe.fr/stoppons-limpunite-de-lindustrie-du-gaz-lappel-a-laide-des-habitants-de-cabo-delgado-au-mozambique/ https://terresolidaire.devbe.fr/stoppons-limpunite-de-lindustrie-du-gaz-lappel-a-laide-des-habitants-de-cabo-delgado-au-mozambique/#respond Thu, 25 Jun 2020 10:30:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/stoppons-limpunite-de-lindustrie-du-gaz-lappel-a-laide-des-habitants-de-cabo-delgado-au-mozambique/ Au nord du Mozambique, l’extraction du gaz alimente les violations des droits humains, la pauvreté,

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Au nord du Mozambique, l’extraction du gaz alimente les violations des droits humains, la pauvreté, la corruption, la violence et l’injustice sociale. Elle dévaste aussi une région exceptionnelle pour sa biodiversité et promet des émissions record de gaz à effet de serre.
Notre partenaire sur place, Justiça Ambiental ! lance un appel à l’aide pour interpeller les entreprises impliquées, dont Total, et la Banque Publique d’Investissement française.


“À quel moment les assassinats de militants, la corruption, les élections frauduleuses, l’accaparement des terres et les violations des droits humains deviendront-ils une raison suffisante pour mettre fin à l’impunité des entreprises au Mozambique et dans d’autres régions du monde ?”

Ainsi interpelle l’organisation mozambicaine Justica Ambiental dans une lettre adressée à Total, ExxonMobil, Shell, Eni, Galp, HSBC, Standard Bank, United States International Development Finance Corporation, et le gouvernement du Mozambique ce jeudi 25 juin.

Charlotte Kreder, chargée de mission Afrique Australe témoigne : “Je suis allée sur place en août 2017 juste avant que les attaques extrémistes ne débutent en octobre. Il est désormais impossible de se rendre dans cette région où les populations sont coincées entre les violences de groupes islamistes, des expulsions de leurs terres et villages par les multinationales venues exploiter le gaz, la militarisation du territoire par le gouvernement mozambicain et des enlèvements notamment de militants et journalistes enquêtant sur la région. C’est aussi désormais le “hotspot” mozambicain du COVID; importé par des travailleurs étrangers de Total exposant les populations à ce virus dans un contexte de défaillance total du système de santé.”

Alors que le CCFD-Terre Solidaire se bat pour l’application de la loi sur le devoir de vigilance des entreprises, nous soutenons la démarche de notre partenaire et relayons son appel en France.

Nous appelons également l’Etat français à prendre ses responsabilités et à se retirer de ce projet, alors que les services diplomatiques français et la Banque publique d’investissement sont mis à l’index.

Vous aussi soutenez leur démarche!
Partagez-la sur les réseaux sociaux dès aujourd’hui!

À travers la solidarité, nous pouvons nous battre pour :

  • empêcher les entreprises de signer des contrats d’exploration et de concession ; empêcher les acteurs financiers d’investir ;
  • empêcher les multinationales et les pays du Nord de dicter la dépendance du Mozambique aux combustibles fossiles ;
  • empêcher que les communautés locales perdent leurs logements, leurs territoires, leurs terres et leurs moyens de subsistance.

Pour plus d’informations, consulter le rapport d’information Les Amis de la Terre France “De l’Eldorado gazier au chaos”

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COP 26 : l’impact des systèmes agricoles sur le climat et l’humanité https://terresolidaire.devbe.fr/cop-26-limpact-des-systemes-agricoles-sur-le-climat-et-lhumanite/ https://terresolidaire.devbe.fr/cop-26-limpact-des-systemes-agricoles-sur-le-climat-et-lhumanite/#respond Fri, 29 Nov 2019 13:30:25 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/cop-26-limpact-des-systemes-agricoles-sur-le-climat-et-lhumanite/ La COP 26 ne peut plus ignorer que l’agriculture et notre système alimentaire industrialisé font

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La COP 26 ne peut plus ignorer que l’agriculture et notre système alimentaire industrialisé font partie des secteurs, comme les transports et l’énergie, qui doivent être remis en question pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Mais gare aux fausses solutions…


Au sein des négociations internationales pour le climat, l’agriculture a longtemps été mise de côté : les émissions de l’agriculture étaient considérées comme irréductibles ou trop difficiles à atténuer.

Il a fallu attendre la COP 23 pour que le sujet bénéficie d’un programme de travail dans les négociations.

A la veille de la COP 26, voici quelques idées à avoir en tête pour faire évoluer nos politiques agricoles et alimentaires.

1. Nos systèmes agricoles et alimentaires sont responsables de plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre mondiaux

Pour en savoir plus retrouvez notre infographie Climat : pourquoi faut-il changer notre système agricole et alimentaire

2. Ce n’est pas l’agriculture, mais l’agro-industrie qui pose problème

Les différents systèmes agricoles et alimentaires n’ont pas tous le même impact sur le climat et la biodiversité.

Les émissions de gaz à effet de serre sont essentiellement dues à l’agriculture industrielle et intensive qui repose sur des systèmes alimentaires et des marchés mondialisés.

Un exemple d’agriculture fortement émettrice de carbone? Exporter en Chine du porc élevé en France et nourri au soja brésilien, soja responsable de la déforestation amazonienne et de l’expropriation de ses habitants…

L’agroécologie et l’agriculture familiale ont un impact carbone beaucoup moins important.

ges_agroindustrie_2.jpg


3. Relocaliser nos systèmes agricoles et alimentaires pour réduire les émissions

Produire et manger local, c’est évidemment éviter les émissions de CO2 liés aux transports internationaux. Mais la relocalisation de nos systèmes agricoles est aussi et surtout une manière de lutter contre les monocultures dévastatrices pour l’environnement, la biodiversité, et avec un fort impact carbone.

Alors, pourquoi ne pas passer un bon moment en découvrant le producteur de pommes ou la productrice de fromage proches de chez vous ? Ou faire pousser quelques légumes dans votre jardin ? Ou s’inscrire à une Amap ?

Lire aussi : De juillet à octobre, participez à un rallye autour de l’agroécologie en Bretagne et découvrez les initiatives agroécologiques locales

timor6365.jpgLire aussi : Des potagers en permaculture dans toutes les écoles ? Le choix pionnier du Timor Leste

4. L’agroécologie est une solution pour réduire l’impact climatique de l’agriculture et l’insécurité alimentaire

Non ce n’est pas un fantasme de bobo.

Nombreux sont les organismes internationaux, comme le GIEC et l’IPBES, qui préconisent le développement de l’agroécologie pour réduire drastiquement les impacts environnementaux et climatiques de l’agriculture. Une agriculture respectueuse de l’environnement qui contribue aussi à mieux être paysan et à la lutte contre l’insécurité alimentaire.

Les bénéfices de cette approche sont nombreux, pour l’environnement et la biodiversité : amélioration de la productivité, diversification des cultures, restauration des écosystèmes, gestion durable et concertée des ressources naturelles…).

Et au Burundi, ce n’est pas Gloriosa qui dira le contraire : Au Burundi, l’agroécologie, nouvel horizon pour le monde paysan

5. Mettre fin au gaspillage agricole et alimentaire

Selon le GIEC, le gaspillage agricole et alimentaire représente aujourd’hui 1/3 de la production agricole et 10% de nos émissions de gaz à effets de serre.

On entend souvent qu’il faut produire plus pour nourrir une population grandissante : c’est faux !

Les chiffres du gaspillage montre que le problème de la faim et de l’insécurité alimentaire est avant tout un problème de répartition et d’organisation de nos systèmes alimentaires, et non de production.

6. Faire évoluer nos régimes alimentaires

L’évolution de nos régimes alimentaires vers une baisse de la consommation de produits animaux, et l’augmentation de l’alimentation végétale présente 3 avantages majeurs :

  • une meilleure santé pour les êtres humains
  • une baisse des gaz à effets de serre (et pas seulement le dioxyde de carbone)
  • la libération de plusieurs millions de km2 de terre (selon le rapport du GIEC).

Alors zou, pourquoi manger une viande de mauvaise qualité qui a un impact majeur sur notre environnement ? On réduit sa consommation, et on s’assure que celle que l’on mange est produite localement et sans soja importé.

elida-gimenez_0_1400_1050_carre.jpgEt si on ne voit pas le rapport avec le soja, on lit ce portrait paru dans La Croix de Elida Gimenez, expulsée deux fois de sa terre au Paraguay

7. Les projets de compensation carbone ne seront jamais aussi efficaces qu’une réduction effective des gaz à effet de serre.

Face à l’urgence climatique, la tentation est grande de privilégier les mécanismes de compensation de nos émissions de gaz à effets de serre.
Une idée est particulièrement en vogue : la séquestration du carbone dans les sols.

Pourtant, ces pratiques peuvent représenter un leurre.

Lire aussi : La séquestration du carbone dans les terres agricoles, miracle ou alibi ?

Or le rapport du GIEC le souligne : les capacités d’absorption additionnelle du carbone dans les sols sont faibles et rendues incertaines par la crise climatique.

8. Les projets de compensation carbone risquent de générer une compétition pour les terres

Cette compétition aurait pour conséquence de :

– se faire au détriment de l’agriculture familiale

– contribuer au déclin des surfaces agricoles

– de mettre en danger la sécurité alimentaire des populations paysannes.

Pour en savoir plus voir notre rapport “Nos terres valent plus que du carbone”
couvrapport_carbone_exe_fr_hd-1-1-001_jpg.jpg

9. Alerte : le secteur des terres doit rester en dehors des mécanismes de compensation carbone

Les règles d’application de l’Accord de Paris ont été adoptées lors de la COP24, à l’exception de l’article 6 qui traite des marchés et des mécanismes de compensation carbone.

Lors des nouvelles négociations de la COP26, le risque est fort que le secteur des terres soit intégré, ce qui aggraverait les risques de ruée massive vers les terres, et donc d’accaparement de terres.

Au CCFD-Terre Solidaire, nous souhaitons que le secteur des terres puisse être soutenu financièrement mais uniquement à travers des approches non-marchandes (art. 6.8), et nous luttons pour qu’il reste hors des marchés et mécanismes de compensation carbone de l’Accord de Paris.

10. Remettre les communautés locales au cœur des décisions politiques

Les populations locales détiennent des connaissances fines des milieux qu’elles cultivent et dont elles dépendent sur le long terme.
Cela les rend bien plus compétentes et sensibles à l’enjeu de la gestion durable des territoires que des fonds financiers qui visent avant tout le profit à court terme et qui prennent des décisions depuis de lointains centres de pouvoir sans considération des populations locales.

Le mécanisme de compensation carbone REDD+ par exemple, censé empêcher la déforestation, tend à priver dans les faits l’accès et l’utilisation de la forêt pour les activités de subsistances traditionnelles des populations locales, affectant ainsi la souveraineté alimentaire des populations. Des cas de menaces allant jusqu’à la torture ont été reportés par nos partenaires.

COP 26 : notre action de plaidoyer pour faire avancer les politiques agricoles

Après des années de lutte, notamment des organisations issues de la société civile, nous avons obtenu la création d’un programme de travail sur le sujet lors de la COP23 (programme de travail de Koronivia).

Le CCFD-Terre Solidaire a continué de s’impliquer au sein de ce programme lors de la COP 25 qui a eu lieu du 2 au 13 décembre à Madrid, en Espagne, notamment autour :
de la question des engrais de synthèse,
des enjeux de la séquestration du carbone dans les sols
– de l’adaptation au changement climatique.
Manon Castagné, chargée de plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire revient sur les enjeux de la dernière COP, la COP 25

En ligne de fond, c’est la question de la pérennité et du rôle de cet espace de travail qui se joue, dont l’avenir doit être discuté lors de la COP 26.

Nous nous battons pour qu’il ne stagne pas comme espace de discussion mais devienne un véritable guide pour les politiques agricoles dans le contexte de la crise climatique.

Partout dans le monde, les organisations paysannes que nous soutenons montrent qu’il est possible de faire une agriculture respectueuse de l’humain et de l’environnement.


Accorder l’humain et la planète, les initiatives qui marchent (carte interactive)

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Rapport du GIEC : le temps du sursaut (Communiqué) https://terresolidaire.devbe.fr/rapport-du-giec-le-temps-du-sursaut-communique/ https://terresolidaire.devbe.fr/rapport-du-giec-le-temps-du-sursaut-communique/#respond Mon, 08 Oct 2018 08:28:12 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/rapport-du-giec-le-temps-du-sursaut-communique/ Les résultats du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) rendu public

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Les résultats du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) rendu public aujourd’hui, nous indiquent que l’heure est désormais à l’enclenchement d’un véritable changement de nos modèles de production et de consommation. Aux côtés de 19 autres ONG catholiques, le CCFD-Terre Solidaire, tire la sonnette d’alarme en appelant à une action urgente et à un changement de paradigme. Le CCFD-Terre Solidaire somme les Etats de faire preuve d’une réelle volonté politique, et de s’engager notamment à transformer en profondeur nos systèmes agricoles et alimentaires.


« Nous payons aujourd’hui 25 ans de manque d’ambition des Etats entre le sommet de la Terre à Rio et la COP21. Les estimations du GIEC sont en effet effrayantes : si rien n’est fait, nous aurons dépassé la barre des 1,5°C en 2040, soit 60 ans avant l’horizon 2100 fixé par l’Accord de Paris… Avec des conséquences dramatiques pour les populations, à commencer par les plus vulnérables. Et en particulier les paysannes et les paysans, ainsi que les peuples autochtones qui sont pourtant des acteurs essentiels pour lutter contre les dérèglements climatiques », déclare Benoît Faucheux, Délégué général du CCFD-Terre Solidaire.

Une urgence : réduire considérablement nos émissions de gaz à effet de serre

Ce constat d’urgence doit cependant nous faire réagir. Pour limiter le réchauffement, il faut une réduction immédiate et drastique de nos émissions. Cela implique des choix politiques radicaux et ambitieux pour enclencher une véritable transition, qui tienne compte des enjeux environnementaux mais aussi sociaux et économiques.

Cela suppose également une remise en question profonde des modèles de production et de consommation. Ces modèles sont promus par les pays industrialisés, historiquement les plus responsables des dérèglements climatiques, tandis que les populations les plus vulnérables et les moins responsables, sont les plus affectées.

Du champ à l’assiette, notre système agricole et alimentaire est responsable d’au moins un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. A ce titre, la conversion d’un système industriel, gourmand en intrants chimiques et le plus souvent orienté vers l’exportation, est à la fois indispensable et urgente pour diminuer l’impact des dérèglements climatiques sur les populations.

Comme le souligne Anne Laure Sablé, chargée de plaidoyer climat et souveraineté alimentaire au CCFD-Terre Solidaire « nous devons agir en priorité sur la réduction des engrais de synthèse, la transformation de l’élevage industriel, la reterritorialisation de nos circuits de production et de consommation, la qualité de notre alimentation…Il faut pour cela enclencher une transition vers l’agroécologie paysanne, à la fois respectueuse de l’environnement et de la souveraineté alimentaire des populations ».

Réduire les émissions est indispensable mais désormais insuffisant

Cette transition profonde de nos systèmes agricoles et alimentaires est d’autant plus importante, que le rapport du GIEC nous livre un autre enseignement. Face au retard pris par les Etats, la réduction drastique des émissions reste la priorité, mais elle est désormais insuffisante. Il faut dès maintenant développer des méthodes pour capter des gaz à effet de serre de l’atmosphère et les séquestrer dans les sols et les végétaux.

Pour le CCFD-Terre Solidaire, le développement de telles méthodes ne doit cependant, en aucun cas, servir d’alibi aux Etats et aux acteurs privés pour repousser davantage la nécessaire remise en cause de nos systèmes de production et de consommation.

Appliquée aux sols agricoles, la séquestration du carbone présente, au-delà des incertitudes scientifiques, de nombreux risques. L’attrait démesuré pour les terres agricoles pourrait conduire à une marchandisation du carbone dans les sols et transformer les paysannes et les paysans en calculettes à carbone. C’est ce que montre le dernier rapport du CCFD-Terre Solidaire « Nos terres valent plus que du carbone – Récit d’un immobilisme au détriment d’une conversion de nos modèles agricoles »

Par ailleurs, les méthodes de séquestration du carbone dans les sols agricoles déjà mises en œuvre, permettent aujourd’hui aux géants de l’agrobusiness de verdir leurs pratiques, tout en continuant à utiliser du glyphosate ou des OGM et à s’accaparer les terres des populations paysannes. Si la séquestration du carbone apparaît désormais comme indispensable, nous devons absolument prendre en compte les impacts sociaux et environnementaux des méthodes employées. Pour être efficace, toute action doit s’inscrire dans une démarche globale de transition vers une agroécologie paysanne.

« Séquestrer n’est pas réduire », insiste Anne-Laure Sablé. « Plus nous réduirons nos émissions de gaz à effet de serre, moins il sera nécessaire d’avoir recours à la compensation des émissions restantes. A l’inverse, plus nous tolérerons l’inaction et le greenwashing, plus nos terres deviendront des variables d’ajustement des politiques climatiques et feront peser des risques pour la souveraineté alimentaire des populations ».

Contact presse : Karine Appy, 06 66 12 33 02

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Les terres, variable d’ajustement des politiques climatiques ? (interview) https://terresolidaire.devbe.fr/les-terres-variable-dajustement-des-politiques-climatiques-interview/ https://terresolidaire.devbe.fr/les-terres-variable-dajustement-des-politiques-climatiques-interview/#respond Thu, 19 Jul 2018 15:14:30 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/les-terres-variable-dajustement-des-politiques-climatiques-interview/ L’agriculture commence enfin à être prise en compte dans les négociations climatiques internationales. Mais le

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L’agriculture commence enfin à être prise en compte dans les négociations climatiques internationales. Mais le péril grandit de voir des sols cultivables prioritairement affectés à la capture du CO2, au détriment d’une réelle transition agricole.


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Anne-Laure Sablé, chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire et climat au CCFD-Terre Solidaire, nous éclaire sur cet enjeu.

Le CCFD-Terre Solidaire a publié début juin 2018 un rapport « Nos terres valent plus que du carbone ». Pourquoi un rapport sur ce thème ?

Anne-Laure Sablé : Sous la pression de la lutte contre le dérèglement climatique, d’importants enjeux se cristallisent actuellement sur l’agriculture dans le monde.
Ce sera le cas, en particulier, en décembre prochain, en Pologne, lors de la prochaine conférence internationale annuelle de l’Onu sur le climat – la COP 24. C’est une étape importante, car les pays doivent y réviser les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris lors de l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat – à la COP 21 en 2015 –, qui entrera en vigueur en 2020.
Mais ces efforts sont notoirement insuffisants pour stabiliser le réchauffement planétaire à moins de 2 °C, objectif convenu.

Cet objectif, mentionné simplement comme optionnel par l’Accord de Paris, est pourtant exigé par les nations les plus vulnérables au dérèglement, en particulier les petites îles menacées par la hausse du niveau des océans.
Dans l’état actuel des choses, nous disent les chercheurs, c’est hors d’atteinte, avec les seules mesures de réduction des émissions : il faudra avoir recours à des technologies de stockage du CO2, le principal des gaz à effet de serre.
Or, l’agriculture est dans le collimateur. La croissance des plantes, par la photosynthèse, absorbe du CO2 et le fixe dans les fibres sous forme de carbone, dont une partie passe dans les sols pour s’y stocker.

Sans remise en cause globale de nos systèmes agroalimentaires, miser sur l’agriculture pour jouer le rôle d’un « puits de carbone » préfigure des évolutions risquées pour la souveraineté alimentaire, les agricultures familiales, les droits des paysans et des peuples autochtones…
Ces implications sont complexes et peu défrichées. C’est pourquoi nous avons sorti notre rapport suffisamment tôt afin d’alimenter les réflexions en amont de la COP 24, et d’alerter les décideurs politiques, les scientifiques, les relais associatifs et les médias sur ces enjeux.

En savoir plus sur le rapport « Nos terres valent plus que du carbone »

Cela fait des années que le CCFD-Terre Solidaire et ses alliés bataillent pour que les négociations climatiques intègrent les enjeux agricoles. Avec quels résultats ?

A-L.S : Le blocage durait depuis des années. Mais fin 2017, lors de la COP 23 à Berlin, les pays les plus vulnérables au dérèglement et les pays qui en sont les plus responsables ont trouvé un terrain d’entente : ils ont décidé de créer un groupe de travail sur l’agriculture et le climat qui sera actif jusqu’en 2020.
Il s’agit d’un cadre de négociations entre États sur cinq thèmes : l’élevage, les engrais, la séquestration du CO2 dans le sol, l’adaptation des agricultures et les implications socio-économiques des changements climatiques sur l’agriculture.
C’est une initiative importante, car ses conclusions influenceront directement les politiques climatiques, c’est pourquoi nous sommes vigilants sur son contenu.

La création d’un groupe de travail agriculture et climat depuis la COP 23 est-elle une bonne nouvelle ?

A-L.S : Oui, dans la mesure où l’agriculture et son rôle dans la lutte contre le dérèglement devraient enfin faire l’objet de négociations sérieuses. De plus, la création de ce groupe de travail va contribuer à mettre un peu d’ordre et de transparence sur ce sujet. Car, en l’absence de cadre onusien adéquat, on a vu surgir diverses initiatives parallèles, voire concurrentes, impliquant des acteurs privés et étatiques : l’Alliance globale pour une agriculture intelligente face au climat (Global alliance for climate-smart agriculture, Gacsa), le projet « 4 pour 1000 » [[Qui vise à accroître la productivité agricole tout en stockant du CO2 dans les sols.]], ou encore l’initiative pour l’Adaptation de l’agriculture africaine (AAA).

Autre point positif : les groupes les plus impactés dans l’agriculture par le dérèglement – paysans, communautés locales, peuples autochtones, femmes, jeunes… – sont invités à participer à ces réflexions, ainsi que des organisations telles que le CCFD-Terre Solidaire. Cependant, les questions de fond ne sont pas résolues.

Lire notre dossier réalisé au moment de la Cop 21 : Faim et dérèglements climatiques

Quel scénario redoutez-vous ?

A-L.S : Que l’on prenne une fois de plus le problème par le mauvais bout. À savoir, que l’on considère hors de portée la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, et que la hausse de la population mondiale serve d’alibi à une vision productiviste qui n’a en rien résolu le problème de la malnutrition jusqu’à présent.
Et que, in fine, la contribution massive des sols agricoles au stockage du CO2 soit présentée comme incontournable. Ce qui signifierait un recours accru à une agro-industrie, dont on connaît les dégâts sociaux et environnementaux.

Par ailleurs, la focalisation extrême sur le CO2 occulte le rôle d’autres gaz à effet très important, et dont l’agriculture est le principal émetteur : le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O).
Leur contribution à l’effet de serre pourrait s’accroître, alors qu’il serait plus efficace et plus sûr pour la lutte climatique de revoir le système agroalimentaire industriel pour réduire ces émissions : moins d’élevages industriels (réduction du CH4) et d’intrants de synthèse, engrais notamment (réduction du NO2).
Enfin, point très important, il faudra aider les pays les plus vulnérables à adapter leur agriculture, déjà affectée par le dérèglement.

Dans le grand débat sur la révision des politiques de lutte climatique surgit ainsi cette question de fond : jusqu’où les décideurs sont-ils prêts à utiliser les terres comme une variable d’ajustement ?
Les États-Unis, le Canada ou l’Australie expérimentent déjà des techniques de stockage du CO2 dans les sols. L’Union européenne, le Brésil et l’Argentine n’en sont pas loin…
Et l’on peut s’attendre à l’essor d’une nouvelle modalité d’accaparement des terres :

les grandes entreprises agroalimentaires vont chercher à compenser leurs émissions industrielles en finançant le stockage de CO2 dans les sols agricoles, y compris dans les pays du Sud.

Que préconise votre rapport face à ces risques ?

A-L.S : La transition vers cette agroécologie que nous appelons de nos vœux, garantissant la souveraineté alimentaire, le renforcement des droits des paysans, la préservation des ressources naturelles mais aussi la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Propos recueillis par Patrick Piro

Lire l’intégralité de l’entretien dans le n°305 de Faim et Développement, disponible sur abonnement payant.

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La séquestration du carbone dans les terres agricoles, miracle ou alibi ? (Rapport) https://terresolidaire.devbe.fr/la-sequestration-du-carbone-dans-les-terres-agricoles-miracle-ou-alibi-rapport/ https://terresolidaire.devbe.fr/la-sequestration-du-carbone-dans-les-terres-agricoles-miracle-ou-alibi-rapport/#respond Thu, 31 May 2018 23:01:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/la-sequestration-du-carbone-dans-les-terres-agricoles-miracle-ou-alibi-rapport/ L’agriculture est tour à tour considérée comme responsable ou victime des dérèglements climatiques. Certains voient

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L’agriculture est tour à tour considérée comme responsable ou victime des dérèglements climatiques. Certains voient en elle des solutions pour lutter contre le réchauffement de la planète en transformant les terres agricoles en puits de carbone… Vraie ou fausse solution ? Ne faut-il pas avant tout questionner nos systèmes agro-industriels ?

Alors que l’agriculture est l’une des activités humaines qui génère le plus d’émissions de gaz à effet de serre, la séquestration de carbone dans les sols agricoles est de plus en plus souvent présentée comme une technique capable de limiter le réchauffement climatique. Au niveau international, les initiatives en ce sens se multiplient, alliant acteurs privés et Etats. Solution miracle ou alibi pour ne pas réduire les émissions liées au secteur agricole ? Le rapport du CCFD-Terre Solidaire, intitulé « Nos terres valent plus que du carbone ! », analyse plus en profondeur la question de la séquestration du carbone dans les sols et du lien complexe entre agriculture et dérèglements climatiques. Il questionne nos systèmes agro-alimentaires – de l’amont à l’aval de la production – en abordant les enjeux à l’aune des critères environnementaux mais aussi économiques, sociaux et culturels. Surtout, il montre qu’avant de mettre en place des mécanismes de séquestration de carbone, nous devons engager l’agriculture des pays riches dans une transition agricole et alimentaire. Les systèmes alimentaires industrialisés et gourmands en intrants chimiques produisent trop de gaz à effet de serre. Les systèmes alternatifs existent mais se développent trop lentement, faute de soutien politique adéquat. rapport_carbone_infographie_1.png La séquestration de carbone dans les sols : une solution limitée Par le phénomène de la photosynthèse, les végétaux ont la capacité d’absorber du CO2. Lorsque les plantes meurent, les matières en décomposition s’intègrent au sol sous forme d’humus. Une partie du carbone qu’elles ont absorbé au cours de leur existence vient ainsi se fixer dans le sol, créant ce que l’on appelle des « puits de carbone ». Les forêts, les tourbières et les prairies sont des puits de carbone anciens et bien connus, ce qui fait de leur préservation un enjeu majeur dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Ce que l’on sait moins, c’est que les terres cultivées peuvent également constituer des puits de carbone. Pour certains défenseurs de la séquestration du carbone dans les sols, il suffirait ainsi d’adopter quelques pratiques agricoles pour limiter l’échappement du CO2 dans l’atmosphère, sans forcément transformer en profondeur le modèle agro-industriel.

Toutefois, la réalité est plus nuancée.

Pour commencer, il est difficile de mesurer l’efficacité réelle de la séquestration du carbone dans les sols cultivés. Il est par exemple extrêmement difficile d’en assurer sa permanence. Le processus n’est ni éternel, ni irréversible. Par ailleurs, il n’existe pas de méthode standardisée pour calculer la teneur en carbone des sols. Difficile dans ces conditions de mesurer l’impact réel de la séquestration. Surtout, les scientifiques s’accordent pour dire que, quelle que soit la méthode de calcul utilisée, cette technique ne sera jamais aussi efficace qu’une réduction effective des émissions de gaz à effet de serre. Un rapport de 2002 évaluant la situation en France établit ainsi que le carbone séquestré ne pourra jamais représenter plus de 1 ou 2 % du total des émissions françaises. Une goutte d’eau dans l’océan. En vérité, la problématique de la séquestration du carbone dans les terres agricoles ne serait-elle pas un moyen d’éviter le cœur du sujet ?
Car si l’agriculture est bien l’une des activités humaines qui génère le plus d’émissions de gaz à effet de serre, le dioxyde de carbone est très loin d’être le seul responsable des émissions dues à l’agriculture.
En 2005, l’agriculture générait, en effet,
  • 50 % des émissions mondiales de méthane
  • 60 % des émissions de protoxyde d’azote. Deux gaz dont le potentiel de réchauffement de l’atmosphère est respectivement 25 et 298 fois supérieur à celui du CO2 sur le long terme.
En cause notamment, l’élevage intensif, responsable de l’écrasante majorité des émissions mondiales de méthane, ainsi que les intrants chimiques (engrais de synthèse), responsables pour leur part des émissions de protoxyde d’azote.
  • Le dioxyde de carbone, quant à lui, ne compte que pour moins de 1 % des émissions directes du secteur agricole (au sens des terres cultivées). L’atténuation des émissions liées à la gestion des terres cultivées doit donc viser principalement la réduction permanente du méthane et du protoxyde d’azote.
Une question pourtant régulièrement écartée par les décideurs politiques et que l’approche « séquestration du carbone » ne permet pas de traiter. Par ailleurs, se focaliser sur les seules émissions induites par nos terres cultivées, revient à omettre de considérer le rôle de notre système alimentaire dans son ensemble : c’est-à-dire les activités agricoles à la fois en amont et en aval de la production et dont les caractéristiques sont majoritairement celles de nos modèles agro-industriels. S’il est difficile d’évaluer la contribution de l’agriculture dans son ensemble – du champ à l’assiette – les estimations convergent pour attribuer plus d’un tiers des émissions mondiales au système agro-alimentaire. C’est dans cette perspective que la question du dioxyde de carbone se pose (énergie utilisée pour produire les intrants chimiques, sur les exploitations, dans les processus de transformation et lors du transport, notamment). rapport_carbone_infographie_2.png

La séquestration de carbone dans les sols : une solution aux conséquences potentiellement néfastes

Historiquement, la Convention Climat [[Convention Cadre des Nations unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC)]] s’est avant tout intéressée au dioxyde de carbone dans la lutte contre les changements climatiques, car il constituait le gaz émis en plus grande quantité par les pays industrialisés. Peu à peu, à l’instar des forêts, les sols agricoles ont été perçus comme pouvant jouer un rôle pour compenser les émissions industrielles. Et comme pour les forêts, il existe un risque non négligeable d’une ouverture aux marchés carbone, fondée sur une logique marchande inadaptée. Dès lors, on se retrouve confronté au même danger d’une approche financiarisée de la nature, au détriment des paysans et des besoins des populations. Au sein de la Convention Climat, les Etats peinent à traiter des problèmes liés à l’agriculture et optent pour la politique des petits pas. Ils laissent ainsi le champ libre à de nombreuses initiatives parallèles à la gouvernance onusienne qui fleurissent ces dernières années. C’est le cas de l’Alliance pour une agriculture intelligente face au climat (GACSA) ou encore de l’Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine (AAA). Ces initiatives ne manquent pas de mettre en avant le potentiel de séquestration du carbone dans les sols. Elles allient Etats, institutions financières, centres de recherche et certaines ONG mais aussi et surtout les géants de l’agro-alimentaire. Et en particulier le secteur industriel des semences et des intrants de synthèse : Monsanto, Bayer, Syngenta…

Vers la financiarisation du carbone dans les sols

A l’abri de tout encadrement, des projets issus de partenariats public/privé voient ainsi le jour aujourd’hui avec, au menu : la financiarisation du carbone dans les sols dans l’espoir d’échanger les crédits générés sur les marchés carbone et la promotion des acteurs économiques dominants de l’industrie agricole, principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre du secteur. La séquestration du carbone devient pour les géants de l’agroalimentaire un prétexte pour faire perdurer leurs pratiques. Un simple verdissement du système agro-alimentaire industriel ne fera que transformer les terres en objet de spéculation et entraînera des risques d’accaparement supplémentaires.

L’approche holistique : repenser les systèmes agro-alimentaires dans leur ensemble

La séquestration du carbone n’est pas la solution miracle pour répondre au problème des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture. Il s’agirait plutôt d’avoir le courage politique de transformer en profondeur l’ensemble de nos systèmes agro-alimentaires. Le secteur agricole doit en effet relever trois défis majeurs : – S’adapter aux dérèglements climatiques – Atténuer sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre (CO2, mais surtout méthane et protoxyde d’azote) – Préserver, voire accroître les stocks de carbone contenus dans les sols Ces trois enjeux ne peuvent pas être traités séparément. Or, les Etats n’ont que trop longtemps privilégié une approche en silo. Financiariser les terres pour séquestrer le carbone au détriment des communautés paysannes est un non-sens. Il est au contraire urgent d’investir dans les petites exploitations et les agricultures familiales, qui représentent près de 90 % du secteur agricole mondial et 80 % de la production totale de nourriture. Ces mêmes populations productrices de nourriture sont les plus menacées par l’insécurité alimentaire et les dérèglements climatiques. Elles sont pourtant beaucoup moins responsables des émissions de gaz à effet de serre tout en étant les plus à même d’identifier des solutions. Il essentiel d’inverser le paradigme et de replacer l’humain et les ressources vivantes au cœur de l’action climatique. La crise climatique impose de faire des choix radicaux pour limiter le réchauffement de la planète à une augmentation de 1,5°C. Si les Etats refusent de prendre les mesures politiques qui s’imposent, le recours à la séquestration de carbone dans les sols agricoles continuera à servir d’alibi, conduisant à des pressions sans commune mesure sur les terres. Consulter notre Rapport “Nos terres valent plus que du carbone” : couvrapport_carbone_exe_fr_hd-1-1-001_jpg.jpg Lire aussi l’appel signé par 50 organisations internationales : Nos terres valent plus que du carbone

Documents joints

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