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Inde Archives - Terre Solidaire Terre Solidaire - Devbe Mon, 03 Jan 2022 09:58:43 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.3 Inde : elles défendent leurs droits https://terresolidaire.devbe.fr/inde-elles-defendent-leurs-droits/ https://terresolidaire.devbe.fr/inde-elles-defendent-leurs-droits/#respond Wed, 27 Jan 2021 10:45:45 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/inde-elles-defendent-leurs-droits/ L’Inde est l’un des pays les plus dangereux au monde pour les femmes. Qu’elles appartiennent

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L’Inde est l’un des pays les plus dangereux au monde pour les femmes. Qu’elles appartiennent à la classe urbaine éduquée ou vivent en milieu rural, elles subissent de nombreuses discriminations de genre : violences domestiques, harcèlement dans l’espace public. Les traditions archaïques, notamment liées au veuvage ou aux dots restent très ancrées, en particulier dans certaines zones rurales.


Pour informer les femmes sur leurs droits, Nirantar, centre pour l’éducation et le genre, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, revendique une vision féministe. Créé en 1993, elle agit dans cinq États en s’appuyant sur du matériel éducatif, puisant dans le récit de l’expérience des discriminations vécues par les femmes.

Rencontre croisée avec Archana Dwivedi, directrice de Nirantar, et Santosh Sharma, coordinatrice au Bihar, l’un des États les plus pauvres du pays.

Vous travaillez avec sept fédérations de femmes ? Comment agissent-elles ?

Santosh Sharma : Nous soutenons ces fédérations de femmes qui existent depuis 15-20 ans. Le gouvernement a décidé brutalement de suspendre leur financement. Il nous a fallu deux/trois ans pour financer la reprise de ce programme abandonné par l’État.

Ces groupes sont structurés selon les découpages administratifs, en village, bloc, district, État. Tous les 15 jours, nous organisons des rencontres pour les adolescentes et pour les femmes plus âgées. Pour les 14-20 ans, les questions tournent autour des mariages ou des grossesses précoces (une femme sur 5 est mariée avant 15 ans). Ces mariages sont encore pratiqués malgré des campagnes d’éducation.

Suite au confinement pour lutter contre la pandémie de Covid-19, beaucoup d’hommes sont rentrés de la ville et on a constaté une recrudescence de harcèlement sexuel. Par ailleurs, les jeunes filles se plaignent de la discrimination dont elles font l’objet en termes d’accès au numérique. 80 à 85 % n’y ont pas accès. Les familles craignent qu’elles échangent avec leur petit ami.

Pour les femmes plus âgées, les préoccupations sont liées à l’école, la santé, la violence, le travail.

Nirantar revendique une approche féministe. C’est-à-dire ?

Archana Dwivedi : Notre objectif dépasse la question de l’accès à l’éducation. Nous souhaitons influencer le système éducatif lui-même. Car ce dernier renforce souvent les divisions de genre. Nous tentons de faire émerger chez les femmes de nouvelles réflexions.

Nous les interrogeons sur leurs connaissances, pour comprendre leur point de vue. Par exemple, qu’est-ce que le travail ? Comment le définissent-elles ? De quel travail parle-t-on ? Quel est celui qui est mis en valeur, celui des femmes marginalisées non payées, ou celui des hommes ?

Nous cherchons à créer un autre regard. Une manière de questionner la place des femmes dans l’histoire. On fait ainsi évoluer les manuels et les bases des cours, écrits dans un langage très simple, accessibles à toute.

Nous utilisons beaucoup les jeux de rôles permettant aux femmes de revivre certaines situations, avec des histoires ou des vidéos dont le contexte entre en résonnance avec leurs propres histoires. Par exemple pour évoquer les discriminations de caste et de genre. Ces jeux permettent des prises de conscience et des réflexions pour voir comment réagir.

Vous évoquez notamment la chasse aux sorcières, cette pratique reste fréquente au Bihar.

Archana Dwivedi : De nombreuses recherches soulignent combien la chasse aux sorcières est liée à la question de la propriété ou de faveurs sexuelles. Le Bihar est un État féodal, les castes continuent à y jouer un rôle très fort.

Ces femmes appartiennent souvent aux communautés les plus marginalisées.
Les accusations de sorcellerie concernent au premier chef les veuves ou les femmes sans protection d’un homme. Cette accusation permet de les déposséder de leur patrimoine, de leur terre.

Vous soutenez aussi les nari adalat, un mécanisme de résolution des conflits à l’intention des femmes et par les femmes.

Santosh Sharma : On compte 24 nari adalat dans sept districts au Bihar. Il s’agit d’une sorte de juridiction, de lieux de conseils, qui se réunit deux fois par mois, où sont débattus des questions de droits, de garde des enfants, de propriété, de dispute familiale, de violence domestique. C’est un lieu où les femmes ne se sentent pas jugées. Cela leur offre un recours. Elles interrogent leurs pairs sur ce qu’elles peuvent faire et n’attendent pas forcément une décision, une sanction mais un conseil.

Aucun lien organique n’existe entre ces nari adalat, la police et le tribunal. Dans certains districts, la police suggère aux femmes de s’adresser au nari adalat, car ils pensent qu’elles y seront mieux écoutées. Il arrive que le tribunal reconnaisse les notes du conseil des femmes, mais cela n’est pas courant.

Les femmes qui y siègent sont souvent reconnues par la communauté comme des personnes aptes, qui connaissent bien les lois. Elles ont démontré leur impartialité. Elles écoutent le point de vue des femmes et des hommes. Les accusés décident de suivre les conclusions du conseil.

Archana Dwivedi : Ce système est une alternative au long et tortueux chemin des tribunaux dans lesquels, parfois, au bout de 15 ans de procédure, il n’y a toujours aucun résultat. Les nari adalat sont un espace qui ne nécessite pas de ressources. La victime ne cherche pas nécessairement une punition du coupable. Elle attend plutôt une résolution du conflit. Par exemple, dans notre système féodal, les hommes pensent que c’est leur droit de frapper les femmes, qu’il n’y a rien de mal à cela. Il faut leur expliquer que ce n’est pas un droit.

Les membres des classes et castes dominantes n’écoutent pas ce que des femmes pauvres leur disent, mais ils savent que le nari adalat joue un rôle de contre-pouvoir. Cela peut modifier leur attitude.

Rencontrez-vous de la résistance de la part des hommes et des institutions dans votre démarche féministe ?

Archana Dwivedi : Si nous parlions d’approche féministe, nous aurions des résistances. Donc nous préférons parler de justice de genre. Nous nous appuyons sur la Constitution qui garantit l’égalité des droits.

Les travailleuses sociales reçoivent de nombreuses menaces. Elles sont très courageuses. Elles savent qu’elles ne peuvent pas s’opposer frontalement aux hommes de haute caste qui harcèlent ou ciblent les femmes dalit. La solidarité au sein de leurs groupes est essentielle.

Propos recueillis par Christine Chaumeau

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Karnataka : Les peuples de la forêt défendent leurs droits https://terresolidaire.devbe.fr/karnataka-les-peuples-de-la-foret-defendent-leurs-droits/ https://terresolidaire.devbe.fr/karnataka-les-peuples-de-la-foret-defendent-leurs-droits/#respond Wed, 16 Aug 2017 10:00:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/karnataka-les-peuples-de-la-foret-defendent-leurs-droits/ En Inde, les populations tribales du Karnataka sont expulsées des forêts où elles vivent depuis

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En Inde, les populations tribales du Karnataka sont expulsées des forêts où elles vivent depuis plusieurs décennies. Des milliers de personnes se retrouvent sans terre et sans droit. Pour survivre, elles sont obligées de travailler dans des conditions de quasi esclavage pour des propriétaires sans scrupules. Fedina, un réseau de 19 associations, soutenu par le CCFD-Terre Solidaire, les incite à s’organiser pour défendre leurs droits.


Kenchaya habite près du village de Machur, au cœur de la réserve naturelle du Nagarhole National Park dans le Karnataka, un petit hameau de six ou sept huttes. Assis en cercle avec d’autres sous un banyan magistral, il entonne un chant repris en chœur par le groupe. « C’est une chanson de lutte », précise le petit homme.

Un hymne au combat qu’il mène avec les siens dans l’espoir de conquérir leurs droits. Comme beaucoup d’autres, ces Adivasi ont été expulsés de leurs terres ancestrales, de la forêt profonde où ils vivaient en paix.
fedina_coupe-6507.jpg

« Nous vivions paisiblement à une dizaine de kilomètres d’ici, dans la forêt où je suis né il y a cinquante-cinq ans, raconte Kenchaya. Mon grand-père, mon père y ont vécu. Mon enfance était belle. Nous partagions ces forêts avec les animaux sauvages. Et tout ce dont nous avions besoin s’y trouvait : les baies, les plantes, les fruits et le miel. »

Dans les années 1970, la création de parcs nationaux mais également la construction de réservoirs d’eau dans la région ont sonné le glas de cette vie en totale communion avec la nature. Des dizaines de villages ont été évacués, des milliers de personnes se sont retrouvées sans terre. Et sans droit. À vivre au bord des routes.

Historiquement, tout a commencé en 1972, quand le gouvernement central indien a voulu renforcer les lois contre la dégradation des zones déjà protégées. L’introduction de ce Wildlife Protection Act, avec ces mesures renforçant la protection de la faune et de la flore sauvages, allait cependant mettre un terme à un mode de vie séculaire. Cette loi, passée sans grande concertation, a proscrit toute exploitation de la forêt et a privé de ressources les tribus.
Elles y trouvaient leur nourriture mais aussi une source de revenus, grâce à la vente du miel, de la cire d’abeille, de la cueillette du amla, fruit d’un groseillier indien utilisé notamment en soins ayurvédiques et dans les shampoings. « On a limité la récolte à la seule consommation personnelle », explique Kenchaya.
« Les autorités nous ont accusés d’être des voleurs et des vandales, reprend Kenchaya, mais c’est oublier que les activités illégales qui défigurent aujourd’hui la forêt [notamment le trafic de bois ] sont le fait de personnes venues de l’extérieur, avec la complicité des fonctionnaires en charge des forêts. »


Soutenir l’accès des Adivasi à la terre

Aujourd’hui, les Adivasi continuent de se heurter au manque de volonté politique, mais surtout aux pressions des lobbies liés au commerce du bois ou de l’extraction minière. À cela s’ajoute le rejet des Adivasi par la population majoritaire, et notamment des hautes castes hindoues, qui les considèrent, au même titre que les Dalits (intouchables), comme des citoyens de seconde zone.

Asma et Somashekar travaillent pour Fedina. Ils ont fait la route depuis Bangalore, la capitale du Karnataka. Ils coordonnent les actions des différentes associations soutenant les populations adivasi, notamment pour les droits à la terre.

« Les anciens ont été déplacés plusieurs fois, peut-être devront-ils encore bouger sous la contrainte. Certains ont obtenu des terres, mais sans titre de propriété. Et d’autres ont les documents mais ils n’arrivent pas à obtenir les terrains qui leur reviennent, les propriétaires, hautes castes, refusant de céder. Même après la décision des tribunaux »

L’association BKS, soutenue par le CCFD-Terre Solidaire fait partie du réseau Fedina et oeuvre dans le district d’H.D.Kote auprès de 25 000 personnes. Son objectif est de faire pression sur les autorités afin d’obtenir les précieux sésames permettant aux Adivasi de rester sur leurs terres.
femme_miel_inde.jpg

Défendre les droits des travailleurs journaliers

Quand il sont privés de leur accès à la forêt qui était leur moyen d’existence, les Adivasi doivent chercher du travail ailleurs et se retrouvent à la merci d’employeurs peu scrupuleux. Recrutés à la journée – sans contrat de travail – ils travaillent dans les plantations de café et de poivre dans l’État limitrophe du Kerala. Des journées sans fin pour des salaires d’environ 200 à 300 roupies par jour, à peine 3 à 4 euros.
Asma raconte leur situation difficile :

« Les employeurs exploitent au maximum les journaliers. Ils harcèlent et font usage de la violence. On nous rapporte parfois des cas de viols sur les femmes ».

BKS a créé en 2014 un syndicat local des travailleurs agricoles composé de 750 membres. Le syndicat a récemment obtenu plusieurs victoires importantes. Des augmentations de salaires : 450 roupies pour les hommes et 300 roupies pour les femmes, ce qui se rapproche du salaire minimum, aux environs de 500 roupies – entre 6 et 7 euros. Et une diminution importante du temps de travail des travailleurs syndiqués avec des journées de 8 h 30 au lieu de 10 à 12 heures auparavant.

À ces conditions de travail très dures, s’ajoute l’absence d’écoles pour les enfants et des services de santé inexistants ou trop éloignés.

Suresh, salarié de BKS, est trop jeune pour avoir connu la vie en forêt. Il regrette :

« On ne peut même plus aller librement rendre hommage à nos morts, ni prier nos dieux au temple, dans les villages de nos ancêtres. Il faut demander des autorisations, qu’on nous accorde uniquement pendant la saison des pluies. »

Des restrictions qui provoquent parfois de vives tensions entre villageois et fonctionnaires.

L’appui du réseau Fedina a permis aux communautés adivasi, qui traditionnellement n’avaient pas de structures communautaires, de s’organiser pour porter des revendications ou déposer des plaintes, et trouver leur place dans l’espace public.

Jean-Michel Delage

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Quand la solidarité monte sur les planches https://terresolidaire.devbe.fr/quand-la-solidarite-monte-sur-les-planches/ https://terresolidaire.devbe.fr/quand-la-solidarite-monte-sur-les-planches/#respond Tue, 23 May 2017 16:32:58 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/quand-la-solidarite-monte-sur-les-planches/ L’art peut-il être un vecteur de liens, un moyen d’émancipation et de développement ? Pour

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L’art peut-il être un vecteur de liens, un moyen d’émancipation et de développement ? Pour les membres du CCFD-Terre Solidaire de la région Centre-Val de Loire, qui ont organisé à Pithiviers, les 30 avril et 1er mai derniers, le festival Si loin si proches, la réponse est à l’évidence oui. Durant ces deux jours, en présence de trois partenaires, il a été beaucoup question de souveraineté alimentaire, d’accès à la terre, des modes de production et de consommation.


C’est un village comme il en existe des milliers en Inde. Avec ses pétarades de scooters qui se mêlent aux cris des oiseaux, au « chant » des enfants répétant les leçons qui s’échappe de l’école. On y découvre des hommes, des femmes appliqués à fabriquer des briques de terre. Autour du puits, lieu central de l’activité villageoise, d’autres s’affairent à laver le linge, à remplir d’eau des lotas, des pots en laiton ou en fer blanc. Scènes de la vie quotidienne avec ces gestes mille fois répétés, comme dans une chorégraphie improvisée.

Enfin, pas tout à fait. Car nous ne sommes pas en Inde, mais à Gourvilliers, un hameau du Loiret, en train d’assister à Vanakkam. Bonjour, mis en scène par la Compagnie du Chiendent avec le soutien de l’équipe du CCFD-Terre Solidaire de la région Centre-Val de Loire qui accompagne depuis trois ans cette initiative articulée autour de la danse.

Une rencontre a priori improbable entre une ONG de développement et une troupe artistique que commente la chorégraphe Sandrine Bonnet, à l’origine de cette aventure :

« J’avais accueilli en résidence d’artistes un danseur originaire du Sri Lanka, réfugié politique en France, et nous avions longuement discuté des questions d’immigration, de la quête d’identité. Il m’a alors proposé de faire le voyage en sens inverse, de la France vers le Tamil Nadu [au sud-est de Inde, ndlr], pour que je me sente moi aussi comme une étrangère. Puis de monter ensuite un spectacle. »

Sensibilisation artistique et citoyenne

L’idée séduit Sandrine, qui prend rendez-vous avec la région Centre pour présenter un projet. Hasard, chance, karma diraient les Indiens, la veille de sa venue, il avait été question de solidarité internationale au siège de la région. Le bureau concerné oriente la jeune femme vers le CCFD-Terre Solidaire.

« À l’époque, je ne connaissais pas le CCFD-Terre Solidaire, reconnaît Sandrine. Mais, à mon grand étonnement, on se comprenait sur tout ! »

L’ONG met alors en relation l’artiste avec Areds [[Créée en 1980 dans l’État indien du Tamil Nadu, l’Association de soutien au développement et à l’éducation rurale (Areds) centre son action sur le développement des populations les plus marginalisées, notamment les Dalits.]], l’un de ses partenaires dans le Tamil Nadu.

Sandrine se rendra trois fois en Inde, accompagnée de danseurs, d’un vidéaste, d’un « auteur sonore ».

S’immergeant dans le réseau local de l’organisation indienne, ils « appréhendent de près les réalités du territoire », vont voir des agriculteurs pratiquant l’agro-écologie, travaillent avec des groupes de femmes utilisant le théâtre de rue pour sensibiliser les populations locales aux questions de santé. Ils interviennent dans les écoles pour des ateliers de danse contemporaine, d’initiation à la prise de vue et la réalisation vidéo. Ils enregistrent aussi des images du quotidien, des portraits de femmes, des sonorités, prennent des photos.

« Ces échanges nous ont permis de recueillir les éléments pour la préparation de notre spectacle, précise Sandrine, mais aussi de disposer d’outils de sensibilisation ensuite utilisés par les bénévoles du CCFD-Terre Solidaire pour leurs voyages d’immersion en Inde. »

Pour la chorégraphe : « Cette sensibilisation artistique et les actions d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale permettent d’échanger, de réfléchir sur la conscience individuelle et collective. » Un message largement partagé par Thierry Murat, délégué régional du CCFD-Terre Solidaire, pour qui « l’art est un vecteur de liens, un moyen d’émancipation et de développement ».

Surtout lorsque celui-ci est axé, comme c’est le cas pour Vanakkam. Bonjour, autour de l’eau. Sujet qui ne pouvait laisser indifférents les bénévoles du CCFD-Terre Solidaire de la région Centre-Val de Loire, engagés depuis plusieurs années déjà sur la thématique de la souveraineté alimentaire. Une thématique qui les a conduits à faire trois voyages d’immersion en Afrique du Sud, au Brésil et en Inde pour découvrir les réalités auxquelles sont confrontés les partenaires.

Regards croisés

Conférences, rencontres, débats, outils d’éducation, de sensibilisation à l’accès à la terre, aux relations entre producteurs et consommateurs, depuis plusieurs années, les groupes de bénévoles font leur possible pour faire bouger les lignes. Dans cette même dynamique, trois partenaires sont venus, à leur tour, ce printemps, durant une semaine, rencontrer les acteurs de la région Centre-Val de Loire : agriculteurs syndicalistes, chambre d’agriculture, Conseil régional…, avant de participer au festival.

« Notre région rurale a des réalités très différentes. Au sud, on pratique l’élevage, le maraîchage avec des agriculteurs et des vignerons qui, pour certains, sont passés au bio », détaille Catherine Torset, chargée de mission au CCFD-Terre Solidaire dans la région.

« Au nord, c’est la Beauce, le “grenier à céréales” de la France. Avec ses grandes exploitations conventionnelles qui, le plus souvent, pratiquent l’agriculture conventionnelle, même si l’on sent chez beaucoup une volonté de raisonner leurs pratiques et de diversifier leurs productions. »

Remise en cause des modes de production et de consommation

Difficile, dans ces conditions, de réunir tout le monde autour d’une même table pour réfléchir et échanger autour des différents modes de production.

« Il y a encore beaucoup de méfiance et d’a priori de part et d’autre, continue-t-elle. Entre différents types d’agriculture, bio, raisonnée et conventionnelle, mais aussi entre des visions et approches syndicales différentes, celle de la FDSEA[[Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles, membre de la FNSEA, majoritaire dans la profession.]] et de la Confédération paysanne [[La Confédération paysanne prône une agriculture paysanne, familiale. Elle est membre de l’organisation internationale La Via Campesina, partenaire du CCFD-Terre Solidaire.»]]

Le but de ces rencontres organisées par le CCFD-Terre Solidaire est de favoriser le dialogue et une meilleure compréhension entre les différentes parties.

« Nous avançons à petits pas avec un vocabulaire adapté pour dire que chacun a droit à une alimentation de qualité, pour tenter d’arriver à mettre tout le monde d’accord », poursuit la chargée de mission. Une unanimité d’autant plus nécessaire que tout le secteur, bio et conventionnel confondus, est touché par une crise nationale qui a un impact direct sur le niveau de vie des paysans.

Ce qui pousse nombre d’entre eux à réfléchir à de nouveaux moyens d’écouler leurs productions, par la vente directe à la ferme ou via des Amap[[Les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) ont mis en place un réseau de vente directe entre agriculteurs, le plus souvent bio, et consommateurs]] et autres circuits courts.

La question de la transmission des terres

Les modes de production et de consommation ne sont pas les seules questions qui se posent à la région et aux bénévoles du CCFD-Terre Solidaire. Tout aussi importante est celle de la transmission des terres.

« La moitié des jeunes dont les parents sont agriculteurs reprennent les exploitations familiales et de plus en plus d’autres ont envie de s’installer, notamment en bio », précise Catherine Torset.

Mais les terres, elles, sont de moins en moins nombreuses, de moins en moins accessibles. En cause, l’urbanisation et les besoins en infrastructures, autoroutes, centres commerciaux, mais aussi un phénomène nouveau dans la région : l’accaparement des terres. Depuis l’année dernière, pas moins de « 1 700 hectares de terres agricoles ont été accaparées », regrette la chargée de mission, achetées par des sociétés chinoises pour un prix environ deux fois et demi plus cher que celui du marché.

Une surenchère qui augmente artificiellement le prix du foncier local, empêche ceux qui le désirent de se lancer dans des activités agricoles. Surtout, cela pose la question de l’utilisation de ces surfaces, dont on suppose que les productions seront destinées à l’exportation.

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Inde : du droit des femmes aborigènes au développement local https://terresolidaire.devbe.fr/inde-du-droit-des-femmes-aborigenes-au-developpement-local/ https://terresolidaire.devbe.fr/inde-du-droit-des-femmes-aborigenes-au-developpement-local/#respond Wed, 16 Mar 2016 11:44:44 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/inde-du-droit-des-femmes-aborigenes-au-developpement-local/ WORD (Women’s organization for rural developpement), soutenu par le CCFD-Terre solidaire, est une ONG initiée

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WORD (Women’s organization for rural developpement), soutenu par le CCFD-Terre solidaire, est une ONG initiée par des femmes pour le développement des zones rurales. Basée en Orissa, un État de la côte Est de l’Inde, dans le district de Koraput, elle travaille essentiellement avec des femmes aborigènes, dites Adivasis. Entretien avec Racheal Ray-Kumari, directrice de l’ONG.

Quel est le but principal de WORD ?

Nos cherchons à atteindre l’égalité des hommes et des femmes dans la société en travaillant particulièrement contre les discriminations qui affectent l’exercice des droits humains, que ce soit les droits des femmes bien sûr, mais aussi les droits des enfants, les droits des aborigènes ou encore les droits des Dalits.

Il existe de nombreuses inégalités produites par les discriminations fondées sur le sexe, ainsi WORD accompagne les femmes dans différents domaines : la santé, l’éducation, le logement, l’accès à l’eau, la protection de l’environnement. Et la gouvernance locale. Nous intervenons aujourd’hui dans 120 villages, ce qui représente environ 12 000 familles.

Pourquoi ce choix de travailler en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Quand je suis arrivée dans la région en 1997, j’ai été frappée par la réserve des femmes, leur timidité, leur refus de sortir de la maison en présence d’étrangers. Au niveau communautaire, toutes les décisions étaient prises par les hommes. Cet effacement des femmes entrave sérieusement l’exercice de leurs droits mais aussi le développement local.

Les Aborigènes sont en effet les principales pourvoyeuses de vivres de leur communauté car elles sont à la cueillette, tout en travaillent à part égale avec les hommes dans l’agriculture. Elles stockent les graines, ramènent l’eau, collectent le bois de chauffe, s’occupent de l’éducation et des soins aux enfants. Elles sont donc incontournables pour comprendre ce qui doit être amélioré et comment le faire.

Ça a pris du temps pour que les femmes réalisent qu’elles avaient des droits et autant de capacités que les hommes à décider. Elles étaient effrayées de parler en public, de prendre position pour des choix concernant la communauté. Mais depuis, nous avons beaucoup progressé. Aujourd’hui, les femmes siègent dans les Panchayats (assemblées locales), au niveau des villages et du district.

Comment avez-vous obtenus ces résultats ?

Il a d’abord fallu gagner leur confiance. Les femmes étaient très dubitatives. Nous y sommes allées à pas de loup, par de minis-actions les aidant à améliorer leur savoir-faire en matière d’éducation des enfants ou de santé par exemple. Nous ne sommes pas arrivées en déclarant qu’elles devaient prendre le pouvoir !

Dans un second temps, lorsqu’elles ont compris que le changement ne s’obtient que par l’action collective, nous leur avons proposé de former des groupes de dix à quinze femmes par village pour s’unir dans une fédération.

Un des enjeux fort de cette époque, nous étions en 2011, était qu’elles puissent siéger dans les Panchayats ou les présider, en assumant pleinement leur responsabilité. La loi réserve un quota de 33 % de sièges aux femmes, mais dans les faits, comme beaucoup sont analphabètes, une grande partie des élues continuent à faire de la figuration pendant que les hommes prennent les décisions.

Nous avons animé beaucoup de formations avant les élections pour qu’elles apprennent à régir un village : organiser la concertation, dégager des priorités, identifier leurs interlocuteurs dans les administrations.


Diaporama issu du reportage “En Inde, les tribus oubliées se forgent un destin” paru dans Pèlerin magazine, jeudi 3 mars 2016. ©Michaël ZUMSTEIN/CCFD-Terre Solidaire

Comment travaillez-vous avec les membres de la fédération ?

Une grosse partie de notre travail consiste à faire connaître les programmes développés par le gouvernement pour lutter contre la pauvreté, de manière à ce qu’elles diffusent ces informations autour d’elles. Si nécessaire, nous les accompagnons aussi dans leur démarche pour qu’elles ou leur village en bénéficient.

Les femmes enceintes, par exemple, ont droit à des suppléments alimentaires gratuits pendant leur grossesse et l’allaitement, ainsi qu’à la prise en charge de leur accouchement à l’hôpital et des frais de vaccination des enfants. Mais dans les faits, la plupart d’entre-elles ignorent ces droits.

Nous faisons aussi la promotion du « Mahatma Gandhi national rural employment guarantee act » (MGNREGA), un dispositif qui garantit à chaque villageois et villageoise, 100 jours de travail par an rémunéré 164 roupies par jour, pour effectuer des travaux d’intérêt collectif : construction de ponts, de routes, d’écoles, électrification d’un village. C’est très intéressant pour les familles comme pour la collectivité.

Quels sont les obstacles que les femmes rencontrent encore pour faire valoir leurs droits ?

Avant tout, la résistance des hommes à partager le pouvoir. Beaucoup ont du mal à accepter qu’une femme, en particulier une aborigène, dirige un Panchayats. Chez les aborigènes, les femmes sont cependant davantage respectées que dans d’autres communautés. Sans doute en raison de la simplicité de leur mode de vie. Ce n’est pas déshonorant pour un homme par exemple, de préparer le repas ou de laver les vêtements. Il n’y a pas d’infanticide parmi les aborigènes, la naissance d’une fille est toujours bien accueillie. Il n’y a pas de système de dot non plus, qui rend le mariage des filles si onéreux. Au contraire, c’est à l’homme d’apporter des cadeaux.

En revanche, les femmes aborigènes sont particulièrement affectées par le manque de facilités. Les villages sont très peu accessibles, enclavés dans la montagne. Il n’y a pas d’eau potable, la déforestation complique le ravitaillement en bois de chauffe. Les conditions de transports pour vendre leur production sur les marchés de taille importante restent dissuasives.

C’est aussi très difficile de faire venir des personnes formées dans la région. Rares sont les professeurs ou médecins disposés à vivre dans la jungle ! D’où l’importance de soutenir les filles dans leurs études. La plupart des diplômées reviennent pour exercer au sein de leur communauté. Les garçons, eux, prennent souvent goût à la ville.

Koraput est la région d’Inde la plus riche en Bauxite. L’activité minière constitue-t-elle une menace pour les aborigènes ?

Les compagnies minières mettent en avant les emplois qu’elles créent mais dans les faits, les aborigènes ne sont pas formés pour être embauchés, ce sont des personnes qui viennent d’ailleurs qui y travaillent. Tout ce que les compagnies minières veulent des aborigènes, c’est leur terre.

Sur le papier, la législation est très protectrice. Le « Forest Rights Act » permet aux personnes qui cultivent une terre depuis trois générations d’en devenir propriétaire, avec en contrepartie l’interdiction de la vendre et le devoir d’en prendre soin pour préserver la forêt. Mais en l’absence d’une société civile forte, c’est très difficile à faire appliquer.

Depuis 2010, WORD y travaille activement en incitant les villageois à réclamer leur dû. Huit des villages que nous accompagnons ont déjà obtenu la reconnaissance d’un terrain communautaire d’une surfaces allant de 1000 à 2000 acres [[de 405 à 810 hectares]], 2000 familles possèdent maintenant un titre de propriété – sur lequel le nom de la femme est inscrit en premier – pour des terres de 2 à 10 acres [[de 0,810 à 4 hectares]] et 1000 demandes sont en cours.

Quelles sont vos priorités pour les années à venir ?

L’adaptation au changement climatique est un défi majeur à relever. Quand je suis arrivée dans la région, la saison des pluies durait six mois. Aujourd’hui, en raison notamment de la déforestation massive, elle est réduite à deux mois et encore les pluies sont intermittentes. Les aborigènes vivent déjà avec si peu. Ils ne peuvent se permettre de perdre davantage.

WORD forme les villageois à des pratiques agricoles qui améliorent la production tout en respectant l’environnement. Nous collectons aussi des savoirs traditionnels aborigènes très précieux en la matière qui sont en train de se perdre. La lutte contre le chômage des jeunes et la prévention des conflits inter-religieux sont également des axes de travail auxquels il va nous falloir réfléchir.

Bénédicte Fiquet

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Inde : Les droits bafoués des villageois https://terresolidaire.devbe.fr/inde-les-droits-bafoues-des-villageois/ https://terresolidaire.devbe.fr/inde-les-droits-bafoues-des-villageois/#respond Wed, 10 Dec 2014 11:18:19 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/inde-les-droits-bafoues-des-villageois/ En 2007, l’Etat du Tamil Nadu décide l’implantation d’un parc industriel à Thervoy, où vient

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En 2007, l’Etat du Tamil Nadu décide l’implantation d’un parc industriel à Thervoy, où vient s’installer une usine Michelin. Problème, les habitants Dalits, qui géraient la forêt depuis 200 ans, n’ont pas été consultés. Face au risque de perdre leur principal moyen de subsistance, les villageois espèrent toujours être entendus


Depuis plus de 200 ans, 6 000 Dalits (Intouchables) du village de Thervoy, dans l’Etat du Tamil Nadu, en Inde, ont utilisé la forêt collective dont ils avaient la gestion exclusive pour l’élevage et la cueillette de plantes médicinales.
En outre, cette forêt constitue une zone de captation des eaux de mousson, qui par ruissèlement vers trois étangs, permettait de poursuivre les activités agricoles en période de saison sèche. Ces activités agricoles offrirent la possibilité pour les Dalit de Thervoy de pouvoir étendre leur domaine agricole et racheter des terres supplémentaires aux propriétaires terriens de caste hindoue, puis de scolariser leurs enfants.

En 2007, l’Etat décide la mise en place d’un parc industriel qui s’étend sur 450 hectares de ce site. C’est là que s’implante la plus grande usine Michelin de fabrication de pneus poids lourds. Cette installation se fait sans que toutes les mesures pour «identifier, prévenir et remédier » aux impacts négatifs du projet aient été prises.
Coupés de leur principal moyen de subsistance, sans information ni consultation préalables, les villageois de Thervoy s’organisent pour faire valoir leurs droits : grève de la faim, marches pacifiques, barrages symboliques, actions en justice…

Cette mobilisation, relayée en France, débouche sur le dépôt d’une plainte au point de contact national (PCN) français de l’OCDE, chargé de veiller au respect des principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales. Par cette démarche, les ONG françaises et indiennes veulent alerter sur la faiblesse de la consultation des populations, l’impact social et environnemental du projet, le manque de vigilance en matière de respect des droits humains, l’absence de contribution fiscale, le déficit d’information des parties prenantes, et les dérogations au droit du travail (travail de nuit des femmes, droit de grève et recours à la force afin de juguler des troubles éventuels).
Le PCN reconnait que le projet industriel dans la zone a eu des incidences fortes sur la vie des populations. Il admet aussi que l’installation de Michelin « ne lui a pas permis de prendre en compte tous les besoins des populations » et « recommande au groupe de prendre davantage en compte le droit des populations indigènes »1.

Pour autant, le projet de Michelin n’a pas été modifié en conséquence et les demandes des populations restent toujours sans réponse. Après l’intervention du PCN, la principale demande portée par les organisations de la société civile depuis plusieurs années, à savoir la réalisation d’une étude d’impact de ce projet sur les droits humains, est en cours de finalisation. Mais sa réalisation tardive et rapide, son manque de transparence, suscitent des doutes sur la sincérité et l’efficacité de cette démarche.

Si rien ne change, les villageois, sans leur forêt, risquent fort de venir grossir les couches les plus défavorisées des grandes villes et de perdre, en plus de leur terre, leur dignité, leur identité et leur culture.

Considérant que les multinationales doivent être protégées contre l’oppression des associations, des défenseurs des droits de l’Homme, des syndicats, des travailleurs et des consommateurs pour éviter toute concertation démocratique. Ecouter

En savoir plus :
Usine Michelin en Inde, la vie des populations avant le profit (Dossier)

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Un documentaire retrace la lutte des Dalit pour récupérer leurs “terres promises” https://terresolidaire.devbe.fr/un-documentaire-retrace-la-lutte-des-dalit-pour-recuperer-leurs-terres-promises/ https://terresolidaire.devbe.fr/un-documentaire-retrace-la-lutte-des-dalit-pour-recuperer-leurs-terres-promises/#respond Tue, 14 Oct 2014 20:00:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/un-documentaire-retrace-la-lutte-des-dalit-pour-recuperer-leurs-terres-promises/ Le documentaire réalisé par William Gloria retrace la lutte porteuse d’espoir des plus marginalisés de

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Le documentaire réalisé par William Gloria retrace la lutte porteuse d’espoir des plus marginalisés de la société indienne pour récupérer leurs “terres promises” dans l’Etat du Tamil Nadu


Au XIXeme siècle, l’administration coloniale britannique, créa dans l’état du Tamil Nadu les « Panchami lands », des terres destinées aux « Pariahs » de la société indienne, les Intouchables, ou comme ils se nomment eux mêmes, les Dalits. Cette mesure exceptionnelle devait leur donner la possibilité d’accéder à la terre, une étape indispensable pour sortir de l’état de misère, de dépendance et de quasi-esclavage dans lequel le système des castes les maintient depuis des siècles. Entre 1892 et 1947, près de 1,2 million d’acres (un hectare = 2,42 acres) de terres furent distribués aux Dalits, moyennant la condition que ces terres déclassées ne soient jamais transférées à d’autres castes.

Plus d’un siècle plus tard, une grande proportion de ces terres Panchamis se retrouvent pourtant entre les mains des hautes castes hindoues et plus récemment de conglomérats industriels. L’accès à la terre et son accaparement reste plus que jamais un problème majeur pour des milliers de Dalits, d’Adivasis (personnes issues des tribus), de femmes, de pêcheurs et de petits paysans confrontés à une spéculation foncière sur laquelle ils n’ont aucune prise.

Mais depuis 1994, ces communautés se mobilisent de manière croissante pour recouvrer leurs droits sur ces terres, souvent achetées pour une bouchée de pain et revendues bien plus chères. Le film retrace leur lutte opiniâtre et courageuse. Car si le droit et la justice indienne leur donnent raison, le documentaire montre que la bureaucratie et la corruption des gouvernants savent dresser des obstacles infinis pour étouffer leurs droits et leurs revendications. Leur mobilisation et sa médiatisation finiront-t-elle par faire appliquer la loi ?

Voir le documentaire :

Terres Promises

Durée : 38 :07
Production : CCFD – Terre Solidaire
Réalisateur : William GLORIA
Scénario : William GLORIA & Sylvain ROPITAL
Langue : version originale sous-titrée française

Pour en savoir plus :
Au Tamil-Nadu en Inde, les plus vulnérables unissent leurs forces

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Inde : mettre fin aux atrocités commises à l’encontre des Dalits https://terresolidaire.devbe.fr/inde-mettre-fin-aux-atrocites-commises-a-lencontre-des-dalits/ https://terresolidaire.devbe.fr/inde-mettre-fin-aux-atrocites-commises-a-lencontre-des-dalits/#respond Thu, 19 Jun 2014 11:53:15 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/inde-mettre-fin-aux-atrocites-commises-a-lencontre-des-dalits/ NCDHR et NDMJ sont deux coalitions indiennes, partenaires du CCFD-Terre Solidaire, qui travaillent pour un

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NCDHR et NDMJ sont deux coalitions indiennes, partenaires du CCFD-Terre Solidaire, qui travaillent pour un meilleur accès des Dalits aux droits civiques, économiques et sociaux. En novembre 2013, sur la base de leurs propositions, le gouvernement fédéral accepta d’amender une loi visant à éliminer les discriminations et les violences fondées sur la caste.


« Nous avons construit cette ville mais nous n’avons pas d’endroit décent pour y vivre. Et maintenant, ils veulent même nous en chasser, alors que notre occupation des lieux pendant plus de 20 ans nous donne droit à un titre de propriété » s’insurge Ram Singh, représentant du bidonville de Sanjay à New Dehli, avant de s’éclipser dans sa bicoque pour en ressortir avec le guide des Nations unies sur le relogement des personnes déplacées. L’apparition d’un tel document, hors des bureaux climatisés de la capitale peut paraître incongru à qui ignore le travail de proximité mené par NCDHR (National Campaign on Dalit Human Rights), une coalition de 498 organisations, institutions et d’activistes indiens engagée dans l’accès aux droits des Dalits, celles et ceux qu’on appelait intouchables jusqu’à ce que la Constitution indienne abolisse l’intouchabilité en 1950.

Violence et impunité

Depuis 1998, cette coalition partenaire du CCFD-Terre Solidaire milite pour l’élimination des discriminations et des violences fondées sur les castes, car si la Constitution a aboli l’intouchabilité, elle n’a pas aboli pour autant un système de caste qui cautionne l’idéologie selon laquelle certaines femmes et certains hommes auraient moins de valeur que d’autres. « Intouchables » hier, « hors castes » aujourd’hui – au même titre que les Adivasis, populations indigènes de l’Inde – les Dalits expérimentent quotidiennement le déni de leurs droits dans un contexte d’une extrême violence : passages à tabac, viols, meurtres, maisons incendiée etc. Et selon NCDHR, les violations de leurs droits civiques, économiques et sociaux ne cessent d’augmenter, à raison de 2,9 % de cas supplémentaires par an.

Principale raison de cette augmentation, l’impunité, fruit des multiples obstacles rencontrés par les Dalits à chaque étape de la procédure judiciaire. Parmi ces obstacles : le refus des autorités d’enregistrer leur plainte, l’intimidation de la victime et des témoins, le défaut d’investigation, le défaut d’arrestation du coupable, l’absence d’information de la victime quand au suivi de la procédure, et parfois même… l’interdiction faite à la victime d’entrer dans la Cour de justice du fait de son statut de « hors caste ». Résultat : avec des taux variant de 0,5 % à 8% selon les Etats de l’Inde, une part infime des violations des droits des Dalits aboutit à des condamnations.


Un plaidoyer réussi

Présente dans 17 des 28 Etats indiens, NCDHR documente les cas, diffuse les jurisprudences, forme des leaders locaux à la défense des droits humains, accompagne les victimes dans leurs démarches judiciaires… En 2009, elle créée le NDMJ (National Dalit Movement for Justice), un mouvement qui impulse et coordonne une mobilisation nationale pour le renforcement de la Loi contre les Atrocités (PoA act /Scheduled Caste and Schedule Tribe, Prevention of Atrocities Act), une loi adoptée en 1989, précisément pour prévenir et éliminer les « atrocités » commises à l’encontre des Dalits et des Adivasis, mais qui s’avère insatisfaisante eut égard à son maigre bilan. Le NDMJ travaille alors à la conception d’amendements qui prennent mieux en compte la réalité des violations des droits, car de nombreuses formes de discriminations et de violences systémiques ne sont pas couvertes par la loi en question.

C’est le cas par exemple des traitements humiliants qui consistent à tondre la tête des hommes ou à dévêtir de force les femmes en public, de l’interdiction d’utiliser les systèmes d’irrigations communautaires, de l’accaparement des terres ou des récoltes, du refus de scolariser les enfants, du rejet de candidature à une élection etc. NDMJ fait également des propositions pour améliorer l’application de la loi, demandant qu’elle intègre la protection des victimes et des témoins, garantisse des délais décents pour le traitement des plaintes et pénalise les « négligences délibérées » des représentants de l’Etat à chaque étape de la procédure : dépôt de la plainte, enquête, procès.

En 2012, le mouvement parvient à mobiliser 24 000 Dalits et Adivasis venus à New Dehli des quatre coins de l’Inde pour exiger la révision PoA act. L’événement marque les esprits. « Nous ne demandions pas des droits pour les Dalits, mais l’application pour toutes et tous des droits garantis par la Constitution. Notre stratégie qui consiste à sortir d’une posture victimaire et à faire comprendre que nous n’agissons pas pour des intérêts communautaires commence à payer. Défendre les Dalits et les Adivasis dont les droits sont violés, c’est défendre la démocratie » affirmait Mehul Dabhi, coordinateur national du programme quelques mois avant que le projet de loi modifiant le PoA act ne soit présenté au gouvernement. L’histoire lui donnera raison, puisque le 13 novembre 2013, la loi est amendée sur la base des propositions émanant de la coalition nationale coordonnée par NDMJ. Seul aspect des amendements rejeté : l’intégration des Dalits chrétiens et musulmans dans le cadre de la loi au motif que les religions chrétienne et musulmane ne reconnaissent pas le système de castes.

Or la caste ne se dissout pas dans la religion. Le combat n’est donc pas terminé, d’autant que celui pour l’application du PoA act, dans ces nouveaux termes, ne fait que commencer…

Bénédicte Fiquet

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Au Tamil-Nadu en Inde, les plus vulnérables unissent leurs forces https://terresolidaire.devbe.fr/au-tamil-nadu-en-inde-les-plus-vulnerables-unissent-leurs-forces/ https://terresolidaire.devbe.fr/au-tamil-nadu-en-inde-les-plus-vulnerables-unissent-leurs-forces/#respond Fri, 13 Jun 2014 09:58:14 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/au-tamil-nadu-en-inde-les-plus-vulnerables-unissent-leurs-forces/ Dans l’état du Tamil-Nadu en Inde, nombreux étaient les mouvements et ONG luttant pour plus

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Dans l’état du Tamil-Nadu en Inde, nombreux étaient les mouvements et ONG luttant pour plus de justice sociale, mais séparément : paysans ou occupants des bidonvilles, dalits ou organisation de femmes, pêcheurs… Depuis quelques années, ils se réunissent au sein de la fédération TNLRF pour s’imposer auprès des autorités et défendre leur accès à la terre et aux ressources naturelles. Une union nécessaire face à une politique économique ultra libérale destructrice pour l’environnement et les communautés humaines qui en vivent.


Des ressources naturelles accaparées
En Inde, l’adoption de la loi dite “Zones Economiques Spéciales” en 2005 a donné le pouvoir aux gouvernants d’acquérir les terres des fermiers sur enjeu d’intérêt général. Les terres sont transférées aux agences d’Etat chargées de favoriser l’attraction des investisseurs tandis que leurs habitants migrent vers les zones paupérisées des grandes métropoles. Alors que le pays dispose de nombreuses friches industrielles, des dizaines de milliers d’hectares de terres fertiles ont été expropriées aux fermiers en l’espace de 5 ans pour être reconfigurées en plus de 500 zones économiques spéciales. L’Etat du Tamil Nadu, au Sud-Est de l’Inde, en recense un nombre particulièrement grand. Cela se traduit par de nombreuses expropriations de terres fertiles ou de ressources naturelles comme les forêts ou des zones côtières qui étaient auparavant gérées de manière communautaire par les autorités villageoises.

Des communautés mobilisées, mais cloisonnées
Le Tamil Nadu est un Etat qui a vu naître de nombreux mouvements de résistances depuis trente ans. Les communautés locales sont loin d’être passives face aux violations de leurs droits humains. Les organisations Dalit (intouchables), Adivavsi (tribus indigènes), de pêcheurs, de petits paysans, d’occupants des bidonvilles et de femmes sont structurées et savent se mobiliser. Mais leurs actions, souvent cloisonnées les unes des autres, souffraient d’un manque d’impact.

Le foncier comme enjeu de convergence
Après avoir mené une série de consultations entre elles, cinq organisations du Tamil Nadu, (AREDS, IRDS, SNEHA, PEEDS, HRDF) ont identifié la question du foncier comme un enjeu de convergence entre leurs luttes. Toutes les composantes les plus vulnérables de la société indienne, autant en ville qu’à la campagne, sont en effet confrontées à une exclusion croissante de l’accès au foncier, soumis à une forte spéculation. Pour mutualiser leurs efforts autour de cette thématique, les six organisations ont créées en septembre 2010, à Trichy, la Fédération du Tamil Nadu de défense et de protection des droits fonciers (TLNRF).
La TNLRF se compose maintenant de mouvements sociaux, d’ONG, de scientifiques, de personnalités de la société civile engagées dans une perspective inter-communautaires et inter-castes. Autant en zone rurale qu’en zone urbaine, le réseau vise à protéger les intérêts et droits des populations fragilisées par des opérations économiques qui mettent en danger leurs modes de vies et leurs moyens de subsistance.

Mobiliser sur des enjeux locaux
En tout, 16 comités de districts se sont formés pour renforcer les coordinations locales entre communautés affectées et apporter leur soutien aux villages entrés en résistance.  Dans les districts de Nagappatinam et de Kanchipuram, ils se mobilisent face au déploiement d’une série de centrales thermiques sur le littoral ; dans les districts de Villupuram, Cuddalore et Pondichéry, c’est l’extension de ports commerciaux induisant le déplacement des communautés côtières qui est remis en cause; A Thervoy (district de Tiruvallur), ils se mobilisent contre la destruction de la forêt de Thervoy, à la place de laquelle doit s’implanter une importante usine Michelin. Cette mobilisation est particulièrement relayée en France par le CCFD-Terre Solidaire et fait l’objet d’une campagne spécifique concernant la Responsabilité sociale de l’entreprise.

Se former à la défense de leurs droits
L’enjeu pour TRNLRF est de former des porte-paroles capables de défendre les droits et les ressources de leurs communautés, dans un contexte de développement économique très agressif à leur égard.
Plus de 500 leaders communautaires du Tamil Nadu (indépendamment des staffs et membres des ONG et de leurs syndicats liés) ont déjà été formés à l’économie politique du foncier et du développement local, aux lois et jugements sur le foncier, au rôle des instances de gouvernance locale, aux expériences tirées de mouvements sociaux issus d’autres Etats indiens… Une conférence a même pu être organisée avec le soutien des autorités de l’état à destination de 1000 femmes-leaders engagées sur des lieux de tensions foncière.
L’objectif du TNLRF est de porter ses mobilisations locales auprès des autorités pour influer sur les décisions et promouvoir un autre modèle de développement économique.

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Mobilisation paysanne dans le Sud-Est de l’Inde https://terresolidaire.devbe.fr/mobilisation-paysanne-dans-le-sud-est-de-linde/ https://terresolidaire.devbe.fr/mobilisation-paysanne-dans-le-sud-est-de-linde/#respond Fri, 23 May 2014 10:10:23 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/mobilisation-paysanne-dans-le-sud-est-de-linde/ A la fin du XIXème siècle, les Britanniques avaient distribués des terres censées être inaliénables

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A la fin du XIXème siècle, les Britanniques avaient distribués des terres censées être inaliénables à ceux qu’on appelait alors les Intouchables. Plus d’un siècle après, l’association PEEDS lutte contre l’accaparement de ces terres.


La tension monte sur la route qui relie Madurai à Theni, deux villes de l’Etat du Tamil Nadu, dans le Sud-Est de l’Inde. Nous sommes le 12 juillet 2013. Une marche rassemblant des paysannes et paysans spoliés de leurs terres pour faire pression sur les autorités a été lancée par PEEDS (People’s Education and Economic Developpement Society), une association partenaire du CCFD-Terre Solidaire. La veille dans la nuit, la police a bloqué les villages, confisquant bœufs et charrues, intimidant les membres de PEEDS avec des menaces de prison.
Une centaine de personnes ont néanmoins réussi à se rassembler devant le lieu de ralliement prévu, à savoir le bureau du « District Collector », le fonctionnaire en charge de la gestion du cadastre. Devant les caméras de Sun TV, le directeur de PEEDS et avocat à la Haute Cour de Madurai, T. Baskaran, ne mâche pas ses mots et accuse publiquement le frère du ministre des finances du Tamil Nadu d’avoir accaparé illégalement de nombreuses terres. Le « District Collector » s’engage à les redistribuer rapidement. Quelques semaines plus tard, il est muté dans un autre district.
Le 5 février 2014, ce sont cette fois près de 500 membres de PEEDS qui s’unissent dans une marche pour exiger la redistribution des terres. Les autorités font de nouvelles promesses. L’affaire suit son cours…

Des terres supposées inaliénables

Devant l’ampleur du phénomène d’accaparement des terres au Tamil Nadu, que ce soit par de gros propriétaires, des investisseurs ou des multinationales, PEEDS et quatre autres partenaires du CCFD-Terre Solidaire (IRDS, AREDS, SHEHA et HRDF) ont créé en 2011 une fédération : La Tamil Nadu Land Rights Fédération (TNLRF). Cette fédération réunit des ONG et des mouvements investis dans la défense du foncier et des ressources naturelles. Nouant des alliances inédites, des ONG Dalits (anciennement dits «  intouchables ») et Adivasis (aborigènes), des mouvements de femmes et des organisations de pêcheurs, de paysans et d’habitants des bidonvilles s’apportent ainsi un soutien réciproque, de manière à articuler leurs luttes du niveau local au niveau de l’Etat. Un enjeu fort pour le Tamil Nadu où 60% de personnes vivant de l’agriculture sont des paysans et des paysannes sans terre.
Une partie du travail de PEEDS consiste à organiser les Dalits d’une quarantaine de villages pour récupérer ce qu’on appelle les Panchami Land. Traditionnellement, les Dalits n’étaient autorisés à posséder ni terres ni moyens de production, tout en constituant l’essentiel de la main d’œuvre agricole mise en esclavage par les caste dominantes. Les Britanniques ont d’abord contribué à renforcer le système mais à la fin du 19ème siècle, ils leur distribuèrent des terres censées être «  inaliénables ». Bien qu’une loi de 1978 consacre l’interdiction de vendre ces terres en dehors des communautés dalits, les Panchami Land, ont été dans leur quasi-totalité négociées à vil prix ou directement usurpées par des Indiens de castes dominantes. Dans les seuls districts de Theni et Madurai, PEEDS a ainsi identifié près de 1000 ha à récupérer.

De la violence des protagonistes à l’inertie complice des pouvoirs publics

Une des priorités de PEEDS est d’amener les Dalits à surmonter leur peur à déposer plainte, et le cas échéant d’assurer leur protection, sachant que la plupart des terres ont été spoliées par des Indiens Thevars, une caste réputée pour son extrême violence et politiquement très puissante dans la région. Pour ce faire, l’association forme un réseau de militants et militantes de base à la culture des droits de l’Homme et assure une permanence téléphonique pour les victimes d’atrocités. Depuis près d’un an, PEEDS œuvre également à un rapprochement audacieux avec une sous-caste plutôt pauvre des Thevars, les Kallars, car ces derniers, qui fournissent beaucoup d’hommes de main aux usurpateurs, ont été eux-mêmes spoliés de certaines de leur terre. Aujourd’hui, sur les deux districts de Theni et Madurai, les Kallars constituent 20% des membres de PEEDS. Leur participation au mouvement de récupération des terres contribue ainsi à conjurer une partie des violences, tout en inscrivant résolument la lutte sur le terrain du droit plutôt que sur celui de la défense des seuls Dalits.
Autre défi à relever par l’association : ébranler l’inertie complice de l’administration qui fait traîner l’examen des requêtes, classe les dossiers sans suite ou mute les fonctionnaires enclins à faire respecter les droits des personnes dépossédées. « Un contentieux par village » c’est l’objectif que s’est fixée PEEDS pour maintenir un certain niveau d’émulation à la base et faire monter le rapport de force en puissance. Avec au programme : le soutien juridique des plaignants et l’occupation pacifique des terres. « Nous avons fini de miser sur les seules procédures juridiques, explique T. Baskaran. L’équation est simple : selon le cadastre, ces terres leur appartiennent, les labourer est leur droit le plus absolu ».

Bénédicte Fiquet

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Inde : Dalits chrétiens, les paradoxes d’une triple exclusion https://terresolidaire.devbe.fr/inde-dalits-chretiens-les-paradoxes-dune-triple-exclusion/ https://terresolidaire.devbe.fr/inde-dalits-chretiens-les-paradoxes-dune-triple-exclusion/#respond Mon, 12 May 2014 17:17:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/inde-dalits-chretiens-les-paradoxes-dune-triple-exclusion/ Vulnérabilité face à la montée du fondamentalisme hindou, cynisme des autorités : les Dalits chrétiens

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Vulnérabilité face à la montée du fondamentalisme hindou, cynisme des autorités : les Dalits chrétiens font l’objet de discriminations et de violences tous azimuts. Pour celles et ceux que l’on nommait les « Intouchables » – jusqu’à ce que la Constitution abolisse l’intouchabilité en 1950 –, le christianisme n’a pas suscité l’émancipation attendue.


État d’Orissa, district de Kandhamal, 24 août 2008. Prenant prétexte de l’assassinat d’un des siens – pourtant revendiqué par les Maoïstes[[Les Maoïstes (ou Naxalites) mènent une guérilla dans des zones caractérisées par une grande pauvreté, une concentration de matières premières et un relief de jungle.]] –, le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une organisation de fondamentalistes radicaux hindous, lance un pogrom [émeute] contre les chrétiens de cette région très pauvre : essentiellement des Dalits et des Adivasis (aborigènes). 600 villages sont dévastés, des centaines de femmes violées et près de 100 personnes assassinées. Six mois de carnage sans que les autorités n’interviennent.

Comment ce déferlement de violence a-t-il été possible ? « Les violences contre les chrétiens se perpétuent depuis les années 1970 en toute impunité, tranche le père Ajaya Singh[[En juillet 2013, la Commission nationale pour les minorités a décerné le prix des Minorités au père Ajaya Singh pour son engagement pour la liberté de religion et pour sa dénonciation de l’idéologie haineuse des fondamentalistes hindous.]], directeur du Forum pour l’action sociale de l’Orissa (Orosa), une organisation partenaire du CCFD-Terre Solidaire. À Kandhamal, la complicité de l’État et la passivité du gouvernement central sont incontestables. »

Cinq ans après, coupées de la terre et de leurs moyens de subsistance, 1 200 famil les s’entassent encore dans les bidonvilles de Bhubaneswar, la capitale de l’État de l’Orissa. Les victimes continuent de recevoir des mena ces de mort ou de conversion forcée à l’hindouisme. Plaintes non enregistrées, affaires classées sans suite, intimidation des témoins : le recours à la justice demeure illusoire. Comme le prouve le jugement rendu le 1er octobre par le tribunal de Phulbani condamnant huit personnes, dont sept chrétiens à la prison à vie pour l’assassinat du leader hindou. « Ce procès est une parodie de justice, s’indigne Sajan George, président du Global Council of Indian Christians, où les victimes sont accusées, les témoins menacés et les coupables libérés. »

Interpellation de la communauté internationale

En riposte à l’indignité des autorités, une plate-forme de 75 organisations de la société civile (National Solidarity Forum) a organisé, en août 2010, un Tribunal national du peuple de Kandhamal. Objectifs : donner la parole aux victimes, évaluer le rôle des autorités dans le pogrom, proposer un mode de réparation et faire pression sur le gouvernement, afi n qu’il restaure la justice. Restait à impliquer la communauté internationale. Porte-parole du forum, six ONG (dont Orosa et NCDHR, autre partenaire du CCFD-Terre Solidaire) ont soumis un rapport sur la liberté de religion dans le cadre de l’examen de la situation des droits de l’homme de l’Inde par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève.

Le rapport démonte l’idée, propagée par les fondamentalistes hindous et devenue aujourd’hui un lieu commun, selon laquelle les chrétiens convertiraient par la force. De nombreuses violences – meurtres de prêtes, attaques d’église… – en particulier contre les Dalits et Adivasis des régions reculées, sont perpétrées sous ce motif.

Sous couvert d’éradiquer les conversions prétendument forcées, sept États, dont l’Orissa, ont érigé des lois qui soumettent les conversions à un contrôle des autorités. Ces entraves à la liberté de conscience ont été dénoncées par la Commission nationale des minorités. En vain… Suite à l’examen par l’Onu des droits de l’homme en Inde, quinze pays ont formulé des recommandations et le gouvernement central s’est engagé à garantir la liberté de religion. Mais pour beaucoup de militants, les violences faites aux chrétiens ne sont pas réductibles à des affrontements intercommunautaires. La politique de la haine entretenue par l’extrême droite hindoue, en tuant dans l’oeuf toute velléité d’union entre les plus pauvres, assure le maintien des privilèges des élites et l’accaparement accéléré des ressources.

Quel message évangélique ?

Dans ce contexte, la position de l’Église indienne interroge. « L’Église a condamné le pogrom de Kandhamal, mais ce n’est pas suivi d’actes, grince le père Ajaya Singh. Il est temps qu’elle collabore avec les réseaux des droits de l’homme, demande des comptes aux institutions et… s’interroge sur son propre fonctionnement. » Depuis quelques années, le silence qui entoure la reproduction du système de castes au sein de l’Église indienne se fissure. Des voix s’élèvent pour dénoncer les lieux de culte et les cimetières spécifiques, l’interdiction pour les Dalits de conduire une procession… Les Dalits représentent 65 % des 27,8 millions de chrétiens[[ Les chrétiens constituent 2,3 % de la population indienne.]], mais seulement 5 % du clergé et 7,8 % des étudiants dans les 271 universités de l’Église.

« En Inde, on peut changer de religion, mais la caste, c’est une seconde peau », résume L. Yesumarian, un avocat jésuite du Tamil Nadu. À travers le Centre pour les droits humains des Dalits (DHRC), une organisation partenaire du CCFDTerre CCFDTerre Solidaire, il porte devant les tribunaux les cas de discriminations observées au sein des commu nautés chrétiennes. À l’occasion de la venue d’évêques indiens à Rome en 2003, le pape Jean-Paul II avait demandé de porter une attention spéciale aux Dalits, rappelant que les préjudices fondés sur la caste font obstacle à la mission évangélisatrice de l’Église. Près de dix ans après, la situation a peu évolué. Cet été, des membres du clergé indien et des laïcs chrétiens ont adressé un courrier au pape François, présentant un programme pour favoriser l’émancipation des Dalits et impulser le partage de la gouvernance au sein de l’Église. « Il faut cesser de se focaliser sur l’amélioration des conditions de vie des Dalits. L’obstacle majeur à leur développement, c’est leur exclusion des espaces de décision », explicite le père Ajaya Singh.

Le rôle de l’Église est d’autant plus crucial que le fait d’appartenir à une religion qui bannit les castes, exclut les Dalits chrétiens des mesures de discrimination positive dont bénéficient les Dalits hindous, sikhs et bouddhistes, via le statut de scheduled castes (castes répertoriées) : sièges réservés pour la représentation politique, quotas dans l’éducation et les emplois publics.

En dépit d’une réalité partagée – 36 à 40 % des Dalits toutes religions confondues vivraient en dessous du seuil de pauvreté [[Étude du NCDC (National Council of Dalit Christians) de 2010]] – les Dalits chrétiens et musulmans ne parviennent pas à faire entendre leurs revendications.

Chrétiens et musulmans multiplient les protestations

Pourtant, depuis les années 1970, rapports et commissions mandatés par le gouvernement central recommandent de découpler l’appartenance religieuse de l’accès aux mesures de discrimination positive. Unis dans un même plaidoyer, chrétiens et musulmans multiplient les actions de protestation – rassemblement devant le Parlement, saisie de la Cour suprême, grèves de la faim…

Trois États : le Bihar en 2000, l’Uttar Pradesh en 2006 et l’Andhra Pradesh en 2009, ont déjà adopté des résolutions visant l’égalité de traitement de tous les Dalits, mais le gouvernement central continue d’opter pour le statu quo. Un comble pour l’Inde, censée être le plus grand pays laïc du monde…

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Inde : Le coût du développement, l’exemple du Tamil Nadu https://terresolidaire.devbe.fr/inde-le-cout-du-developpement-lexemple-du-tamil-nadu/ https://terresolidaire.devbe.fr/inde-le-cout-du-developpement-lexemple-du-tamil-nadu/#respond Mon, 12 May 2014 12:53:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/inde-le-cout-du-developpement-lexemple-du-tamil-nadu/ Classé dans le pool des États les plus puissants économiquement du pays, le Tamil Nadu

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Classé dans le pool des États les plus puissants économiquement du pays, le Tamil Nadu est un laboratoire du développement à l’indienne : accaparement des terres et des ressources naturelles, exclusion des populations les plus vulnérables. Et aussi, organisation croissante des mouvements de résistance.


Chennai[[Anciennement Madras.]] est la capitale du Tamil Nadu. Comme dans toutes les métropoles indiennes, des bidonvilles entiers sont rasés pour faire place nette à des rocades, des résidences de luxe, des centres commerciaux… Leurs habitants – qui ont souvent contribué à entretenir ou à construire la ville, parfois depuis plusieurs générations – sont rejetés en grande périphérie, sans commodités de base et au mépris de leur réseau d’accès à l’emploi et de la scolarisation de leurs enfants.

Cette relégation des plus pauvres n’est pas l’apanage du monde urbain. Le territoire entier est en mutation. Des milliers d’hectares, dont des terres cultivables protégées, se couvrent d’industries et d’infrastructures, ou sont acquis dans une perspective de spéculation foncière. L’État, qui affiche son ambition de faire du Tamil Nadu un centre mondial de production automobile et de technologie de l’information, joue à fond la carte des Zones économiques spéciales (Zes), enclaves où les investisseurs conjuguent exemption de taxes, fiscalité réduite et aides directes à l’installation. Hyundai Motors, Renault, Nissan sont déjà là. Dans ces Zes, la loi autorise aussi la construction de logements, de multiplexes, de clubs, d’écoles…

Aide à l’installation ? Oui, mais pas pour les petites gens. La route qui relie Karur à Trichy, deux villes moyennes, en est une preuve amère : sur les bas-côtés, on observe un alignement continu de maisons, aux murs tranchés, partiellement démolies pour élargir la chaussée. Quatre ans après le passage des bulldozers, les habitants enjambent toujours les gravats, faute d’un dédommagement suffisant pour reconstruire ailleurs… Dans la loi sur l’acquisition des terres que le gouvernement du Tamil Nadu s’est taillée sur mesure en 1997, la notion de compensation n’est pas abordée [[Tamil Nadu Acquisition of Land for Industrial Purposes Act. Cependant, le gouvernement central est en voie d’obtenir le passage d’une loi dite « Right to Fair
Compensation and Transparency in Land Acquisition, Rehabilitation and Resettlement Bill, 2013 » qui prévoit des compensations.]] et le concept d’intérêt public n’est pas défini. Pourtant, c’est en son nom que les deux agences parapubliques de l’État, la Sipcot et la Tidco, peuvent acquérir tout type de terres en six mois et les céder à des investisseurs (en Zes ou ailleurs).

Et les populations paysannes ?

L’accaparement des terres pose aussi la question de la souveraineté alimentaire. « Le paradoxe, c’est que même le département de l’agriculture de l’État s’en inquiète », souligne Madhumitta Dutta, journaliste et militante au sein du mouvement Anti-Zes. Sans compter la survie de 56 % de la population du Tamil Nadu pour qui l’agriculture constitue le moyen de subsistance ; 60 % d’entre eux étant des paysans sans terre. La stratégie des investisseurs consiste souvent à acheter les parcelles une à une aux fermiers propriétaires, pour les trois quarts surendettés.

« En l’absence d’une politique en faveur de l’agriculture paysanne, le gouvernement a créé une situation où nombre de paysans considèrent la vente de leur bien comme une opportunité », explique L.A. Samy directeur d’Areds[[ Areds : Association of Rural Education and Development Service.]], une association partenaire du CCFD-Terre Solidaire. Quant à la mainmise sur les terres communautaires – pâturages, forêts, littoraux, etc. –, elle s’opère souvent en soudoyant les leaders locaux ou en jouant des dissensions locales, chose aisée dans une société fondée sur le système de castes et la fragmentation des communautés.

Pour les Dalits (nommés Intouchables jusqu’en 1950) qui forment la majeure partie des paysans sans terre, ce phénomène de spoliation n’est pas nouveau. C’est ainsi que les castes dominantes les ont dépossédés de l’essentiel des terres que les Britanniques leur avaient cédées. La restitution de ces terres appelées « Panchami Land » estimées à 100 000 ha dans le Tamil Nadu, reste d’ailleurs un enjeu fort pour affranchir les Dalits de leur dépendance vis-à-vis des propriétaires terriens et améliorer leurs conditions de vie.

Des désastres écologiques

Dans ce contexte, la nature aussi est plus que malmenée. Les pollutions liées à l’urbanisation et à l’industrialisation menacent l’ensemble des écosystèmes. Au Tamil Nadu, sur les 69 Zes autorisées par l’État (qui en prévoit 146), seules 14 ont reçu un agrément environnemental. Les menaces sont particulièrement sévères sur le littoral où près de 700 000 personnes vivent d’activités liées à la pêche. La législation protégeant les zones côtières n’a cessé de s’appauvrir depuis 1991, réduisant à peau de chagrin le contrôle du législateur sur les installations industrielles. Le long de la seule côte du district de Nagapattinam qui s’étire sur 187 kilomètres, il est prévu de construire onze centrales thermiques, la plupart sur des sites écosensibles. Salinisation des terres agricoles, raréfaction des poissons en raison du réchauffement de l’eau de la mer, destruction des mangroves et des récifs coralliens, maladies respiratoires, cancers, etc. : la liste est longue des désastres annoncés.

Pour l’une des centrales, un mur de 8 km de long a déjà été construit. « Ces mêmes populations, que les autorités – usant du principe de précaution – ont tenté de chasser de la côte après le tsunami [en 2004, ndlr], tandis que les complexes touristiques y poussaient comme des champignons, sont aujourd’hui coincées entre ce mur et la mer. Un nouveau tsunami et ce sont trois villages, soit 5 000 personnes qui se retrouvent sans échappatoire ! » dénonce Jesu Rethinam, directrice de Sneha [[Sneha : Social Need Education and Human Awareness]], une organisation partenaire du CCFD-Terre Solidaire qui coordonne un réseau de défense du littoral.

Des centaines de cas illustrent ce déni du droit des populations à préserver leurs ressources et à choisir leur mode de vie. Parmi eux, celui des villageois de Thervoy, à 95 % dalits, qui en 2009 ont appris par voie de presse que la Sipcot avait acquis les 406 hectares de forêt collective dont ils tiraient leurs moyens de subsistance, depuis deux cents ans. Bénéficiaire : Michelin. Quatre ans plus tard, en dépit de l’opposition répétée des villageois, la forêt a été rasée, une des trois usines prévues est sortie de terre, un des trois lacs naturels qui alimentent en eau les 1 500 familles des 24 villages environnants est déjà asséché…

« Pour nous activistes en quête de modèles alternatifs, Thervoy était un modèle d’harmonie avec la nature, un système économique en soi, confie le chercheur N. Sundara Babu. La rapidité avec laquelle tout a basculé, ce mépris pour la culture d’autrui sont d’une violence inouïe. Pourquoi Michelin n’implante-t-il pas son usine dans une zone non sensible ? »

Pour faire passer la pilule, à Thervoy comme ailleurs, la rhétorique de la création d’emplois bat son plein. « Quels emplois ? Des emplois précaires de gardiens, de jardiniers ou de femmes de ménage, pour les plus chanceux ? interroge Jesu Rethinam. Les diplômés, eux, sont contraints de migrer. Les entreprises embauchent dans les États voisins, car en brisant le lien social, elles facilitent la flexibilité de la main-d’œuvre. » Devant l’ampleur du phénomène d’accaparement, des ONG et des mouvements investis dans la défense du foncier et des ressources naturelles se sont unis en 2011 dans une fédération – la Tamil Nadu Land Rights Federation/TNLRF.

Dépasser les crispations identitaires

Créant des alliances inédites, TNLRF intègre des ONG dalits et adivasis (aborigènes), des organisations de pêcheurs, de paysans, des mouvements de femmes et d’habitants des bidonvilles, mais aussi des chercheurs, des journalistes, des avocats…

Manifestations, occupations pacifiques des terres, interpellation des médias : les mouvements de protestation soutenus par TNLRF gagnent en visibilité, grâce aux femmes notamment, très impliquées, bien qu’encore trop écartées du leadership.

Mais la répression peut être brutale : violences physiques, arrestations, détentions sous de fausses allégations… Et les menaces pèsent aussi sur les structures. Deux diocèses du Tamil Nadu, engagés avec les populations contre la construction d’une centrale nucléaire, se sont vu retirer le certificat les habilitant à recevoir des fonds étrangers, au motif qu’ils les employaient contre l’intérêt général. Le coup est rude dans un contexte où les bailleurs étrangers tendent à se retirer des pays émergents.

Plaidoyer national et international

D’où le parti pris des membres de TNLRF de renforcer les leaders locaux, tout en multipliant les actions de plaidoyer. Ainsi, IRDS participe à un plaidoyer national en faveur d’une réforme agraire régulant la privatisation des terres agricoles et Sneha travaille à des amendements de la loi du Tamil Nadu sur la protection des côtes…

Les organisations systématisent aussi les procédures judiciaires, en faisant réaliser des études d’impact social et environnemental de plus en plus pointues. Ce qui, à Nagapattinam, par exemple, contribue à bloquer la construction des centrales thermiques.

Et depuis 2012, les alliances se sont inter internationalisées. Associés à la CGT, à l’association Sherpa et au CCFD-Terre Solidaire, TNLRF et l’association Sangam qui représente les villageois de Thervoy, ont saisi le Point de contact national français de l’OCDE sur les manquements de l’entreprise Michelin au respect des droits humains (voir page 2). « L’opposition Nord-Sud ne fait plus sens aujourd’hui, commente L.A. Samy, à l’annonce faite par Michelin en juin dernier de supprimer 700 emplois en France. Ce sont les mêmes mécanismes qui créent de la pauvreté, au Nord comme au Sud. »

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Inde, Renforcer le pouvoir des Panchayats https://terresolidaire.devbe.fr/inde-renforcer-le-pouvoir-des-panchayats/ https://terresolidaire.devbe.fr/inde-renforcer-le-pouvoir-des-panchayats/#respond Fri, 28 Mar 2014 14:32:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/inde-renforcer-le-pouvoir-des-panchayats/ Dans un pays où les rapports de force sont imposés par les castes dominantes et

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Dans un pays où les rapports de force sont imposés par les castes dominantes et dans un contexte très patriarcal où les femmes peinent à faire leur place, HRDF[[Human Resource Development Foundation]] et d’autres partenaires du CCFD-Terre Solidaire, dont Areds[[Association of Rural Education and Development Service]] et IRDS[[Integrated Rural Development Society.]] s’emploient à former les élus, avec un soutien particulier aux femmes et aux Dalits.


Le transfert, en 1994, de la mise en œuvre de nombreuses politiques économiques et sociales aux conseils municipaux, dits grama panchayat, n’a pas généré les progrès annoncés. Il y a donc urgence à renforcer, en les professionnalisant, ces instances de gouvernance villageoise. Les principes du fonctionnement des panchayat – qui peuvent représenter un à quatre villages – apparaissent comme un modèle de démocratie participative. Leurs membres sont élus par les villageois, 25 % des sièges sont réservés aux Dalits et 33 % aux femmes. Deux fois par an, le panchayat convoque le grama sabha, une assemblée villageoise qui peut prendre des résolutions aussi décisives que distribuer des terres communales aux familles les plus pauvres, ou s’opposer à leur achat par une entreprise.

Mainmise des élites sur les biens communs

Mais sur le terrain, les États indiens ne se donnent pas les moyens de leur ambition. « La plupart des élus locaux ignorent leurs droits et devoirs et un bon nombre sont illettrés. Le fait que les autorités ne dispensent aucune formation sérieuse favorise la mainmise des élites locales sur les biens communs », souligne N. Dalayan, directeur de HRDF, une organisation partenaire du CCFD-Terre Solidaire. D’autre part, les rapports de force imposés par les castes dominantes bloquent la participation des élus des communautés les plus marginalisées. Cela va de la résistance d’un trésorier qui ne signera pas les chèques du président du panchayat dalit, aux représailles les plus violentes : meurtre, enlèvement des enfants…

Dans le contexte ultra patriarcal des campagnes indiennes, les femmes peinent à faire leur place. « Or, les hommes ne pensent pas à activer les programmes qui nous profitent directement, comme l’attribution de bourses aux écolières par exemple », s’insurge L. Mahendsan, présidente d’un panchayat. Sans marge de manœuvre réelle, ces élus restent impuissants à exercer la totalité des pouvoirs qui leur ont été délégués : collecte de l’impôt, électrification et approvisionnement du village en eau potable, gestion des ressources forestières, des écoles élémentaires…

Créer des alliances est stratégique

Dans ce contexte, HRDF et d’autres partenaires du CCFD-Terre Solidaire, dont Areds et IRDS s’emploient à former les élus, avec un soutien particulier aux femmes et aux Dalits. « Contester les autorités ou le propriétaire qui construit illégalement sur des terres agricoles par exemple, n’est pas sans risque. On se retrouve vite victime de fausses allégations et placé en détention. Pour agir sur des problématiques aussi sensibles, nous devons être irréprochables. Les formations d’Areds nous renforcent vis-à-vis des institutions », témoigne P. Mahamuni, président d’un panchayat dans le district de Karur.

Créer des alliances est aussi hautement stratégique. Très engagé contre l’accaparement d’un lac de sa commune par une entreprise d’extraction de sel, V. Manamas était sur le point d’en faire les frais. La mobilisation de la Fédération des présidents dalits des districts du nord du Tamil Nadu, coordonnée par HRDF, lui a sauvé la mise…

■ Bénédicte Fiquet

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Inde : Une croissance sans développement https://terresolidaire.devbe.fr/inde-une-croissance-sans-developpement/ https://terresolidaire.devbe.fr/inde-une-croissance-sans-developpement/#respond Tue, 12 Nov 2013 11:37:00 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/inde-une-croissance-sans-developpement/ Pays dit « émergent », vingt ans après le tournant néolibéral de 1991, l’Inde, dixième

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Pays dit « émergent », vingt ans après le tournant néolibéral de 1991, l’Inde, dixième puissance économique mondiale, reste caractérisée par une pauvreté de masse qui interroge. Défaillance de l’État, corruption endémique, culture de castes et valeurs patriarcales constituent un début de réponse…


En annonçant, le 19 juillet, que son pays enregistrait une croissance de seulement 5 % pour 2012-2013, le Premier ministre indien, Manmohan Singh s’est empressé de rassurer les investisseurs étrangers. Promis : il leur ouvrira encore davantage son économie. Mais chroniqueurs et économistes s’interrogent. Est-ce la fi n du miracle indien ? Reste à définir le miracle en question. Alors que le taux de croissance annuel caracolait à 8,2 % en moyenne sur la période 2007-2011, la pauvreté, elle, ne déclinait que de 0,8 %.

Non seulement, le recul de la pauvreté en germe dans les années 1980 ne s’est pas accéléré avec le tournant libéral des années 1990, mais les inégalités ne cessent de se creuser. Alors qu’un tiers de la population dispose de moins d’1,25 dollar par jour, la part de la richesse nationale détenue par les milliardaires indiens est passée entre 1996 et 2008 de 0,8 à 23 % du Produit national brut (PNB). Près de 650 millions de personnes, soit 53,7 % de la population, vivent en situation de pauvreté, selon l’Indice de pauvreté multidimensionnel (IPM) du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) qui croise manque de santé, d’éducation et d’accès aux commodités de base (électricité, eau potable, sanitaires, etc.). Par comparaison, en Chine et au Brésil, 12,5 et 2,7 % de la population affrontent, respectivement, ce niveau de dénuement.

Pourquoi existe-t-il un tel fossé en termes de développement ? Avec des recettes fiscales captant seulement 10,4 % du Produit intérieur brut (PIB), le gouvernement ne peut mener une politique sociale à la hauteur des enjeux (le Brésil en retient 15,7 %). Ses dépenses publiques de santé, par exemple, sont négligeables et constituent 1,2 % de son PIB. Avec six docteurs et neuf lits d’hôpitaux pour 10 000 habitants, l’Inde a la mortalité infantile la plus élevée au monde et une terrible mortalité maternelle : 200 décès de mères pour 100 000 naissances. Les fonds alloués à l’éducation n’épousent pas davantage la courbe de la croissance. Pire, ils déclinent, passant de 4,26 % du PIB en 2000 à 3,1 % en 2012. Or, près d’un tiers de la population reste analphabète.

Les déficiences de l’État favorisent un système à deux vitesses où la classe très hétérogène que l’on dit « moyenne » se tourne vers le secteur privé. Mais cela pèse lourdement sur le budget des populations les moins aisées de cette classe sociale. À Delhi, par exemple, le prix de l’eau a été multiplié par 18 au cours de ces huit dernières années.

Une planification exécrable vient noircir le tableau. Ainsi, alors que 19 % des enfants souffrent de malnutrition et que 7 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition sévère, les États indiens perdent, chaque année, des millions de tonnes de leurs réserves de céréales faute d’un stockage adéquat. « Un crime » selon la Cour suprême indienne qui soulignait, dans un arrêt de 2010 : « La disponibilité de céréales par habitant, sur ces quinze dernières années, a dramatiquement décliné à des niveaux inférieurs à ceux d’après l’indépendance. »

Une ruralité abandonnée

Ces « négligences » reflètent le désintérêt du gouvernement pour le secteur agricole. Un secteur dont la contribution au PIB ne cesse de décroître pour atteindre 14 % en 2012, alors que l’agriculture reste le moyen de subsistance de 58 % des habitants. Depuis 2001, le pays enregistre un nombre alarmant de suicides de paysans estimés à 15 000, chaque année.

Quant à la corruption, elle mine les politiques de lutte contre la pauvreté. C’est le cas notamment pour le programme phare de garantie de l’emploi en milieu rural, mis en place en 2005, censé assurer aux ruraux au moins cent jours d’emploi manuel dans le public, annuellement. Selon un rapport soumis au Parlement en avril 2013 : dans les États du Bihar, du Maharashtra et de l’Uttar Pradesh – qui totalisent à eux trois 46 % des ruraux pauvres de l’Inde –, seuls 20 % des fonds alloués auraient atteint leur cible (voir encadré p. 5).

Non-droit et exclusion

Enfin, la culture de castes et les valeurs très patriarcales qui caractérisent la société indienne activent les principes du non-droit et de l’exclusion à chaque niveau du système. Des principes que vient exacerber l’économie néo libérale. C’est particulièrement sensible dans les zones forestières du centre de l’Inde où les populations indigènes – les Adivasis – subissent violences et déplacements à grande échelle, en raison de la richesse de leur sous-sol.

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Usine Michelin en Inde : les plaignants dessaisissent le Point de contact national de l’OCDE https://terresolidaire.devbe.fr/usine-michelin-en-inde-les-plaignants-dessaisissent-le-point-de-contact-national-de-locde/ https://terresolidaire.devbe.fr/usine-michelin-en-inde-les-plaignants-dessaisissent-le-point-de-contact-national-de-locde/#respond Tue, 24 Sep 2013 14:27:28 +0000 https://terresolidaire.devbe.fr/usine-michelin-en-inde-les-plaignants-dessaisissent-le-point-de-contact-national-de-locde/ Dans un courrier adressé à Paul Hunsinger, Président du Point de contact national de l’OCDE

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Dans un courrier adressé à Paul Hunsinger, Président du Point de contact national de l’OCDE (PCN), le CCFD-Terre Solidaire, Sherpa, la CGT et deux organisations indiennes – Tamil Nadu Land Right Federation et Thervoy Sangam, ont annoncé le retrait de leur « plainte » auprès de cette instance en raison de défaillances importantes observées dans le traitement du dossier. Les plaignants souhaitent ainsi alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur la nécessité de réformer le PCN.

Le 9 juillet 2012, les organisations avaient saisi le Point de contact national français de l’OCDE (PCN), au sujet de l’implantation dans l’Etat du Tamil Nadu (Inde) de la plus grande usine Michelin de fabrication de pneus poids lourds. Répondant à la mobilisation des populations locales confrontées aux impacts de cette implantation, les organisations plaignantes attendaient du PCN qu’il se prononce sur les violations alléguées des Principes Directeurs de l’OCDE (PDOCDE) par l’entreprise. Les griefs portaient sur la consultation des populations, l’impact social et environnemental, la « diligence » en matière de droits humains, de contribution fiscale, d’information des parties prenantes, et l’emploi. Or, les conclusions finales du PCN sur l’affaire Michelin et la façon dont la procédure s’est déroulée, mettent en doute la capacité de cette instance à mener à bien sa mission. Les plaignants se voient donc contraints de retirer leur plainte afin de ne pas cautionner de tels dysfonctionnements. Dans une économie mondialisée où les règles contraignantes font cruellement défaut, le PCN, chargé de veiller au respect des principes directeurs de l’OCDE, pourrait permettre des avancées importantes dans l’interprétation de ce que doit être la responsabilité des multinationales. Cependant cette instance, placée sous la tutelle du ministère de l’Economie et des Finances, est aujourd’hui privée de moyens et d’une structure lui permettant d’exercer pleinement sa fonction. Son fonctionnement ne saurait se réduire à délivrer des blancs-seings aux firmes multinationales ciblées par des saisines. «C’est avec une profonde déception que nous constatons l’échec de cette instance à dire le droit. Nous sommes atterrés de constater l’incapacité tant de l’Etat indien que français, à défendre les droits des populations face aux intérêts des entreprises multinationales », déplore Mahesh de Thervoy Sangam, l’une des organisations plaignante, qui ajoute « Nous nous sentons victimes d’un énième déni de justice ». En effet, les conclusions de l’examen, adressées aux plaignants révèlent la difficulté de cette instance à prendre ses responsabilités dans ce dossier. Le PCN constate de nombreuses insuffisances et manquements de la part du groupe Michelin, mais affirme néanmoins qu’il « n’a pas violé les principes directeurs de l’OCDE », ce qui l’amène à de nombreuses contorsions tout au long du document. Notamment : Sur le respect des droits de l’Homme et l’Environnement. Les Principes directeurs de l’OCDE préconisent la consultation des populations et la conduite d’études d’impact afin d’identifier, prévenir et réparer les préjudices subis. Le PCN reconnait que les études d’impact qui ont été menées par l’entreprise n’ont pas été suffisantes et que le projet industriel dans la zone a eu des incidences fortes sur la vie des populations. Il admet aussi que l’installation de Michelin « ne lui a pas permis de prendre en compte tous les besoins des populations » et « recommande au groupe de prendre davantage en compte le droit des populations indigènes ». Mais le PCN se refuse pourtant à souligner le manquement de Michelin aux Principes directeurs de l’OCDE. Il estime par ailleurs que les mesures prises par le groupe en matière de responsabilité sociale font que Michelin « se garde de porter atteinte aux droits d’autrui et parer aux incidences négatives sur les droits de l’Homme ». Or, les formations proposées par Michelin – comme par exemple des ateliers de réparation de téléphones portables ou encore des formations en boulangerie, ne peuvent permettre aux populations de remédier aux violations alléguées de leurs droits fondamentaux. Nos organisations constatent avec perplexité que le PCN confond RSE et philanthropie (Voir la note aux rédactions). Sur l’exonération d’impôts. Les Principes directeurs de l’OCDE affirment qu’il est « important que les entreprises contribuent aux finances publiques des pays d’accueil ». Le PCN estime que Michelin n’a pas dérogé aux Principes, alors que l’entreprise a été quasiment exonérée d’impôts par l’Etat du Tamil Nadu en raison de son engagement à créer des emplois. Le PCN ignore cependant que, jusqu’à présent, Michelin n’emploie en grande majorité que des ouvriers extérieurs à la région, et que ces avantages fiscaux, inconditionnels, persisteront si l’entreprise n’honore pas ses obligations d’embauche. Sur le droit à l’information. Le PCN estime que Michelin a mis en place des dispositifs adéquats de communication sur le projet, faisant sans doute référence au site internet dédié à son implantation en Inde (http://michelin-plant-in-india.com/). Ce site n’a pourtant pas été mis à jour depuis le 23/10/2012 et son contenu ne donne aucune information « adéquate, mesurable et vérifiable relative aux effets potentiels de son activité sur l’environnement, la santé et la sécurité » comme le préconisent les Principes directeurs de l’OCDE. Sur les relations professionnelles et l’emploi. Le PCN reconnait que, dans le contrat qui le lie à l’Etat du Tamil Nadu, Michelin bénéficie de dérogations au droit du travail contraires aux Principes directeurs. Ces dérogations concernent directement la dignité au travail et les droits syndicaux : travail de nuit des femmes, droit de grève et recours à la force afin de juguler des troubles éventuels. Cependant, le PCN se contente de la promesse qui lui fait Michelin de respecter les principes de l’OIT sur la négociation collective et liberté syndicale, et ignore ainsi la lettre des Principes directeurs . Les organisations plaignantes connaissaient les faiblesses du mode de fonctionnement du PCN, et les ont même soulignées à l’occasion de la saisine. Elles comptaient ainsi encourager le PCN à évoluer. Cependant l’examen du cas a souffert de nombreuses difficultés : Manque d’impartialité: application abusive de l’exigence de confidentialité sur la procédure (les plaignants ont été interpellés par le PCN à plusieurs reprises, et pointés du doigt dans le communiqué final, parce qu’ils communiquaient sur la situation en Inde alors qu’ils ne compromettaient pas les informations de procédure ou des données sur l’entreprise protégées par les PDOCDE), refus d’un nombre suffisant de représentants de plaignants à l’audience, interprétation restrictive de l’applicabilité des PDOCDE et de notions essentielles en faveur de l’entreprise. Manque de transparence et de prévisibilité: refus de communiquer aux plaignants des documents qui servent les débats, refus de publier la décision de recevabilité de la saisine, absence de procès-verbaux ou de calendrier indicatif de procédure, absence de suite donnée à l’acceptation par les plaignants de la médiation sous certaines conditions. Manque d’accessibilité: non prise en charge du déplacement des plaignant indiens en France ou de l’interprète pour l’audition, de traductions, absence de déplacement du PCN sur le terrain, refus de ré-auditionner les plaignants. Les plaignants appellent l’Etat français, signataire des Principes directeurs de l’OCDE et de ce fait responsable de la mise en œuvre du texte, à conduire une réforme radicale du PCN afin de respecter ses engagements internationaux. (Voir les propositions de réformes du Forum Citoyen pour la RSE). Note aux rédactions Note sur les dysfonctionnements du PCN Propositions d’amélioration du Point de Contact National français – FCRSE Contacts presse : CCFD-Terre Solidaire: Karine APPY, 06 66 12 33 02 / 01 44 82 80 67 – Antonio MANGANELLA, 06 21 65 78 99 CGT: Fabienne CRU-MONTBLANC, 06 74 67 92 05 fabienne.cru@orange.fr Sherpa: Sophia LAKDHAR, 01 42 21 33 25 / Maître William Bourdon, 01 42 60 32 60 communication@asso-sherpa.org –

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