Régulation et transparence : les pays du G20 face à leurs responsabilités au Sommet de Séoul
Publié le 08.11.2010| Mis à jour le 09.09.2021
Paris, le 5 novembre 2010
Le CCFD-Terre Solidaire sera présent au G20 de Séoul des 11 et 12 novembre dans la capitale sud-coréenne. Il attend des pays du G20 qu’ils poursuivent leurs efforts pour impulser des régulations de l’économie et de la finance mondiale, essentiels pour un partage plus juste des richesses. Faute de quoi il est inutile de parler de développement.
Faire du développement un objectif transversal
Pour le CCFD-Terre Solidaire, l’ouverture d’un agenda spécifique « développement », pour ce premier Sommet du G20 dans un pays émergent est bienvenue, à condition de ne pas détourner les pays du G20 de leurs vraies responsabilités. Le développement n’est pas une question « à part » ou additionnelle des grands enjeux financiers et économiques que le G20 traite depuis sa création. Aucune croissance, aucune aide, aucun nouvel investissement dans les pays en développement, ne permettront de lutter contre la pauvreté et la faim sans l’instauration préalable de règles de transparence, de responsabilité et de durabilité, permettant aux pays du Sud de recueillir la juste part des richesses créées sur leur territoire. La régulation de la finance, de l’économie, de la spéculation, de la monnaie constituent, en tant que tels, des enjeux pour le développement.
Inscrire le G20 dans une gouvernance mondiale réformée
Les pays du G20, s’ils représentent les premières puissances économiques mondiales, ne doivent cependant pas imposer leurs perspectives aux autres pays du monde. De plus, ces pays doivent être attentifs à ne pas court-circuiter les processus en cours au niveau des Nations Unies, mais au contraire, à les renforcer et les faire avancer. Ainsi, les pays du G20 doivent veiller à faire progresser la gouvernance mondiale et contribuer à accélérer et poursuivre la réforme des Nations Unies et des Institutions financières internationales. Pour le CCFD-Terre Solidaire, la cohérence des politiques est un véritable enjeu de développement.
Veiller au suivi des engagements des Etats membres
Si le CCFD-Terre Solidaire conteste la légitimité du G20 du point de vue de la gouvernance mondiale, il n’en est pas moins un espace de redevabilité pour ses pays membres et un lieu où pays riches et émergents peuvent, du fait de leur poids économique et financier, impulser des politiques économiques plus justes. Au nom d’un développement équitable et durable et parce qu’ils sont aussi les premiers responsables de la crise économique mondiale, les pays du G20 doivent poursuivre et compléter sans faiblir les efforts de régulation qu’ils ont initiés au plus fort de la crise. Le CCFD-Terre Solidaire attend tout particulièrement des pays membres du G20 qu’ils tiennent leurs engagements en matière de régulation de l’économie et de lutte contre l’opacité financière.
Les priorités du CCFD-Terre Solidaire
La lutte contre l’évasion fiscale et la régulation des entreprises
En avril 2009, les Etats du G20 réunis à Londres avaient décrété la fin du secret bancaire et annoncé leur volonté de lutter contre les territoires non coopératifs. Les mesures mises en œuvre pour renforcer la coopération entre administrations fiscales, si elles constituent un progrès, restent largement insuffisantes pour garantir effectivement la fin du secret bancaire et lutter efficacement contre les paradis fiscaux, qui privent chaque année les pays en développement d’environ 125 milliards d’euros de recettes fiscales, soit trois fois le montant nécessaire estimé par la FAO pour lutter contre la faim dans le monde. Par ailleurs, le suivi de cet engagement au fil des différents sommets du G20, n’est pas à la hauteur des déclarations initiales. Il ne fait plus que l’objet d’une courte phrase dans le projet de déclaration finale de Séoul. Sur ce point, les Etats du G20 doivent aller plus loin et s’engager à cibler les principaux utilisateurs des paradis fiscaux, à savoir les entreprises multinationales, en leur imposant des normes de transparence afin de mieux réguler leur activité.
Le CCFD-Terre Solidaire qui a lancé en France une campagne nationale de mobilisation contre les paradis fiscaux, la campagne Aidons l’argent (aidonslargent.org) articule cette revendication autour de trois propositions concrètes :
- la création pour les entreprises multinationales d’une norme de publication des comptes pays par pays afin de connaître notamment les bénéfices et les impôts payés dans l’ensemble des pays dans lesquels elles opèrent,
- la création de registres des propriétaires effectifs pour en finir avec les structures juridiques opaques qui permettent d’échapper à la justice et à l’impôt,
- la mise en œuvre d’une coopération judiciaire et fiscale effective.
- la reconstitution de stocks alimentaires régionaux ou mondiaux, tant pour offrir des réserves de sécurité que pour réguler la volatilité des prix agricoles mondiaux et nationaux dans le cadre d’une gouvernance multilatérale,
- l’interdiction de la spéculation financière sur les marchés agricoles virtuels et l’encadrement des pratiques sur les marchés physiques en obligeant les investisseurs à déclarer et enregistrer la totalité de leurs transactions sur les marchés de matières premières et en imposant des « limites de positionnement » à tous les acteurs d’un marché de matière première donné,
- la valorisation, dans le cadre de l’OMC, de pratiques commerciales à même de réguler les marchés intérieurs et les prix dans un objectif de sécurité alimentaire des populations.
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