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« Les Intouchables indiens ramassent les morts du raz-de-marée » - Terre Solidaire

« Les Intouchables indiens ramassent les morts du raz-de-marée »

Publié le 03.01.2005| Mis à jour le 07.12.2021

Traduction française de l’article « India’s untouchables gather tsunami dead » de l’agence Reuter, 3 janvier.


NACAPATTINAM, Inde. Ils sont appelés les « intouchables », les derniers d’entre les derniers dans le système ancestral des castes en Inde. Aucun travail n’est considéré comme trop sale ou trop désagréable pour leur être assigné, ils sont ceux qui nettoient les corps en putréfaction dus au raz-de-marée meurtrier de la semaine dernière.

L’écrasante majorité des quelques 1000 hommes suant sous la chaleur tropicale pour nettoyer la modeste ville de pêcheur d’Inde du sud de Nagapattinam -qui a subi le choc de la gigantesque vague- sont des dalits venant des villages alentours.

Les habitants de cette ville trop effrayés par des risques de maladie et trop indisposés par l’odeur refusent de joindre leur efforts à la sinistre tâche : il faut extraire du sable et des débris les corps des amis et des voisins.

Bien qu’il se soit écoulé une semaine depuis le raz de marée, et que les destructions soient confinées à une mince bande du littoral de la plage au port, les dégâts sont d’une telle ampleur que des corps sont encore découverts tous les jours, localisés par la puanteur et les essaims de mouches.

« Je fais juste ce que j’aurai fait pour mes propres femme et enfants », déclare M. Mohan, un agent municipal d’entretien, alors qu’il prend une pause pour se nettoyer un peu de la saleté du travail du jour.
“C’est notre travail. Si un chien meurt ou une personne, nous devons nettoyer.”

Mohan et les autres agents d’entretiens des municipalités voisines travaillent 24H/24 pour nettoyer Nagapattinam, avec à la clé 50 cents (20-25 roupies ?) par jour et un repas.

L’odeur de la mort est toujours fortement présente, mélangée à la brise marine ainsi qu’à l’aigre parfum, plus ou moins rafraîchissant, de la poudre antiseptique citronnée qui blanchit certaines rues et allées.

Plus de 5 525 personne – près de 40% des 14 488 victimes estimées pour l’Inde- sont mortes le long de cette petite bande de plages d’un blanc pur, où les huttes des modestes pêcheurs étaient construites à même le sable directement sur la plage.

Sales boulots
Les castes continuent toujours de jouer un rôle pour l’essentiel de la société indienne.

Sur une population de plus d’un milliard d’habitant, 16% des indiens sont des dalits. Malgré les lois condamnant la discrimination par caste, ils sont encore quotidiennement humiliés, maltraités et parfois même tués.
Ils font les travaux dont les autres ne veulent pas: ils nettoient les toilettes, collectent les ordures et dépècent les vaches.

Pour Mohan, illettré, n’ayant que peu fréquenté l’école, et appartenant à une basse caste, la seule voie pour travailler dans les services publics et bénéficier de la sécurité et de la pension qui vont avec, était cet emploi d’agent municipal d’entretien.
Pour certains indiens, les intouchables sont moins que des êtres humains.

Il y a seulement deux ans, 5 dalits ont été lynchés près de New delhi après qu’une rumeur ait répandu qu’ils auraient tué et dépecé une vache, vénérée comme un animal sacré en Inde.

Une autopsie fut conduite sur la vache –aucune ne fut menée pour les dalits- et confirma l’histoire racontée par leurs amis: la vache était morte d’une autre cause et ils étaient donc en train de la dépecer légalement.

Aux premières heures du désastre causé par le raz-de-marée, Mohan et ses collègues travaillaient fiévreusement parmi les centaines de corps, sans gants, sans masques et même sans chaussures dans certains cas.

Maintenant ils sont mieux équipés. Mais aucun masque ne stoppe l’odeur suffocante de la chair humaine en décomposition, qui devient de plus en plus puissante à mesure que les corps sont dégagés. Cette odeur vient se fixer tenacement loin au fond de la gorge.

Chaque nouveau corps découvert est soutiré avec précautions au sable mouillé, palmes déchirées des cahutes et autres débris. Et ce travail se fait essentiellement à la main.

C’est une tâche dure où l’on sue et se casse le dos. Après avoir déplacé sable et déchets, la simple position redressée devient douloureuse. Pourtant le travail avance peu à peu, précautionneusement et patiemment, avec respect et délicatesse pour les victimes. Mais il n’y a plus de dignité.

Le corps quasi méconnaissable d’une femme nue, un pied encore sec, propre et blanc de façon surprenante, comme si elle sortait juste d’un bain, est porté sur une natte sur la plage.
Un peu plus loin, un petit bûcher est allumé avec un pneu et des feuilles de palm. La femme y est hissée. Une autre natte fournit comme un dernier pitoyable rempart de protection à sa pudeur.

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